Ton oxymore me démange

Notre cerveau s’accoutume mieux aux oxymores religieux que notre cul aux oxyures. Et pourtant, ça devrait nous gratter un coin du cerveau cette juxtaposition des mots islamisme et modéré.
Il ne peut pas exister d’islamisme modéré. Tout islamisme, parce qu’il met la religion au- dessus de tout, est un système idéologique totalitaire, que les tenants de celui-ci utilisent directement les armes ou ne les utilisent pas. En dernier ressort, c’est les fous de religion qui oppriment.

L’islamisme est une pratique religieuse qui va au combat. Elle place sa religion au dessus des lois civiles qui organisent les hommes et elle les combat pour s’imposer. Dans l’islamisme, la religion est la clef de voûte de l’édifice humain cimenté par le dieu. L’édifice est entretenu et organisé par le clergé installé par les héritiers du prophète.

Hors cette conception, point d’existence. Modéré ou terroriste, l’islamisme est une idéologie qui prône la nécessité de donner aux religieux le pouvoir final. C’est un système exclusif qui ne reconnaît que ce qui le sert pour atteindre son but et qui rejette toute autre conception. Il nie tout autre acteur jusqu’à le détruire.

La nuance qui consiste alors à différencier des types d’islamisme qui seraient modéré ou intégriste, selon la forme que prend le combat mené par l’idéologie, est totalement superfétatoire. Pire, cela sert de prétexte aux « modérés » pour avancer voilés : seule la finalité, c’est-à-dire la victoire du religieux, les intéressent. Peu importe le moyen pour y parvenir : prosélytisme voilé ou les armes à la main. Il est donc patent que chercher à dialoguer avec l’islamisme modéré en lui reconnaissant une place d’acteur de la société, c’est alimenter la démarche et la finalité de l’islamisme. C’est l’aider vers sa victoire finale : tout le pouvoir au religieux.

Certes, l’avancement dans le temps est différent : à savoir pour les islamistes intégristes une violence immédiate contre les états laïques et les mécréants (attentats de New York, de Londres, de Madrid), tandis que les « modérés » utilisent initialement les lois de la République pour influer et accéder au pouvoir, imposer progressivement ses pratiques sur la vie sociale (séparation homme-femme, discrimination, etc.) et ensuite semer la terreur et imposer son diktat ( le Hamas a utilisé le cadre des élections à Gaza).

Accepter cette nuance de forme pour qualifier de façon différente l’islamisme est néfaste à terme car elle sous-tend de traiter différemment ce qui est similaire dans les visées : imposer la loi religieuse à la société. Quand on commence à mettre le pied à l’étrier à l’islamisme en réservant des journées pour les femmes dans les piscines, quand on accepte que les filles ne côtoient pas les garçons lors des cours de gymnastique, quand on admet qu’une nourriture bénie de telle ou telle façon soit fournie à l’école, alors on ouvre la brèche à l’acceptation pour la collectivité de pratiques religieuses de plus en plus exigeantes, contraignantes et discriminantes puisqu’elles s’imposent au collectif dans son ensemble.

C’est ainsi que les « modérés » utilisent, par retournement de sens, le droit à la différence pour exiger de la République que leur soit concédé le droit d’exercer leurs pratiques discriminatoires envers les femmes et les mécréants. Jusqu’à présent, le droit à la différence ne peut s’appliquer, au sein de la République, que s’il s’insère dans le cadre des droits fondamentaux qui sont le socle de notre vivre ensemble (égalité quels que soient le sexe, l’origine ou les croyances). Or, l’islamiste soumet l’ensemble de ces droits à la croyance et à son idéologie. Par cette démarche, il s’avère fondamentalement antirépublicain, qu’il soit modéré ou fondamentaliste. Une confusion est volontairement instiguée par les islamistes qui crient qu’on leur renie le droit à leur croyance. Non, ce droit est et demeure entier.

