Traitez-moi de facho, je m’en moque !

Antifasciste

« Quiconque rêve d’une liberté sans limites et sans frein porte en soi le germe du fascisme, même s’il crie son antifascisme à tue-tête. »                                                                 (Maurice Schumann).

 

C’est fou le nombre de citations de grands hommes – ou d’hommes réputés grands – qui ne veulent strictement rien dire. Je pense par exemple à cette envolée de De Gaulle : « Fécamp est port de mer et entend le rester ». Craignait-il l’ensablement, comme à Aigues-Mortes, ou l’envasement,  comme à Brouage ? Ou « Le Nationalisme c’est la guerre », tirade idiote de François Mitterrand, ou « le Nationalisme c’est la haine de l’autre » de Romain Gary, ou encore  « Le 21ème siècle sera religieux ou ne sera pas » d’André Malraux. Dans notre monde dégénérescent, c’est avec de telles inepties, de telles fadaises, de tels lieux communs, qu’on entre dans l’histoire par la grande porte !

Si la citation de Schumann en entête de cet article avait une once de véracité, nul doute que l’anar de droite que je suis serait résolument fasciste.  En effet, depuis toujours, j’ai cherché à être un homme libre. Mais je prône une liberté civilisée, qui s’arrête où commence celle de mon voisin, une liberté encadrée par le décalogue chrétien (qui, rappelons-le, a servi de trame au Code Napoléon).

Je suis adepte de « Fays ce que vouldras » – la devise de l’« Abbaye de Thélème » de François Rabelais – ce qui revient à dire que des gens éduqués selon les mêmes valeurs morales et les mêmes principes n’ont pas besoin de lois pour régenter leur vie quotidienne, mais encore faut-il avoir des valeurs qui ne se limitent pas à une jouissance totalement dépravée, à la permissivité sans limite, à l’interdiction d’interdire, au fric-roi et à un égoïsme ou un égocentrisme narcissique !

Dans mon esprit, l’homme de droite a davantage de devoirs que de droits: celui de défendre « la veuve et l’orphelin », de travailler pour nourrir sa famille, d’éduquer ses enfants, etc…

L’état n’est là, au dessus du citoyen, que pour exercer ses fonctions régaliennes: la défense nationale, l’éducation, la justice, la santé publique.

Ma vision des choses n’a donc rien à voir avec le Fascisme italien ou le Nazisme allemand qui sont, de manière évidente et incontestable, deux phénomènes de gauche : Le Fascisme est un avatar du Socialisme. Sa déviance nationale-socialiste est un mouvement prolétarien fondé sur une toute puissance de l’état bureaucratique ; le pouvoir absolu des apparatchiks du parti unique.

C’est donc, fondamentalement, intrinsèquement, une notion de gauche !!!!

« Ma » droite, elle, se rattache philosophiquement à l’ordre naturel, au message chrétien, même si elle englobe aussi des agnostiques et des athées. Ces derniers ayant compris (et admis) ce que nous devons à la monarchie et à nos racines chrétiennes.

Durant toute la campagne pour l’élection présidentielle qui vient (enfin !) de s’achever la droite nationale – incarnée par Eric Zemmour au premier tour, puis par Marine Le Pen au second tour – s’est fait traiter de fasciste par des ignares qui n’ont jamais lu « La doctrine du Fascisme »(1) ou « L’Etat corporatif »(2) de Mussolini, et qui ne font pas la différence entre le National-socialisme d’Hitler, le Fascisme italien, le National-syndicalisme de Primo de Rivera en Espagne (3) ou « LEstado Novo » de  Salazar au Portugal. En France, être de droite c’est forcément être fasciste !

C’est d’ailleurs ce que subodore Maurice Schumann, ce godillot du Gaullisme alimentaire : Il rejoint Londres dès juin 1940 et devient alors le porte-parole de la France Libre. C’est ce gaillard  qui, embusqué derrière un micro de la BBC, incitait les Français à  s’entretuer de 1940 à 1944 (4).

Gaulliste, démocrate-chrétien et européen convaincu, il a été député du Nord pendant trente ans puis sénateur pendant quinze ans, et plusieurs fois ministre. On le confond souvent avec Robert Schuman, l’un des pères-fondateurs de l’Europe, démocrate-crétin comme lui.

Commençons par écorner la légende de ce Schumann « grande  figure de la Résistance ».

