Transferts de voix entre la présidentielle de 2007 et celle de 2012

Dans un précédent article, j’avais essayé de dresser le « portrait-robot » de l’électeur moyen pour les principaux candidats à la présidentielle de 2012. Je m’étais basé sur le dernier sondage présidentiel de l’Ifop, pour France-Soir (1), puisque l’Ifop a l’avantage de ventiler ses résultats selon de nombreux critères de catégories de population.
Évidemment, plusieurs lecteurs m’ont écrit, indignés, mais ils ont fait ce qu’il ne fallait pas faire : pour chaque candidat, ils ont compté le nombre de critères qui leur correspondait (par exemple une femme, de 50 à 65 ans, salariés du secteur privé, habite à Paris, etc.) et ô surprise, « ça ne collait pas ». Avec ce calcul, une amie très militante au FN se retrouvait chez Borloo. Quand à moi, j’atterrissais chez Mélenchon…
Ces lecteurs ont pris les tableaux à l’envers. Oui, il y a des ouvriers qui veulent voter pour le candidat PS (23%), mais encore plus qui ont l’intention de voter Marine Le Pen (43,3%). Et ce score ouvrier chez la présidente du Front national relativise les autres critères de son électorat, comme le montre la longueur des barres de mes graphiques. En étudiant ces longueurs des barres, on s’aperçoit aussi que Jean-Louis Borloo est un candidat « attrape-tout », donc ne vous étonnez pas de vous « retrouver » chez lui en fonction de vos caractéristiques personnelles.
Il aurait fallu faire une réelle étude factorielle en composantes principales pour mieux cerner les « proximités », mais je n’ai pas les logiciels ad hoc. Il est d’ailleurs curieux que jadis, des journaux comme le Nouvel Observateur ou Le Monde étaient fans de ces graphiques et cartographies classant les gens (et même les « discriminant » au sens mathématique et sans connotation négative). Où sont passés les vrais sociologues et les vrais politologues qui faisaient ce travail ? Mystère…
Dans mon étude, j’avais volontairement exclu trois critères utilisé par l’Ifop : la « proximité politique », le vote au premier tour de l’élection présidentielle de 2007, et le vote aux élections régionales de 2010. En effet, ces trois « critères » auraient « écrasé » tous le autres dans les graphiques, puisque 63,3% des électeurs de Ségolène Royal au premier tour de 2007 disent vouloir voter pour le candidat socialiste, et 96,7% des électeurs de Jean-Marie Le Pen ont actuellement l’intention de voter pour sa fille en 2012.
Où sont les reports de voix ? J’écarte volontairement le vote aux régionales de 2010, puisque le mode de scrutin et l’enjeu sont différents de celle d’une élection présidentielle. Quant à la « proximité politique », elle ne veut pas dire grand-chose alors le paysage politique est en pleine mutation. Par exemple, 15% des « sympathisants » Lutte ouvrière ou Nouveau parti anticapitaliste disent vouloir voter Marine Le Pen, ainsi que 10% de ceux qui se disent proches du Front de gauche (autant que les « sympathisants » UMP !)
Prenons par exemples nos amis Vénissia Myrtil et Fabien Engelmann. Ils sont passés du NPA au FN, mais ils auraient pu tout autant rester au milieu du gué, se sentant proches de leurs anciens camarades tout en pensant que Marine Le Pen défend mieux leurs intérêts de classe. Ils sont passés d’une « proximité » NPA à une « proximité » FN, mais d’autres peuvent se dire socialistes, UMP ou autres tout en préférant voter pour Marine Le Pen au lieu de leurs candidats « naturels ». C’est ainsi qu’un reportage cinglant de France 2 a démontré que nombre de militants UMP votent FN en secret.
On se contentera donc de recenser les transferts de voix entre les présidentielles de 2007 et les intentions de vote pour 2012. L’étude de l’Ifop ne retient que les candidats suivant de 2007, fixant la barre à 4% :
– Olivier Besancenot (4,08 %)
– Ségolène Royal (25,87 %)
– François Bayrou (18,57 %)
– Nicolas Sarkozy (31,18 %)
– Jean-Marie Le Pen (10,44 %)
Pour notre part, nous retenons les mêmes candidats que pour la précédente étude sur les intentions de vote pour 2012 (2) :
– Jean-Luc Mélenchon : 4,7%
– le candidat du Parti socialiste : 23,0% (c’est Ségolène Royal qui fait baisser la moyenne…)
– Eva Joly : 7,8%
– François Bayrou  : 7,7%
– Dominique de Villepin : 2,5%
– Jean-Louis Borloo  : 8,0 %
– Nicolas Sarkozy : 23,8%
– Marine Le Pen : 20,2%
Là encore, les outils informatiques d’analyse factorielle me manquent. On se contentera donc de deux tableaux assez simplistes :
1. Où sont passés les électeurs de 2007 ?
2. D’où viennent les électeurs de 2012 ?
Naturellement, il faudra attendre la liste officielle des candidats, et tenir compte de tous les reports de vote, y compris pour les « petits » candidats. Mais ces deux tableaux donnent déjà des indications intéressantes :
– L’ancien électorat FN est d’une fidélité sans faille. On votait Jean-Marie, on votera Marine le petit doigt sur la couture du pantalon.
– L’électorat socialiste se disperse un peu mais reste néanmoins relativement fidèle. Les apostats vont dans tous les sens, depuis Jean-Luc Mélenchon jusqu’à Marine Le Pen en passant par Eva Joly.
– L’électorat de Nicolas Sarkozy garde une bonne base, mais est mangé par les deux bouts : d’un côté Marine Le Pen, de l’autre le couple Borloo-Villepin. Son gros problème, c’est qu’on ne peut être à la fois nationaliste et européiste…
– L’électorat de François Bayrou part dans tous les sens, depuis des socialistes jusqu’à Nicolas Sarkozy. Et la concurrence au centre fait rage, alors que ces centres sont justement le condensé de ce qu’on appelle « UMPS ».
– Les anciens électeurs d’Olivier Besancenot sont totalement paumés.
Roger Heurtebise
(1) Sondage effectué du 19 au 21 juillet 2011 sur un échantillon de 948 personnes inscrites sur les listes électorales, extrait d’un échantillon de 1002 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération.
(2) Sont exclus de l’étude les candidats qui feraient moins de 1% au premier tour de 2012 : Nathalie Arthaud, Philippe Poutou , Jean-Pierre Chevènement, Frédéric Nihous, Christine Nicolas Dupont-Aignan.

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