Toulouse : émeute musulmane parce qu’une femme a marché sur une calligraphie sacrée

Publié le 4 octobre 2012 - par - 4 760 vues
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Que s’est-il réellement passé mardi soir 2 octobre  à Toulouse ?  Dans le cadre d’un festival artistique intitulé Printemps de Septembre, la municipalité avait convié Mounir Fatmi, artiste marocain, à présenter une de ses créations. Il s’agissait d’exposer sur les trottoirs  du Pont neuf qui enjambe la Garonne, via des lampes de projections suspendues, une œuvre de cet artiste qui se dit de culture musulmane. Cette composition s’inspirant des rotoreliefs de Marcel Duchamp (1) présentait des cercles à l’intérieur desquels circulaient de la calligraphie, en fait d’art calligraphique, il s’agissait  des versets du Coran et des hadiths… Lesdits versets et hadiths devant donc se projeter sur le trottoir, lieu de passage des piétons.

A partir de là que s’est-il passé mardi ? A-t-on procédé à un premier essai, la projection, réelle ne devant s’effectuer que le vendredi soir et le samedi avec des barrières et des personnes prévues pour donner des explications et guider les promeneurs? S’est-il agi, comme on veut le dire d’une mise en route intempestive qui n’aurait jamais dû se produire mardi soir ? On a du mal à le croire puisque 60 à 80 personnes semblaient être sur les lieux pour cela.

Une femme a marché sur le trottoir, marché sur les versets du Coran,  l’a-t-elle fait par mégarde ou de façon volontaire, ou parce qu’elle estimait que sa place de piétonne était plus sur le trottoir que sur le pont ?  Selon la police cette femme aurait d’abord été giflée et, après cela, les manifestants  auraient  fait appel à des jeunes de cités, démarche malheureusement habituelle et dont on sait comment ça peut (mal) se terminer. Ils ont installé des barrières autour des images projetées afin d’empêcher les piétons de marcher dessus.  Comme cela commençait à devenir chaud, une compagnie  de sécurisation et d’intervention (CSI) est intervenue mais il semble bien que seule l’arrivée  d’un imam ait permis de stopper les excités avant une bagarre générale.

Face à ces évènements qui auraient pu finir en baston totale il faut se poser des questions. La mairie avait-elle connaissance que cette calligraphie serait une expression religieuse sur le trottoir ou  cet artiste, qui ne se présente pas comme musulman , mais comme de culture musulmane, a-t-il trompé son monde en faisant finalement, au-delà de l’œuvre d’art du prosélytisme sur la place publique?  Si la mairie a autorisé cela en toute connaissance de cause, elle a été bien imprudente. Elle ne peut pas ignorer l’extrême susceptibilité de certains croyants sur le sujet. Afficher des versets du Coran par terre était une bien mauvaise idée, qui ne pouvait qu’être source d’accrochages.

Enfin sur un plan plus large quant à la liberté d’expression, imaginons qu’un artiste de confession juive ait envisagé une oeuvre d’art projetant des versets de la  Thora , ou qu’un catholique ait voulu projeté sur un trottoir de la ville les scènes de la passion du Christ, je ne suis pas certaine qu’on les y  eût autorisés.  Qu’en aurait pensé la communauté musulmane si  susceptible? En supposant que des artistes juifs et catholiques aient pu le faire ,il est peu probable que des passants  aient été victimes d’agression physique pour le même fait.

Enfin est-il logique et souhaitable qu’on fasse appel à un imam pour rétablir  l’ordre républicain, et surtout, ce qui est plus grave,  que lui seul ait pu y parvenir? L’imam nouvel auxiliaire des forces de police?

Saluons la grande sagesse de l’artiste qui, devant la gravité des incidents,  a demandé à la Mairie de stopper l’expérience.

Chantal Crabère

(1) Marcel Duchamp 1887 1968 grand artiste français( naturalisé Américain en 1955, célèbre par une création artistique riche qui exploita bien des domaines, notamment celui du cinéma. Il inventa les rotoreliefs, ces plaques tournantes comportant des jeux optiques, de la géométrie, des jeux de mots.

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