En 1946, le colonel Passy, lassé des racontars des exploits – vrais, magnifiés, voire carrément faux – de certains résistants, dévoile à la presse que, contrairement à ses dires,  Schumann est un pétochard qui n’a pas osé sauter en parachute. Ulcéré, ce dernier eut l’idée saugrenue de demander l’arbitrage du « premier résistant de France », mal lui en prit : De Gaulle lui répondit dans une lettre qui arriva, on ne sait trop comment, au « Canard enchaîné » qui se fit un plaisir de la publier le 6 novembre 1946.  Cette lettre disait ceci, entre autres :

 « Vous attribuez trop d’importance à l’affaire. On a vu des gens très braves au feu qui reculaient au moment de sauter en parachute. Vous avez eu tort de vous mettre en avant pour cette mission de Bretagne, car, pendant quatre ans, vous n’avez pas bougé. »

Pour avoir pratiqué le parachutisme militaire, puis le parachutisme sportif et le parapente, Je ne pense pas qu’il faille un courage exceptionnel pour sauter en parachute.

Le saut en parachute a même permis à Jean d’Ormesson, en son temps coqueluche des plateaux télé, le « précieux ridicule » dont toute l’œuvre gravite autour de son nombril, de se faire mousser. « Jean d’O » comme l’appelait le tout-Paris mondain, a effectué son service militaire à la demi-brigade de parachutistes coloniaux, à Vannes-Meucon. Mais ce faux modeste, toujours cabotin, devait déclarer plus tard sur RTL : « On sautait par la porte et naturellement on sautait dans le vide. C’est compliqué. On saute par stick, un stick c’est 12 ou 15 types et chacun pousse celui qui est devant. Et moi, …par ironie parce que j’étais un intellectuel, ils m’ont dit : « Toi, on ne te poussera pas. Tu sauteras si tu veux ». Et je me suis dit : « Si tu ne sautes pas, tu es déshonoré » et j’ai sauté. Sauter en parachute, c’est très très amusant… ». Tout Jean d’Ormesson est résumé dans cette tirade : l’art de raconter n’importe quoi, avec désinvolture et légèreté, tout en se donnant le beau rôle au passage. Pourtant, ceux qui ont connu le sort peu enviable des « inaptes moraux » (2) en unité para savent qu’on ne saute pas « si l’on veut ». Les refus de saut sont d’ailleurs relativement rares.

De plus, n’en déplaise à d’Ormesson, « sauter en parachute » en ouverture automatique, chargé comme un mulet et à basse altitude, n’est pas « très très amusant ». C’est un moyen efficace de déposer au sol, des caisses, des véhicules, et des bipèdes…Pour ma part j’ai toujours préféré les héliportages. En « OA »(6) on est un colis largable, rien d’autre. Quand on a 20 ans, ça permet de frimer devant les nanas mais ce n’est pas « amusant », contrairement au parachutisme sportif.

Bon, revenons à nos moutons, à savoir le Fascisme et les imbéciles qui le voient partout.

Il est regrettable que les Français connaissent si mal leur histoire, sinon ils sauraient qu’il n’a existé que deux partis fascistes – groupusculaires et éphémères – en France, et qu’un seul d’entre eux a bénéficié du soutien de l’Italie fasciste de Mussolini.

Le premier, chronologiquement, est « Le Faisceau » de Gorges Valois.

Etrange personnalité que ce Valois ! Homme d’extrême-gauche, il milite d’abord dans divers mouvements anarchistes et collabore au journal « L’Humanité nouvelle ». Il devient le disciple de Georges Sorel, théoricien du syndicalisme révolutionnaire, puis il découvre la monarchie et le catholicisme, et adhère, à l’été 1906, à « l’Action Française » de Charles Maurras dans laquelle il voit une arme révolutionnaire contre le capitalisme. Il y restera presque 20 ans.

En 1925 avec les capitaux de deux industriels milliardaires, le parfumeur Francois Coty  et le producteur de cognac Jean Hennessy, Georges Valois fonde un nouveau mouvement, « Le Faisceau », premier parti fasciste non italien, et un journal, « Le Nouveau Siècle ».

Malgré l’adhésion de diverses personnalités de gauche, et de Marcel Bucard (issu lui aussi de « l’Action Française », et futur fondateur du « Francisme »), « Le Faisceau » se saborde en 1928, faute d’adhérents et  après de graves dissensions internes.

