1

« La lie dans le calice du Général » – Tragédie grecque

christian-piquemal-a-la-manifestation

 

 

Pierre Corneille                                         Rouen, le 14 février 2016.

4, rue de la Pie

F-76000 Rouen

à Monsieur le directeur de la Comédie Française

1, Place Colette

F – 75001 Paris

.

Monsieur le Directeur,

En tant que nègre de Monsieur Corneille, je me permets de vous adresser le script que je viens de rédiger en vue de l’écriture d’une nouvelle tragédie grecque.

Afin de pouvoir décider si adapter la pièce à la scène théâtrale ou bien confier la réalisation du projet à Monsieur Costa Gavras, dans un cadre cinématographique, ou à Monsieur Giuseppe Verdi, dans une optique lyrique, je vous serais fort obligé si vous pouviez me faire part de votre appréciation.

Veuillez agréer, Monsieur le directeur, l’expression de ma parfaite considération.

Pour Monsieur Corneille,

Son nègre.

 «  La lie dans le calice du général »

Tragédie grecque en cinq actes de Monsieur Pierre Corneille

Acte premier

Décor. Sous les remparts de la citadelle

Le chœur

Le peuple pleure et se lamente – les différentes guildes se succèdent:

les paysans sont en faillite et se suicident

les enseignants se révoltent contre les réformes

le corps médical refuse de se soumettre à l’arbitraire

les pompiers dénoncent les violences à leur égard

les curés pleurent la destruction de la famille

les avocats critiquent la justice

les jeunes sont au chômage

un groupe de citoyens dénonce les Perses, l’incompatibilité des allochtones avec les autochtones, l’insécurité, les femmes molestées, les commerces dévastés, le tourisme en déclin

le mécontentement généralisé explose.

 

Plus haut sur le chemin de ronde

Le vieux général écoute les pleurs du peuple et s’interroge:

en tant que militaire il est tenu au silence

en tant que citoyen il doit aller au secours du peuple

en tant que général en pension il s’estime délié de son devoir de réserve

 

Le chœur

Appelle à la manifestation pour aller protester devant l’autorité

Le général

décide qu’il ira soutenir le peuple

Le crieur public

Vient annoncer que tout rassemblement est interdit

Le chœur

Décide qu’il bravera l’interdiction

Le général

Invoque sa conscience

Il descend vers le peuple et se joint à lui

Rideau

 

Acte deuxième

 

Décor : La manifestation du peuple sur la place en-dessous des fenêtres ouvertes du palais du pouvoir

Les discours des guildes qui chacune exprime ses doléances

Le général prononce son discours

Le chœur chante l’espoir et la volonté de suivre le général vers le changement

La maréchaussée apparaît et arrête le général

Le chœur crie sa colère et la révolution gronde

Le général est emmené

Rideau

 

Acte troisième

 

Décor. Une pièce dans la prison de la citadelle

Un policier est assis derrière une table et écrit à la machine

Le général est assis en face de lui

Le policier demande les noms, prénoms, curriculum – c’est l’occasion de décrire la carrière glorieuse du vieux militaire.

Le policier rappelle l’interdiction de la manifestation

Le général confirme qu’il a agi en connaissance de cause.

Dialogue entre les deux au sujet du devoir:

Faut-il se soumettre à un pouvoir injuste ou désobéir?

Le général invoque la désobéissance civile de Gandhi

Le policier invoque la dura lex sed lex.

Le général sera jugé par un tribunal.

Sous les fenêtres, le chœur du peuple crie sa colère

Rideau

 

Acte quatrième

Décor : Le général est assis dans une cellule.

Entre un émissaire du gouvernement. Ils se connaissent et ont sans doute collaboré dans le passé. L’émissaire exprime son regret et rappelle au général que celui-ci a joué un rôle important sous différents gouvernements du parti actuel.

Ils s’interrogent sur le devoir de désobéir au gouvernement actuel ou le devoir de fidélité aux compagnons des combats communs dans le passé.

Le général est inflexible: entre ses amis et le peuple, il servira le peuple.

Son ami évoque des pressions possibles sur sa famille et ses amis.

Le général reste inflexible. Il sacrifiera sa famille au bien du peuple – sa famille a d’ailleurs toujours été subordonnée à son devoir de militaire.

Son ami évoque les conséquences si l’armée se range du côté du peuple et contre le gouvernement. Ce sera la guerre civile et il pose la question:  “Le général veut-il avoir la guerre civile sur sa conscience?”

Le général s’écroule dans le désespoir… Non, la guerre civile, ça jamais!

Le chœur: par la fenêtre ouverte, on entend les cris d’appréhension du peuple.

 

Acte cinquième

Décor : Sous les remparts

Le chœur exprime la colère du peuple qui est en armes, des coups de feu partent et des cailloux volent.

Le général descend vers le peuple. Le silence se fait. Le général harangue le peuple en lui demandant de se désolidariser des provocateurs extrémistes. Il en appelle à la conscience, au danger de guerre civile et à l’obligation du vivre ensemble. Il ne renie pas ses paroles du jour précédent, mais dévie son discours de la rébellion vers le dialogue,  la temporisation et l’apaisement.

Epuisé, le vieux général s’écroule, terrassé par une crise cardiaque.

Le chœur du peuple est déçu, désespéré, trahi.

Un cortège funèbre emporte la dépouille du général. Le peuple suit en reprenant les lamentations du début de la pièce. Lentement, le désespoir se change en grondement sourd. Les grondements d’un orage déferlent sur la scène. Le peuple courbé se répand sur la scène qui s’assombrit puis disparaît dans la nuit. Seuls les grondements de l’orage continuent. Dès les premiers éclairs le rideau tombe.

-Fin –

Anne Lauwaert