Un débat qui ressemblait aux Jeux du cirque modernes

Les  supporters de Marine sont déçus. Inutile de le nier. Elle n’a pas été à la hauteur du débat.

On lui reproche une agressivité systématique, un sourire mal à propos, l’abus du sarcasme, un débit beaucoup trop rapide. Beaucoup d’énergie dépensée en vain. Beaucoup de coups qui ne portent pas. Pendant ce temps, l’adversaire attend, sourire narquois aux lèvres, et profite de chaque défaut de garde. La candidate ne tient pas la distance et  rate sa conclusion.

C’est l’impression dominante.

Peu de pays  pratiquent le face-a-face, en dehors de la France et des Etats-Unis.  Angela Merkel, Matteo Renzi, n’ont pas eu à se soumettre à ce genre d’exercice. Theresa May, elle, n’a même pas eu à se présenter  devant les électeurs. Il lui a suffi de prendre la suite de son prédécesseur.

On a vu ce qu’il en a été aux dernières élections américaines, l’incroyable bassesse des passes d’armes entre Trump et Clinton, l’absence d’arguments. Nous n’en étions pas loin hier soir. J’espère qu’on n’apprendra pas que vous aviez un compte aux Bahamas, insinue Marine. Emmanuel Macron, lui non plus, ne s’interdit pas les coups bas en mettant sur le tapis les propos de Jean-Marie Le Pen qu’il prend bien soin de désigner comme votre père.

Par le passé, nous avons vu un candidat laisser muet son adversaire par son utilisation de la plus primaire des figures de rhétorique qu’est l’anaphore. La litanie des Moi, Président a peut-être fait basculer l’élection. La colère surjouée de Ségolène Royal a peut-être assuré la victoire de Sarkozy qui était resté d’un calme olympien.  Toute la journée de mercredi, les chaînes ont montré en boucle  les petites phrases des précédents débats qui avaient provoqué à elles seules le tournant de la campagne.

Au fond le face-à-face présidentiel montre les failles de cet exercice qui fait passer la forme avant la fond.

Marine Le Pen a choisi l’agressivité et cela ne lui a pas laissé la place pour développer, expliquer et justifier son programme.

Mais cela signifie-t-il que pour autant l’adversaire a été bon ?

Par défaut, certes.

Sinon, tout le monde est-il séduit par l’arrogance et la froideur, de ce candidat qui donne l’impression de passer l’oral de l’ENA plutôt que s’adresser aux Français.

Il ne lui a pas été difficile de faire remarquer les imprécisions de son adversaire,  son manque de connaissance de certains dossiers, la confusion que génère la dualité franc/écu, qui n’a pas été vraiment éclaircie. Mais lui-même s’est-il montré d’une grande clarté en ce qui concerne ses liens avec l’UOIF ?

Ses mesures concernant la lutte contre le terrorisme sont elles vraiment convaincantes ?

Ses chiffres sur le chômage sont-ils exacts quand il affirme que la chômage a baissé depuis les années 90 ?

Sa réforme de l’Education Nationale est-elle à la hauteur de son alarmante situation quand l’essentiel, pour lui,  consiste à réduire le nombre d’élèves en classes de CP ?

De manière générale, Macron est-il à la hauteur dans les domaines régaliens ?

Nous voyons là l’incroyable piège qu’est ce face à face présidentiel, exercice de rhétorique,  disputatio sorbonnarde, jeux du cirque, qui masque la véritable analyse des projets respectifs. Le spectateur est séduit ou convaincu mais pas forcément pour les bonnes raisons.

Macron remporte une victoire aux points mais est-ce rassurant pour l’avenir de notre pays ?