Georges Valois crée alors le « Parti Républicain Syndicaliste ».En 1935, Il demande à adhérer   à la SFIO(7) ; malgré le parrainage de Marceau Pivert, l’adhésion lui est refusée.

Au début de la guerre, il s’engage dans la Résistance. Arrêté par la Gestapo, le 18 mai 1944, à l’hôtel d’Ardières, aux Ardillats, il meurt au camp de concentration de Bergen-Belsen, en février 1945.

Un fasciste – le premier facho français – qui fait de la Résistance et meurt en déportation, ça fait désordre dans le camp des bien-pensants. Du coup les historiens insistent sur le fait que Valois est mort… du typhus. Oui, c’est parfaitement exact, comme Anne Frank et sa sœur Margot, mortes elles aussi du typhus, à Bergen-Belsen, comme tant d’autres…

Parlons à présent du second parti fasciste, celui créé par Marcel Bucard : « Le Francisme » ou « Mouvement Franciste ». Bucard, né en 1895, est fils d’un boucher de Saint-Clair-sur-Epte. Après des études dans un collège catholique, à Versailles, il entre au petit séminaire et est sur le point d’être ordonné prêtre quand éclate la Première Guerre Mondiale. Engagé volontaire, il se distingue par son courage exceptionnel: en 1914, à 19 ans, il est caporal. Il finit la guerre en 1918, comme …capitaine.

Il est blessé trois fois et titulaire de la Légion d’Honneur, de la Médaille Militaire et de la Croix de Guerre avec dix citations. Comme la plupart des combattants de cette grande boucherie, il restera marqué à vie. Son traumatisme est aggravé par la perte de son meilleur ami, l’abbé Léandre Marcq, tué à 24 ans, le 16 avril 1917, au cours de la désastreuse offensive Nivelle.

Après la guerre et après avoir milité à la Fédération Nationale Catholique (FNC), il décide de prendre part à l’agitation menée par les mouvements d’anciens combattants.

En 1925, il adhère, parmi les premiers, au « Faisceau » de Georges Valois. Il a en charge la propagande. Mais, en 1927, Valois, dans « Le Fascisme », traite Benito Mussolini de « réactionnaire », Bucard le désapprouve et se tourne vers François Coty et son journal « L’Ami du peuple ». Il se voit confier la rédaction de la page consacrée aux anciens combattants.

Le 29 septembre 1933, Bucard fonde le « Mouvement Franciste »,  mouvement s’inspirant du Fascisme italien mêlé à du spiritualisme. Il participe aux émeutes du 6 février 1934.

Le « Francisme » de Marcel Bucard n’a originellement rien d’antisémite. Ses articles vantent l’amitié des tranchées et la tolérance entre Français de toutes confessions. Mais il défend la thèse des deux « Internationales » qui déchirent la France : celle des socialo-communistes et celle des ploutocrates. Il écrit à la Ligue Internationale Contre l’Antisémitisme (LICA), pour affirmer qu’il n’est pas  antisémite, il trouve cela  «imbécile et odieux ».

Pourtant il bascule dans l’antisémitisme radical après son arrestation fin 1935 et l’interdiction de son mouvement, prononcée par le Front Populaire en 1936.

Il attribue alors aux Juifs « une fonction de désagrégation sociale ». Cet antisémitisme sera une constante de son discours politique par la suite. En 1938, il publie « L’Emprise juive ».

En 1941, Bucard se range du côté de la Collaboration et reforme son mouvement, sous le nom de « Parti franciste ». Il est un des fondateurs de la « Légion des Volontaires Français contre le Bolchevisme » (LVF), mais interdit à ses militants d’y entrer quand il apprend que l’uniforme est celui de la Wehrmacht. En fait, il ne tient sous l’Occupation qu’un rôle d’arrière-plan, souffrant de ses anciennes blessures de guerre. Il est opéré à deux reprises des séquelles de ses blessures.

Le 12 août 1944, devant l’avancée des Alliés, Bucard a juste le temps de fuir en Allemagne avec quelques Francistes. D’Allemagne, il organise des commandos de saboteurs, parachutés en France par l’aviation du IIIème Reich.

Alors qu’il cherche à gagner l’Espagne, il est arrêté à Merano en juin 1945, extradé en France et jugé par la Cour de justice de la Seine. Au terme d’un procès-éclair de  trois jours, il est condamné à mort le 21 février 1946  et  fusillé le 19 mars, dans les fossés du fort de Châtillon.

