Un coup de gueule contre le mépris médiatique des Jeux Paralympiques

Le mépris de nos grand médias audio-visuels pour les Jeux Paralympiques est parfaitement symptomatique de ce qu’il est convenu d’appeler l’air du temps.

Voici nos donneurs de leçons, nos chroniqueurs sportifs exaltant l’effort gratuit, nos décideurs de ce qui est bon pour le peuple et de ce qui ne l’est pas, pris en flagrant délit de gougnafferie. Quelle jolie bande d’hypocrites! Et pas un pour avoir dénoncé, ne fût-ce qu’en murmurant, cette indélicatesse touchant à l’inhumain qui fait de la transmission d’images très honorables une simple fonction du fric qu’elles rapportent. En l’occurrence, zéro sur les deux tableaux.

Les mêmes qui ont fermé les yeux durant près de dix ans sur l’évidence Amstrong, ceux-là qui ne se posent publiquement aucune question sur l’extraordinaire éclosion du sprint jamaïcain, attendant sans doute que d’autres, plus courageux qu’eux mettent au jour cette évidence-là, font froidement l’impasse sur le spectacle d’hommes et de femmes dépassant leurs souffrances, leurs misères physiques, leur détresse, dans quelques secondes ou minutes de course, de nage, de saut ou de pagaïage.

Bravo les gars! Je m’adresse à nos intarissables bavards, à nos « spécialistes », à nos ventripotents et autres péremptoires soudés à leur micro comme Harpagon à sa cassette, en place depuis des lustres et pour longtemps encore, juges et procureurs à la fois, menteurs par omission, et qui se privent rarement de pimenter leur propos de quelques traits anti-racistes bien tendance. Occulter l’effort de quatre mille bancals, amblyopes, manchots, malformés, qui vont aller au bout d’eux-mêmes pour montrer qu’ils existent et peuvent eux aussi, c’est quoi sinon un épouvantable, nauséabond, racisme ?

Ah, vous pouvez passer pour pertes et profits les véritables raisons de l’intrusion du voile islamique aux Jeux, considérer la chose comme un épiphénomène plutôt rigolo, en sachant pourtant pertinemment que dans quatre ans des délégations entières, « libérées » par la commune lâcheté, défileront ainsi accoutrées! Faire l’impasse sur les Jeux Paralympiques revient exactement au même. Pour l’argent de vos sponsors et pour vos salaires, vous êtes prêts, génétiquement, à ces abandons-là.

Vous n’étiez jusque là plus guère crédibles à mes yeux. Trop de silences, d’esquives, de poudre aux yeux pour masquer l’essentiel. En moins d’un mois et à travers deux événements, vous montrez ce que représente exactement le mot « sport olympique », de nos jours, pour ceux à qui vous servez la soupe. Une belle supercherie, dont les acteurs, quel que soit leur talent, leur honnêteté, leur envie, sont les jouets. Vous êtes les complices parfaitement conscients de cette manipulation-là.

Pour moi, c’est terminé. Je coupe pour quelques olympiades le son et l’image de nos magnifiques réseaux nationaux. J’irai sur la chaîne savoyarde qui s’honore en transmettant soixante dix-sept heures des Jeux Paralympiques. J’y verrai un proche, amputé d’une jambe à trente-cinq ans, approcher à la rame les temps de vos dieux d’un été. Son bonheur de participer vous est par avance indifférent ? Pas grave. Son bref et violent effort de naufragé de la vie vaudra largement vos routines somnolentes de nantis de studios.

Alain Dubos

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