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Très Saint Père, pourquoi cette volonté de nous livrer à nos égorgeurs ?

 

le-pape-francois-d-et-le-president-iranien-hassan-rohani-au-vatican-le-26-janvier-2016_5504259Tout d’abord, sachez que je ne suis pas catholique, et que, ne croyant en aucun dieu, je n’ai pas de comptes à vous rendre.

Depuis que vous avez été élu au trône de Saint Pierre, vous n’avez eu de cesse de culpabiliser les Européens pour leur égoïsme à ne pas vouloir accueillir des gens qui veulent les assassiner.

Je ne suis pas chrétien, mais j’habite un pays où la religion majoritaire est encore le christianisme, ce qui est aussi le cas des pays voisins du mien.

Je croyais que l’une des missions de Saint Pierre et de ses successeurs était de protéger le troupeau des fidèles du Christ. Je n’en suis pas, mais nombre de mes concitoyens le sont.

D’où vous vient cette volonté de nous livrer sans défense à nos égorgeurs ?

Voulez-vous nous faire payer les crimes de nos ancêtres ? Bien. Si c’est le cas, et que vous faites abstraction de la responsabilité individuelle, jouons à ce jeu. Je m’y sens d’autant plus à l’aise que je n’ai aucun ancêtre nazi ni communiste, que j’ai eu deux ancêtres guillotinés sous la Terreur, et qu’à ma connaissance aucun de mes ancêtres, tous paysans, n’a participé à l’esclavagisme à l’époque où se pratiquait le commerce triangulaire. Je ne saurai vous dire ce que faisait ma famille aux temps des guerres de religion, ma généalogie ne remonte pas jusque là.

Qu’en est-il de vous ? Vous êtes né dans l’un des deux seuls pays d’Amérique qui ont exécuté le génocide complet et méthodique des Amérindiens sur leur territoire. Même les Etats-Unis d’Amérique du Nord n’ont pas réussi à atteindre le sinistre palmarès qui est le vôtre.

Combien reste-t-il d’Amérindiens vivant dans les pampas de Patagonie ? Pas un seul ! Vous partagez ce triste privilège avec le seul Uruguay et l’état brésilien de Rio Grande del Sul. S’il reste des indiens guaranis dans votre province de Misiones, c’est uniquement grâce à l’œuvre admirable des jésuites qui ont réussi à les protéger des appétits des Grands d’Espagne et des colons et aventuriers de tout poil, puis à l’occupation de la région par le Paraguay. Quant aux quelques Mapuches qui vivent encore près de la frontière chilienne, c’est aux difficultés d’accès de leur territoire, ainsi qu’à leur connaissance des passages frontaliers et à leur art consommé de la guerre qu’ils ont dû de survivre.

Lorsque l’on parvient à la place qui est la vôtre, je ne pense pas que l’on puisse ignorer des faits historiques aussi importants, ce serait faire injure à la culture qui est la vôtre, et que j’imagine très grande.

Vous êtes ainsi originaire du pays le plus ethniquement homogène de la planète avec le Japon et l’Islande, au point d’être devenu comme cette dernière le sujet d’études privilégié de généticiens, et vous venez me donner des leçons d’antiracisme ? Mais pour qui vous prenez-vous ? Vous savez, ou vous ne savez pas, que vos ancêtres massacraient les hommes natifs et s’appropriaient les femmes, d’où le grand intérêt que portent à votre peuple les spécialistes de la génétique : on ne retrouve chez les Argentins comme marqueurs génétiques amérindiens que des marqueurs matrilinéaires. Soyez rassuré, aucun homme amérindien ne souille votre lignée !

Peut-être souhaitez-vous importer cette charmante coutume dans nos vieux pays européens, qui ont tant besoin de sang neuf ?

Vos ancêtres étaient italiens, mais le génocide des Amérindiens d’Argentine est très récent à l’échelle de l’histoire humaine puisqu’il s’est achevé dix ans avant le début du XXème siècle, et peut-être y ont-ils participé ? Est-ce cette culpabilité que vous voulez nous faire payer, à nous autres Européens, qui sommes restés chez nous et qui n’avons pas pris part à la Conquête du Désert, comme on l’appelle dans votre pays ? Mais si c’est le cas, c’est un problème que vous devez régler avec votre propre conscience, et vous n’avez pas à engager la survie de l’humanité pour soulager vos déchirements existentiels.

D’autre part, vous avez affirmé que votre pays n’avait aucun problème avec l’islam. Tout d’abord, je dois vous faire remarquer que la population musulmane de votre pays est pratiquement inexistante, et l’on peut ensuite penser que vous faites bon marché de l’attentat de Buenos Aires en 1994, qui a tué 84 personnes, majoritairement juives, et en a blessé plus de 200. Car c’est à remarquer, votre pays, et c’est tout à son honneur, a toujours fait bon accueil aux juifs sans pratiquer aucune discrimination à leur encontre.

Vous feriez mieux, Saint-Père, de prendre exemple sur vos illustres prédécesseurs Benoît XV, qui s’est vu traiter de « Pape boche » et de « Pape français » à cause de ses efforts pour faire cesser la boucherie de la Première Guerre Mondiale, et Pie XII, qui en une période autrement plus difficile que la vôtre, a réussi à sauver des milliers de vies, tant chrétiennes que juives.

Il est vrai que lui œuvrait dans l’ombre et qu’il ne pratiquait pas les cérémonies théâtrales que vous affectionnez.

Qu’avez-vous fait, par exemple, pour protéger les chrétiens africains des massacres perpétrés par les tortionnaires de Boko Haram ? Savez-vous seulement ce que signifie l’expression Boko Haram ? Vous lavez les pieds de possibles assassins, mais vous êtes-vous rendu une seule fois au Nigéria ? Avez-vous invité des chrétiens nigérians à trouver refuge au Vatican ? Avez-vous demandé au gouvernement nigérian ce qu’il comptait faire pour protéger sa population des assassins ? Et savez-vous que le « monde musulman » au grand complet s’est indigné qu’une musulmane se soit agenouillée devant vous, le chef des infidèles ?

Est-ce ainsi que vous comptez œuvrer pour la paix ? En encensant les criminels et en blâmant les victimes ?

Je vous fais une suggestion : les immenses territoires dont votre pays a massacré les populations originelles sont des terres quasiment vides d’habitants. Invitez-y tous les déshérités de la planète, en particulier les déshérités musulmans, ils y trouveront de la place. Mais ensuite, je vous conseille fortement de rester vivre à Rome si vous voulez échapper à la fureur des argentins.

Bonne nuit à vous, elle porte conseil, dit-on.

Benoît Desprez

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