Voilà l’histoire, certes très brièvement résumée, du Fascisme français : deux partis qui auront duré à peine quelques années, animés pour l’un, par un militant de gauche mort en déportation, et pour l’autre par un combattant héroïque de la Première Guerre Mondiale qui s’est trompé de camp en misant tout sur les perdants, lors de la Seconde.

Je n’oublie pas non plus que, pour les bien-pensants, le colonel de La Rocque était fasciste, or François de La Rocque, catholique et patriote, récusait totalement l’idéologie fasciste. Dès 1940, il appelait à la Résistance. Arrêté par la Gestapo, le 9 mars 1943, il est déporté le 31 août 1943 au camp de concentration de Flossenbürg. Il décède le 28 avril 1946, des suites de ses mois de détention.

Il m’est arrivé, à moult reprises, de dire mon respect pour la foi chrétienne et la rectitude morale de Salazar. Il m’est arrivé aussi de reconnaître les qualités guerrières du général Franco et le fait qu’il aura sauvé le Catholicisme en Espagne. J’assume totalement mes prises de positions, mais je dispense les salopards qui étaient staliniens sous Staline (ou maoïstes sous Mao-Zédong) ; ceux qui ont applaudi la « libération » du Cambodge par Pol Pot, qui idéalisent Che  Guevara, ou Fidel Castro, de me traiter de facho. Et puis non, finalement, je m’en moque, je m’en bats l’œil, je m’en tamponne le coquillard, bref, je m’en fous : être insulté par des ordures, c’est presque un compliment non ?

Eric de Verdelhan

1)- « La doctrine du Fascisme » est un essai que l’on attribue à Mussolini. En réalité, la première partie de l’essai, intitulée « Idee Fondamentali » a été écrite par le philosophe Giovanni Gentile. Seule la seconde partie « Dottrina politica e sociale » est de Mussolini lui-même.

2)- « L’Etat corporatif » de Benito Mussolini ; réédition Trident ; 1987.

3)- Dont le Franquisme est plus ou moins l’héritier, ceci est à nuancer.

4)- Fils d’un industriel du textile d’origine juive alsacienne, on ne l’a jamais entendu s’émouvoir du sort des Juifs durant toute la guerre.

5)- «l’inapte moral» est un surnom qu’on doit au Lt-colonel Pierre Langlais – futur patron des paras de Diên-Biên-Phu – lorsqu’il commandait la demi-brigade de paras-colos : c’est un « refus de saut ». Considéré comme un dégonflé, il était coiffé d’un grand béret noir et d’une longue capote. Il était l’objet de toutes les humiliations, vexations et corvées, jusqu’à sa mutation dans une unité de biffins. Ca se passait encore comme ça quand j’ai été incorporé au 1° RPIMa, à Bayonne, en 1970.

6)- OA : Ouverture Automatique.

7)- Section Française de l’Internationale Ouvrière.

 

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4 Commentaires

  1. Traitez moi de facho, j’en suis flatté !
    C’est que je réponds… Et j’ajoute : tant de braves gens l’ont étés, que je ne peux qu’en être heureux !

  2. Absolument. Et je leur retourne systématiquement le compliment : facho-toi-même, raciste toi-même, complotiste toi-même car complot=intrigue=machination=menées etc), haineux toi-même puisqu’ils ne connaissent pas le français et ne savent (ne veulent) distinguer ressentiment, antipathie, détestation etc etc

  3. Bonjour,
    Belle leçon d’histoire…Bravo !
    Ensuite moi aussi ancien Para au sein du prestigieux 13e RDP ! 78/04, N° 413850 😎
    Dieuze et ensuite Ajaccio (CINC)…sauts en Noratlas à Calvi avec le fameux 2e REP…Que du Bonheur ! Et oui, refus de saut pas nombreux et béret Noir…
    Haut les Cœurs !

  4. Bien belle mise au point!
    Concernant la très belle figure du colonel de la Rocque, on pourrait ajouter que le programme social de son parti, le PSF, a inspiré celui de l’Etat français puis celui du CNR.
    Il est à la base du modèle social français, mis à mal depuis quelques années. Sa destruction a commencé timidement, mais s’est considérablement accélérée depuis Sarkozy. Nulle doute que la petite tapette de l’Elysée va profiter des 5 prochaines années pour l’achever. Si le modèle social US vous inspire, vous allez adorer….

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