Ukraine : Porochenko recycle Charlie

Publié le 25 janvier 2015 - par
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Voici un événement qui a été totalement occulté en France par les médias dans l’hystérie collective qui s’est emparée du pays suite au carnage des événements dramatiques autour de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher. Vous vous souviendrez peut-être que le dimanche suivant le drame, une quarantaine de chefs d’états étrangers étaient venus défiler dans les rues de Paris en compagnie de François Hollande et d’un aréopage de politiciens français. Parmi eux se trouvait le président ukrainien Porochenko.

Malgré les massacres dans le Donbass, les témoignages de plus en plus nombreux des actions des mercenaires ou des troupes régulières ukrainiennes, les médias français qui avaient en boucle martelé leur haine de la Russie et du président Poutine sont restés sourds aux premiers indices sur les atrocités qui sont commises depuis la fin du printemps 2014 dans l’Est de l’Ukraine. Pourtant, les vidéos, les photos, les témoignages ne manquent pas pour nous éclairer sur ce qui se passe dans la région du Donbass et dans d’autres régions d’Ukraine. Artillerie lourde, hélicoptères et avions militaires bombardent et mitraillent régulièrement les populations civiles. Les données chiffrées sont hélas invérifiables dans l’état actuel des choses, il est toutefois entendu qu’un millier de civils, essentiellement des femmes, des enfants et des vieillards ont été victimes durant l’été de l’offensive ukrainienne. Ce chiffre augmente tous les jours, il dépasserait les 4 000 victimes pour les estimations basses, deux fois plus pour les estimations hautes, sans compter les combattants des deux camps tombés dans les combats.

Dans le Donbass, les populations vivent des drames quotidiens. Découvertes de charniers, exécutions sans procès, massacres de civils, exécutions de prisonniers, chasse aux déserteurs de l’armée, viols de femmes de tout âge, utilisation de bombes à fragmentation interdites par la Convention de Genève, bombardement de zones d’habitations civiles sans raison ou présence d’objectifs militaires, nous avons là, aux portes de l’Union européenne, tous les éléments d’une guerre où les dirigeants ukrainiens appellent régulièrement à la suppression physique de toutes les résistances, l’évocation de déportations ou de nettoyage ethnique ou religieux. Cette guerre qui n’intéressent plus les Français est pourtant supportée par notre gouvernement, la présence de Porochenko à Paris est éloquente en la matière. C’est la raison essentielle de l’absence d’articles et d’informations dans nos médias officiels, après tant de tapages durant l’été et le début de l’automne, il n’est pas de bon ton de montrer ce que « nos alliés » ukrainiens font dans le Donbass.

Le 13 janvier à Volnovakha, un minibus où se trouvaient 23 passagers a été touché par un obus d’artillerie ou une roquette. Douze civils auraient été tués. Immédiatement le gouvernement ukrainien a lancé une opération médiatique, vidéo à l’appui pour démontrer que ce tir était le fait des séparatistes russophones appuyés par des troupes russes. Reprenant Je Suis Charlie à la française, les membres du gouvernement se sont munis dans l’instant de pancartes indiquant Je Suis Volnovakha, reprenant les standards de communication utilisés en France à la sauce ukrainienne. Curieusement, bien que ce minibus se trouvait en rase campagne, l’attaque fut filmée par un aéronef, vraisemblablement un hélicoptère. Dans les lignes de la chaîne « Teleradiocompagnia Zvezda », l’analyste Anatoli Chariy nous démontre que les images utilisées par les médias ukrainiens sont fausses, en particulier celles du minibus, les images étant celui d’un autobus lui-même sujet à des tirs ukrainiens durant l’été. Par la suite il met en doute le film du tir sur le minibus lui-même, montrant bien que les impacts pourtant décrit très proches de l’engin automobile, sont tombés très loin de ce dernier et non pas à un mètre et demi comme indiqué par les médias ukrainiens. Pour finir les images montrant les positions d’artillerie des miliciens russophones ou de supposés soldats russes, sont en fait celles d’un exercice militaire de l’armée russe en date du 27 juin 2011 : http://tvzvezda.ru/news/vstrane_i_mire/content/201501172117-c16x.htm .

Cette démonstration magistrale d’Anatoli Chariy est éloquente. Elle prouve l’intense utilisation des médias et des moyens de communication par les Ukrainiens à des fins pendables. L’analyste déclare en fin de vidéo que la propagande serait encore « normale » mais que la construction d’un « fake » est une autre affaire qui n’entre pas dans les pratiques de journalistes qui respectent les codes de déontologie. Ceci n’est sans doute pas une découverte pour les lecteurs, mais c’est une énième alerte pour signaler à la population française non seulement ce qui se passe dans le Donbass mais comment des médias, y compris les nôtres utilisent sans scrupule photos, images et vidéos, mises en scène ou détournées afin de créer d’autres vérités. Le métier de journaliste est en danger en France, notre pays n’était classé l’année dernière qu’à la 39ème position pour la liberté de la presse et d’expression, l’un des plus mauvais élèves de l’Europe occidentale. Il est donc urgent pour les Français de réfléchir aux déclarations sans équivoque de Najat Belkacem qui indiquait sur RTL que la théorie du complot était je cite : « la remise en cause des Institutions de la République, la remise en cause de la crédibilité des politiques et la remise en cause de la crédibilité des médias ». Cette phrase fait beaucoup réfléchir.

Si le niveau de manipulation est probablement autrement plus important dans les mains d’un président Porochenko et dans un pays frappé par une guerre civile, nous devons nous poser des questions sur le silence des médias français sur la situation en Ukraine et sur la présence du chef du gouvernement de Kiev à Paris, puis son recyclage de la « Charlisation » à la française dans son propre pays. L’adage dit « qui ne dit mot consent » mais de là à inviter ce personnage dans un moment fort de communion nationale et en présence de représentants de la plupart des pays « démocratiques » de l’Europe et du Monde, il y a un fossé abyssal. François Hollande l’a franchi, son allié Porochenko n’a pas montré plus de déontologie et de respect dans les événements louches de Volnovakha. Les Français jugeront en leur âme et conscience.

Laurent Brayard

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