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Transhumanisme : Laurent Alexandre mérite-t-il un bon coup de pied dans le QI ?

Il s’appelle Laurent Alexandre, c’est un copain d’Alain Madelin et donc un tenant du libéralisme. Il a soutenu Emmanuel Macron. Il est aussi urologue, ancien élève de l’Ena, diplômé de l’IEP de Paris et de HEC. Il a fondé Doctossimo avec Claude Malhuret, est chroniqueur au Huffington Post, intervient dans les pages du Monde, de L’Express, sur les plateaux de télévision.
Certainement un très beau QI.
Mais surtout, Laurent Alexandre est un des chantres du transhumanisme.

Le transhumanisme c’est croire que la nanotechnologie, la biotechnologie, les manipulations génétiques vont permettre à nos descendants de vivre éternellement. Il s’agit d’accroître artificiellement les performances du corps humain, de le techniciser, de l’hybrider.

D’abord craignant que ces nouvelles technologies ne détériorent l’humain en créant un être aux capacités augmentées qui amènerait un nouveau totalitarisme, aujourd’hui il les défend lors de conférences dans les Grandes Écoles comme Polytechnique et l’ENS.

Durant ce bourrage de crânes des élites, il identifie les perdants du monde qui naît : les bas-du-plafond, ceux qui ont moins de 150 de QI. Pour Laurent Alexandre, ces gens-là « ne serviront à rien ». Face aux « Dieux », maîtres des intelligences artificielles, ils sont les « Inutiles », des êtres intellectuellement inférieurs. Ils n’ont pas leur place dans l’avenir de la planète.

Depuis que le genevois Rousseau avec son contrat social, son Émile ou de l’éducation, et surtout son Discours sur les sciences et les arts a milité philosophiquement pour la création d’un homme nouveau, un homme régénéré, le discours a séduit. Le nazisme, le communisme, ont tenté l’aventure de l’homme sans passé, au-dessus du lot du commun des mortels. Les prototypes sortis des couveuses des folies meurtrières du XXe siècle n’ont pas été une réussite.

Laurent Alexandre parie sur une nouvelle version du mythe du surhomme, une mutation humaine réservée aux élites. Une division de la société non plus en classes sociales, en races supérieures et inférieures, en prolétaires et bourgeois mais en niveaux intellectuels. Il y aura ceux qui pourront faire un mariage avec l’IA (Intelligence artificielle) et les autres, la masse, le peuple, les « pitoyables » d’Hillary Clinton. L’homme ordinaire, approximatif n’aura plus sa place dans l’univers que désire Laurent Alexandre.

Cette vision du cerveau à haute performance parce que nourrit au silicium de l’IA fait peu de cas de ce qu’est l’être humain, un corps et quelque chose qui ressemble à une âme, une morale, la « common decency » d’Orwell. C’est vieux comme Rabelais, « âme sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

Laurent Alexandre ne nous dit pas encore ce qu’il compte faire des « Inutiles ». On s’en doute un peu. Quel nom portera la déchetterie ?

Est-ce qu’en considérant la multitude comme un troupeau de débiles à éliminer, on rendra le monde meilleur ? Moins de dépression, moins de burn-out, moins de stress ?

Mais Laurent Alexandre n’est pas totalement mauvais. Il combat les écolos donneurs de leçons, les Greta et autres khmers verts comme ce groupe de chercheurs de l’Atelier d’écologie politique de Toulouse, qui demande au spationaute Thomas Pesquet d’arrêter l’exploration spatiale au nom de la sauvegarde de la planète.
« Ça m’a mis hors de moi ! dit le transhumaniste. Pesquet est l’incarnation d’une jeunesse positive, tournée vers le futur. Si on lui demande de renoncer à son rêve, il n’y a plus qu’à tirer l’échelle ! »

Transhumanisme contre écologie.
Je réserve un siège pour regarder le combat des deux monstres.

Marcus Graven