Florence Labbé

image_pdf
0
0

8 Commentaires

  1. Doit-on juger la valeur patriotique et les compétences d’un candidat à ses effets de manchettes ? Même un avocat si talentueux soit-il s’il est nul dans sa spécialité enverra son client au cachot à cause de son ignorance…

  2. « et cela ne lui a pas laissé la place » Mais bon sang mais c’est dingue ! N’y a-t-il personne d’autre que Josianne Filio pour être capable de faire une analyse de ce qui s’est passé lors de ce débat : c’est n’est pas son exposition par le négatif de celui de Macron qui ne lui a pas laissé la place, c’est seulement le fait qu’elle a été coupée systématiquement, automatiquement, stratégiquement, du début à la fin, à chaque fois qu’elle a tenté d’expliquer son programme sur le mode positif. La technique est usée jusqu’à la corde mais elle marche encore face aux blanches colombes qui ne savent pas se départir de leur dignité et n’acceptent pas ces règles biaises et personne n’a le courage de la dénoncer parce que ça fait mauvais joueur alors qu’il n’y a aucune autre explication à chercher !

    • Clamp
      C’est ce qui m’a étonnée dès le début: que Marine laisse le golem lui couper la parole à chaque instant avec son arrogance de gamin mal élevé, sans le prier sèchement de ne pas l’interrompre.
      C’est toujours ce qu’il faut faire dans ce cas, d’ailleurs.

      • @ Victoire de Tourtour

        Oui, mais les gens trop dignes ont du mal à s’abaisser à croire que leur adversaire puisse être assez bas pour faire un usage stratégique de cette impolitesse. Or il ne faut jamais sous-estimer la bassesse des gauchiste et du système : ils n’ont aucune limite. Ce qu’il faut, c’est réclamer un système à l’américaine où les deux protagonistes ne se font pas face mais font face à la caméra, et même aller encore plus loin, qu’ils soient suffisamment distants pour ne pas s’entendre directement, ou derrière des vitres, et que le micro de l’un soit coupé quand l’autre parle.

        Car on n’a pas besoin qu’ils discutent, ils ne sont pas là pour se convaincre, ce qu’ils n’ont aucune chance de faire, mais pour nous convaincre nous. Il faut mettre fin à la technique gauchiste.

  3. Je dois être particulièrement blasée parce que je n’ai pas vu plus dans ce débat de violence ou de rounds de catch que dans les débats présidentiels précédents où il ne s’agissait il est vrai que de logomachie et d’artifices rhétoriques plutôt que de présentation détaillée des points de chaque programme, nouveauté me semble-t-il des débats de cette dernière campagne présidentielle. A moins qu’on appelle violence le sourire ironique de Marine quasi-permanent et les accusations portées contre son adversaire qui n’atteignaient pas en violence celles de Macron, carrément disqualifiantes. Alors où se situait ladite violence de combat de catch ? J’ai l’impression qu’il y a un défaitisme de lassitude qui gagne les partisans de Marine face à la pugnacité de la meute journalisco-politique.

    • Anne-Marie
      Vrai.Lassitude. Résignation.Ecoeurement.
      Prélude aux tempêtes et aux subversions violentes ? Le freluquet risque d’avoir à affronter la colère des résignés actuels.

  4. Très bon article. Même si un candidat est bien préparé, et se montre convaincant durant le débat, cela ne signifie pas qu’il fera un bon président. On a pu le voir avec Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy…
    Et plus les candidats font dans la comédie, comme sarkozy et hollande, plus ils sont mauvais. Ils compensent leur incompétence par une mise en scène théâtrale.

  5. A cela s’ajoute un « carpet bombing » médiatique ininterrompu sur Marine. C’est oublier l’effet contraire que ces agressions partiales finissent par lasser l’auditeur jusqu’au dégoût. En conscience nombre d’électeurs ont depuis longtemps fait leur choix, en particulier en faveur de Marine et ce n’est pas ce matraquage de dernière minute qui les fera changer d’avis. Pour la circonstance les médias ressortent du placard leur anciennes égéries genre Anne Saint Claire, comme des garanties d’objectivité et d’impartialité. Tout ce déballage style grande solde du printemps est usé. C’est bien parce que Marine va gagner ces élections que tous ses adversaires sont sur le pont, y compris notre « grand philosophe » BHL qui au travers la lutte contre l’abstention veut rediaboliser Marine.

Les commentaires sont fermés.