Tony Parker et ses copains basketteurs, c’est la France qu’on aime…

Publié le 23 septembre 2013 - par - 3 141 vues

Comme tous les sportifs de haut niveau aujourd’hui, les basketteurs sont des nomades attirés principalement par le lieu où ce jeu a été inventé : les Etats-Unis. Ainsi les meilleurs joueurs français sont-ils rétribués, parfois fort cher, par les grands clubs américains. Ces stars pourraient donc, à l’image de leurs semblables du football, se la jouer “divin”, intouchable, hors du commun, en un mot, à foutre à la poubelle avec le couvercle par dessus.

La Marseillaise entonnée par les copains de Tony Parker au moment de leur sacre slovène m’a rappelé ce soir même, note pour note, joie pour joie, plaisir pour plaisir et fierté pour fierté, le chant potache de nos hand-balleurs sacrés champions du monde puis champions olympiques. Une bande d’étudiants enfin reçus ensemble au concours, qui ont travaillé pour ça, qui ont espéré, qui ont encaissé les revers, les humiliations, mais qui ont gardé au coeur le projet de se draper un jour ou l’autre dans les trois couleurs de leur drapeau.

C’est toute la nation à qui je dis merci“. Le mot du meilleur joueur de ce tournoi n’est pas anodin. D’autres, davantage concernés par leur compte en banque à San Francisco, à Miami ou à Chicago, se fussent contentés de répondre à la convocation d’une fédération, à la nécessité d’aligner les matches, à la corvée refusée, on se souvient de quelle manière, par les footballeurs assignés à résidence il y a trois ans dans une statgion balnéaire d’Afrique du Sud. Investi d’une mission, chef d’un commando, Tony Parker, qui porte la France dans son coeur de la manière la plus naturelle qui soit, se bat depuis dix ans pour une idée supérieure du sport, que la vulgarisation médiatique assimile le plus souvent à une anomalie : servir son pays avec un maillot sur le dos, dans ce que Denis Lalanne nommait “les jolies guerres du temps de paix“.

Il s’en est fallu de peu pour que le rugby, en 2011, ne vienne compléter l’embellie des sports collectifs français. On ne refera pas le match, mais il est ce soir des garçons (et des filles, ne les oublions pas), qui communient avec nos basketteurs dans le même amour du pays pour lequel ils se battent à leur manière. Et nous devons, nous qui vivons leur belle aventure devant un écran de télévision, les en remercier, car ces jeunes gens sont nos enfants, nos petits-enfants. Ils sont de toutes les couleurs, de toutes les croyances et l’idée d’imposer l’une ou l’autre ne leur vient pas à l’esprit dès lors que l’appartenance à une communauté nationale les unit, les fortifie et les aide à vivre.

Didier Deschamps, sélectionneur de l’équipe de France de football, capitaine d’une équipe championne du monde parce qu’ayant réussi à chasser ses démons, est certainement pétri de cet amour pour son pays. Nommé général sur un champ de ruines, au soir d’une espèce de morne Waterloo, il tente de redresser une situation pourrie par le communautarisme. Sans doute trouvera-t-il bénéfice à passer en boucle à ses joueurs les fins de parties de nos médaillés du jour et de quelques autres. Il n’est pas sûr que cela suffise à animer une pseudo-famille tiraillée par les problèmes d’argent et d’égos, soumise à loi des agents, vérolée jusqu’à l’os par le fric, et porteuse des germes délétères qui minent depuis trop longtemps la société française.

On peut cependant espérer. Les héros de ce soir n’avaient aucun besoin de ces deux ou trois semaines de championnat pour assurer leur retraite. Ils pouvaient se déclarer malades, ou souffrant d’un genou, au lieu de quoi ils se sont remis sur l’ouvrage tels des minimes ou des cadets découvrant la compétition. Pour quel salaire ? Le plus beau qui soit : la larme à l’oeil des millions qui n’étaient pas sur le parquet, l’acte gratuit surpassant tout le reste, la fierté, oui, d’un pays que l’on s’acharne à trouver obsolète, ringard, confit dans ses nostalgies. La joie de Parker et de ses amis, ce soir, fut un rayon de soleil pour tous ceux qui pensent que la France peut fédérer les coeurs, gommer les différences et unir ceux qui l’aiment.

Alain Dubos

Print Friendly, PDF & Email

Les commentaires sont fermés.

Lire Aussi