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Tribunes des généraux : les « frangins » en sous-main ?

Les francs-macs à l’œuvre derrière la deuxième Tribune des généraux, publiée samedi 8 mai sur le bloc Place d’Armes (retirée en fin de week-end puis republiée ce mardi en cours de matinée…) ?

C’est en tout cas la thèse soutenue par Éric Verhaeghe  dans cet article.

L’auteur avance trois arguments :

  1. La deuxième Tribune s’adresse à :
    « Monsieur le Président de la République,
    Mesdames et Messieurs les ministres, parlementaires, officiers généraux, en vos grades et qualités ».
    Or, remarque
    Éric Verhaeghe, la formule « en vos grades et qualités » n’est pas neutre : « Elle est celle employée dans les loges maçonniques aux débuts des travaux collectifs ». L’argument est en effet troublant. Difficile de penser que cette formule puisse se trouver là « par hasard »
  2. Le texte commence par un éloge de La Marseillaise. Normal, dira-t-on : nos signataires protestent ainsi de leur républicanisme au-dessus de tout soupçon, condition sine qua non pour avoir la moindre chance d’être entendu…
    Oui mais, rappelle Éric Verhaeghe, notre hymne national (tout comme notre devise « Liberté, égalité, fraternité ») porte le poinçon de la franc-maçonnerie :« Doit-on rappeler ici le caractère infiniment maçonnique de notre hymne national, et la proximité de son compositeur avec les loges militaires ? On l’a oublié aujourd’hui, mais l’armée révolutionnaire, puis impériale, fut une pépinière maçonnique, et Rouget de l’Isle lui-même était un initié » commente Éric Verhaeghe. La maçonnerie – dont le but ultime est la mise à mort du catholicisme – est en effet l’essence même de la République. La République EST maçonnique.
  3. Ce n’est pas n’importe quel couplet qui est mis en valeur par la Tribune, mais le 7ème. Or le chiffre 7 revêt une importance particulière dans la franc-maçonnerie : il est, selon Éric Verhaeghe, « le chiffre de la lumière et de la justice »

Pour l’auteur de l’article, le clair marquage franc-maçon de cette deuxième Tribune – et vraisemblablement de la première dont elle est la suite naturelle – est de bien mauvaise augure pour le pouvoir : il prouve que la contestation ne vient pas des éléments « réactionnaires » de l’armée (d’ailleurs quasiment inexistants : la franc-maçonnerie a en totalité verrouillé les instances supérieures de l’armée : aucun général qui n’ait été préalablement dûment initié, même si certains ont pu ensuite prendre de la distance…).

« Pour ce noyau militaire attaché à une vision laïque de la France, telle qu’elle existait déjà dans la Grande Armée de Bonaparte, une ligne rouge est atteinte », explique Éric Verhaeghe.

Les « élites » au pouvoir, parfaitement incarnées dans le régime macronien, ont en effet renoncé à l’affirmation française, « convaincues que l’Etat nation est obsolète et que l’avenir est à une dilution de la France dans un grand tout européen » commente Éric Verhaeghe.

« Grand tout européen, voire mondialiste », ajouterai-je pour ma part…

Telle est, selon Éric Verhaeghe, la « ligne rouge » franchie par le régime macronien pour nombre d’officiers généraux, certes nourris d’un anticatholicisme viscéral, mais également d’un amour de la Patrie tel qu’il est magnifié dans La Marseillaise.

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Reste à comprendre l’action décisive qu’a eue un Mélenchon dans la diffusion de la première Tribune, et par conséquent de la seconde…

C’est en 1983 que Mélenchon a été initié au Grand Orient de France (GODF). « C’est une aventure assez lointaine. Je n’ai jamais eu le temps d’y aller deux fois par mois. Mais j’y suis resté fidèle, je donne ma cotisation » confiait-il encore en 2012 dans le livre biographique Mélenchon le plébéien, de Lilian Alemagna (Libération) et Stéphane Alliès (Mediapart).

A-t-il été contacté par les « frangins » pour qu’il fasse de la retape, comme il sait le faire, à propos de cette Tribune qui risquait sinon de tomber rapidement aux oubliettes ?

S’agit-il au contraire d’un énième règlement de compte entre Mélenchon et le GODF ?

Selon cet article en effet, « ces dernières années, les relations se sont tendues entre Mélenchon et le Grand Orient de France. Avant les perquisitions de ces derniers jours, le Grand Orient s’était déjà interrogé publiquement sur le comportement du leader des Insoumis. Ainsi, en mai 2017, selon Le Point, une plainte était sur le point d’être déposée auprès de la chambre suprême de justice maçonnique par une loge de l’organisation. La raison ? Le refus de Mélenchon de donner une consigne de vote au soir du premier tour de l’élection présidentielle – alors que le second opposait Emmanuel Macron à Marine Le Pen – jugée «incompatible» par certains avec les valeurs de la franc-maçonnerie ».

Toujours-est-il que ce sont ses « frères » qui seront (durement) sanctionnés par le pouvoir à la suite de la publication de la première Tribune (les signataires de la seconde ayant prudemment préféré rester anonymes…) : dimanche dernier, sur le plateau de BFM, le Lider Maximo de la France Insoumise y est carrément allé à la kalach’ contre les « militaires factieux »… 

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Éric Verhaeghe est par ailleurs l’auteur du Great Reset : Mythes et réalités, aux éditions Culture & Racines

Henri Dubost