Un débat indigne de l'identité nationale et de l'amour de la France

Nombre de Français attendaient beaucoup de ce débat. Ils espéraient, en fonction de leurs engagements, entendre Eric Besson expliquer quelles allaient être, concrètement, les retombées du débat qu’il avait courageusement impulsé. D’autres se disaient que peut-être Vincent Peillon, qui a la réputation d’être un laïque au sein du PS, allait nous dire des choses intéressantes. Quant à Marine Le Pen, son intervention était fort attendue, au vu d’un nouveau discours, dont j’avais relevé, la semaine dernière, qu’il tranchait avec le discours habituel de son père, notamment sur la République, la laïcité et la réalité de l’offensive islamique.
Au-delà de la pantalonade lamentable du Parti socialiste, qui ne grandira pas l’image désastreuse de ce parti dans l’opinion, le débat fut indigne des attentes des Français. Eric Besson réussit la prouesse, avec de nombreuses références républicaines séduisantes, de raconter une belle histoire aux Français, totalement en décalage avec leur réelle souffrance quotidienne, et leurs peurs.
Dans quel monde vit un ministre qui dit constater que la majorité des musulmans de ce pays souhaite respecter la laïcité ? Quel est ce prétendu républicain qui défend le droit de vote des étrangers aux élections locales ? Comment peut-il, dans une période de chômage de masse, continuer à défendre la venue de 175.000 personnes nouvelles en France par an, sans se poser de questions ? Comment peut-il n’avoir aucun mot sur la détresse des enseignants, dans une période où la violence scolaire, avec mort d’un élève, et blessure de plusieurs autres, fait la une de l’actualité. Comment un ministre peut-il ne rien dire sur la souffrance des policiers ? Pas un mot sur le racisme anti-français qui se développe, ni sur la montée de l’antisémitisme ? Pas un mot, le jour même où une actrice algérienne est aspergée d’essence, en plein Paris, et échappe de peu à la mort, sur les souffrances des jeunes filles victimes de la montée du machisme des grands frères et de la violence des religieux. Eric Besson a raconté une belle histoire, avec des beaux mots… dans laquelle aucun citoyen de ce pays ne pouvait se reconnaître ! Comme le disait Pascal Hilout devant la mission parlementaire, il nous a vendus des soporifiques.

Marine Le Pen arrivait derrière. Arlette Chabot, livide, venait d’informer le public de la pantalonnade du PS. Le FN avait un boulevard. Les premiers échanges furent vifs, style entrée en mêlée rugueuse. La première charge de Marine Le Pen, parlant de l’appel au secours des citoyens de ce pays, qui se sont saisis de ce débat pour exprimer toute leur souffrance, tranchait avec les non-dits de Besson. Elle évoqua La Marseillaise sifflée, les drapeaux brûlés, et lia tout cela à l’immigration.
Malheureusement pour elle, elle se laissa embarquer par les provocations de Besson, qui utilisa de toutes les ficelles pour la déstabiliser. Elle fut alors incapable de tenir un discours cohérent, liant l’ensemble des questions qu’elle abordait. Elle se cristallisa sur l’immigration, avança beaucoup de chiffres, s’emmêla parfois dedans, mais ne fut jamais capable d’expliquer clairement (comme savent le faire un Robert Albarèdes ou un Guylain Chevrier) les raisons pour lesquelles le système utilise une immigration, souvent de peuplement, dans une période de chômage de masse.
Elle fut incapable de lier sa dénonciation de l’islam, qu’elle n’aborda que furtivement, à la défense de notre modèle laïque. Elle rata les démonstrations qu’elle voulait faire, notamment sur la discrimination positive, ce qui est vraiment dommage, car il y avait matière. Elle voulut, dans un temps restreint, au milieu des interruptions permanentes de Besson, dire trop de choses, qui paraissaient décousues. Elle ne montra jamais, dans ses propos, que sa critique virulente de l’UMPS, qu’incarne à lui tout seul le ministre, s’accompagnait d’un véritable amour de la France et de son modèle républicain. Elle ne sut jamais parler positivement de l’histoire de l’immigration, dans notre pays, et de l’intégration. Elle ne sut jamais mettre en avant les étrangers qui avaient l’objectif de s’intégrer. Elle montra les limites d’un discours qui, au-delà des mots, n’a pas véritablement montré sa compréhension de la réalité d’une république laïque, ni son attachement au modèle issu de la Résistance.
Pourtant, Besson tombait le masque, au fur et à mesure du débat. Il montra son mépris du peuple, en ironisant sur le vote suisse. Il osa dire que Marine Le Pen voulait faire peur aux Français, comme si nos concitoyens n’avaient pas toutes les raisons d’avoir peur, sans avoir besoin d’écouter le FN. Il osa dire que les raisons de la présence du Front national au deuxième tour de la présidentielle, en 2002, était le déni de réalité, alors qu’il passa la soirée à nier la gravité de cette réalité, dans la France de 2010.
Il y avait vraiment de quoi démontrer que son discours était totalement en décalage avec la réalité des pratiques du gouvernement Sarkozy, de la Halde et de Yazid Sabeg. Besson, qui fit souvent dans le style petit roquet, eut vraiment de la chance de tomber sur une Marine Le Pen qui a raté son débat, et totalement sa sortie, en exibant lamentablement un bulletin de vote FN, pour clôturer le débat.
On peut faire confiance à Besson pour fanfaronner, sur les blogs, en disant qu’il a gagné par KO. Ce serait voire les choses par le petit bout de la lorgnette.
Deux Français sur trois ne croient plus ni dans cette droite, ni dans cette gauche pour gouverner le pays. Le FN, pour un ensemble de raisons, ne profitera pas de cette énorme vide politique.
Quel gâchis, ce débat ! J’aurais rêvé, face à Besson, d’entendre le Jacques Myard de la mission parlementaire, plutôt qu’une Marine Le Pen. A mon avis, avec lui, Besson serait reparti en culotte courte.
Lucette Jeanpierre

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