Tout être a le droit d’être musulman, chrétien ou athée. Mais la religion ne peut s’appliquer que sur la sphère personnelle. Le droit au respect de la croyance de chacun ne peut pas autoriser de s’octroyer celui d’imposer à autrui les règles et pratiques de sa croyance. La croyance ne peut pas sortir de la sphère privée pour rejoindre la sphère publique et miner les principes universels sur lesquels repose notre contrat de vivre ensemble, dans le respect de tous.

A propos des musulmans modérés, l’analyse est identique : si le musulman est modéré au sein de sa sphère privée, c’est-à-dire qu’il s’applique modérément les préceptes de vie de sa religion, c’est son affaire personnelle et personne n’a à intervenir sur ses choix. Si ce musulman est modéré dans son intervention sur le champ social, la question est de déterminer si cette intervention s’effectue pour la religion ou pour lui-même. Mais s’il cherche à imposer son mode de vie, il devient ipso facto un islamiste « modéré ».

Derrière le voile, les armes de l’oppression

Même sans bombe sous le turban, avec un islamisme « modéré », le voile est un outil de propagande, de prosélytisme qui, quand il s’étend et se généralise, stigmatise les femmes non voilées. Elles deviennent alors la cible de la communauté dont elles refusent l’oppression et son symbole de soumission. C’est pour les soumettre à la loi divine que l’on jette de l’acide au visage de femmes dont on perçoit une mèche de cheveux. Certes cela se pratique loin de nous, là-bas. Et les jeunes filles qu’on arrose d’essence avant d’y mettre le feu, c’est loin ? La banlieue, c’est si loin des faiseurs de phraséologie ?

Le voile est à la religion ce que l’uniforme est à la guerre : une provocation, un symbole d’appartenance, une règle d’uniformité et d’obéissance sans conscience. Frontière infranchissable entre les hommes et les femmes dans l’espace public, le voile est l’expression de l’exigence inconditionnelle de l’obéissance.

De nombreuses religions de par le monde ont des pratiques similaires de refus de toute forme de prise en mains de sa propre destinée, d’indépendance de choix de vie. L’église catholique refuse aux femmes le droit à disposer de leurs corps. Le droit à l’avortement est encore interdit dans certains pays d’Europe dont le système politique est sous influence religieuse. Les créationnistes défient la science et l’histoire aux USA et maintenant en Europe. Les croisades ont imposé un choc des civilisations sur les ruines duquel se repaissent encore tant les nostalgiques des colonies que les Indigènes de la république en France.

L’esprit communautariste se développe sur ce terreau. La démarche communautariste couvre un large spectre qui va de la lepénisation des pratiques d’une fange importante de la classe politique illustrée par ce ministère de l’identité nationale, à une menace clairement exprimée par les communautaristes sur les institutions (« n’oubliez pas que les personnes issues de l’immigration peuvent faire et défaire un maire » comme l’a exprimé et revendiqué un Mouloud Aounit à plusieurs reprises, rejoignant ainsi Dieudonné).

Dans le cadre d’une Europe où l’approche anglo-saxonne par lobbying des groupes de pressions communautaires est prégnante dans une majorité de pays, il est essentiel de préserver, en la redynamisant, une spécificité française autour du citoyen acteur de l’égalité pour le bien de tous collectivement. Ce contrat social est à revivifier si nous ne voulons pas assister à des affrontements de blocs à blocs ou un groupe impose, au nom de ses croyances, sa façon de vivre à l’autre.

Il est temps d’arrêter de se payer de mots, de commémorations en commémorations, et d’agir concrètement, tous ensemble, autour des valeurs qui nous unissent. Il est temps de se réapproprier l’espace qui nous est commun, il est temps de se réapproprier le libre usage de nos corps, il est temps de reconstruire nos libertés hors du joug des règles des religieux, il est urgent de réinventer de nouveaux circuits, partageables par tous, de circulation des idées et des pratiques. La meilleure défense de notre Cité est de la re-créer, ouverte sur le monde…et sur elle-même. N’enterrons pas une seconde fois Voltaire.

Alain CALLES

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