Triel : Front républicain entre le maire UMP et le PS… contre le député UMP !

Publié le 27 mars 2014 - par - 1 637 vues

Tandis que, depuis leur confortable bureau parisien, Jean-Philippe Desir et David Assouline, qui ont la particularité de ne jamais avoir gagné une élection sous leur nom, somment des militants de province de se retirer du deuxième tour, donc de se suicider, avec l’alibi du front républicain, il se passe, dans la vraie vie, de drôles de choses.

D’abord, bien évidemment, des équipes socialistes, qui sont sur le terrain depuis des années, n’ont aucune envie de disparaître du paysage politique pendant six ans, pour faire plaisir à des dirigeants parisiens de plus en plus méprisés. A Béziers, le candidat a envoyé balader la direction nationale, et à Marseille, Mennucci en personne a annoncé que son candidat se maintiendrait, même si le FN Stéphane Ravier était arrivé en tête et risquait de gagner. A Hayange, le maire sortant, PS, ne se retire pas davantage, alors qu’il est arrivé troisième, et que Fabien Engelmann (FN) est en passe d’être élu. Autre situation cocasse, à Conflans Sainte Honorine, le PS, arrivé 2e avec 27 %, et les Verts, 3e avec 23 %, ont refusé de fusionner, laissant donc à l’UMP, en tête avec 29 %, une sérieuse chance de gagner, ce qui serait un séisme local. Dans un autre registre, à Grenoble, le PS, arrivé deuxième derrière les Verts (pathétique, cette ville !) se maintient, entamant une guerre fratricide qui promet d’être sanglante.

TrielelectionsA Triel, la ville de mes parents et grands-parents, où j’ai grandi, aucun souci, le front républicain s’est mis en place, ce mardi soir. La liste de gauche, dirigée par Frédéric Spangenberg, un socialiste qui est parti un temps chez les Verts, et est rentré au bercail, a fusionné avec la liste du maire sortant, UMP, Joël Mancel. Seule particularité, cette alliance, une première dans cette ville, ne s’exerce pas contre le Front national, absent du scrutin, mais contre le député UMP Arnaud Richard, qui postule à la mairie de son camarade UMP Mancel. Cela mérite bien sûr quelques développements.

Arnaud Richard, il y a six ans, n’avait pas réussi à prendre la mairie de Meulan, dirigée par le socialiste Guy Poirier. Il siégeait donc dans l’opposition, et était par ailleurs le suppléant du député UMP Pierre Cardo. Ce dernier, pris par d’autres fonctions, avait donné sa démission à mi-mandat, laissant sa place à son poulain. Lequel sera réélu en 2012, résistant à la vague rose. Seul problème, il ne se sentait pas capable de prendre la mairie à Guy Poirier, en place depuis vingt ans. Mais il voulait quand même être maire, pour bénéficier d’un ancrage local. Appuyé par Valérie Pécresse, cheftaine UMP des Yvelines, il décida donc de jeter son dévolu sur Triel. Seul problème, le maire sortant, Joël Mancel, et une partie de son équipe n’avaient pas envie de se voir éjectés ainsi, et tenaient à conserver leur poste. Aucun accord ne fut donc possible.

Arnaud Richard réussit donc à débaucher quelques adjoints sortants, et surtout la tête de liste historique du Parti socialiste, Martine Da Silva, qui est par ailleurs une de mes amies. Je ne partage pas tous ses engagements, elle ne partage pas tous les miens, mais on s’aime bien, et c’est le plus important. Naturellement, Martine se fit habiller pour l’hiver, insultée, diffamée, et accusée de trahison par ses anciens camarades. Chose d’autant plus gonflée que les socialistes locaux (qui cachèrent soigneusement la rose) prirent, en numéro deux de la liste, une femme, Evelyne Puechavy, qui ne cachait pas ses engagements à droite, ni sa foi catholique, ce qui n’est pas forcément du goût de l’ensemble des socialistes locaux, souvent anti-cléricaux.

On avait donc un peu de mal à s’y retrouver entre ces alliances croisées, sachant qu’une quatrième liste, menée par un Triellois de souche, Philippe Paillet, n’affichait elle non plus aucune appartenance, mais était étiquetée divers droite. Dois-je ajouter qu’avec Philippe, on se connaît depuis qu’on est gamins, et que j’apprécie ce garçon.

Dimanche, le verdict est tombé. Arnaud Richard est arrivé en tête, avec 37 %, le maire sortant, Joël Mancel, est arrivé 2e avec 25 %, Philippe Paillet a causé la surprise en arrivant 3e, avec l’excellent score de 21 %, et la gauche Spangenberg est arrivée dernière, avec seulement 15 %. La messe était-elle dite ? Que nenni, grosse surprise, mardi soir, à Triel, un front républicain surprenant se mettait en place, entre le maire UMP sortant et le PS, contre le député UMP arrivé en tête ! Joël Mancel prendra donc sur sa liste 11 candidats de l’équipe de gôche ! Oubliés les vieilles querelles idéologiques et les tracts d’avant premier tour, embrassons-nous Folleville !

Si les élections étaient une science exacte, on pourrait dire que 25 + 15 = 40, et que cela fait donc une alliance gagnante. Sauf qu’il n’est pas certain que les électeurs socialistes aient envie de voter pour le maire sortant, et que les derniers fidèles de ce dernier aient envie de voter pour une liste phagocytée par les socialistes ! Il faudra donc que chaque camp explique à ses troupes toute la subtilité de cet accord…

On ignore ce que Harlem Désir dira de cette curieuse alliance, qui, en temps ordinaire, aurait été considérée comme une trahison de classe. Ce qui est certain, c’est que ma vieille copine Martine Da Silva, insultée et calomniée par ses anciens camarades, avait du mal à ne pas éclater de rire quand elle m’a annoncé, au téléphone, l’information, et qu’elle se promet, à son tour, de qualifier de traîtres ceux qui la qualifiaient de traitresse, il y a encore quelques jours. Bref, de joyeux échanges en perspective…

Dernier détail amusant, à Meulan, où Arnaud Richard a déserté le combat, préférant s’en prendre à un maire ami, l’UMP est largement favorite, suite au premier tour, pour virer le vieux maire socialiste ! De quoi faire réfléchir le député de la septième circonscription sur la pertinence de son choix…

Un épisode qui confirme, au-delà du comique de la situation, qu’entre l’UMP et le PS, il n’y a guère de différence notable. La principale rivalité est que les uns postulent aux postes détenus par les autres, pour faire à peu près la même chose, et que cela se voit de plus en plus…

Pierre Cassen

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