Un texte, insultant pour les enseignants, distribué dans une chaîne de magasins de jouets

Publié le 23 mars 2009 - par
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Je ne résiste pas au plaisir de vous proposer une devinette. Devinez d’où vient le texte ci-dessous?

« C’est un usage en France de louer les enseignants pour leur courage leur abnégation, la dévotion avec laquelle ils tiennent à bout de bras l’éducation nationale. Les évaluations se succèdent, soulignant la médiocrité des performances de notre système éducatif; on a beau démontrer que pour chaque euro dépensé, nombre de pays obtiennent de bien meilleurs résultats que le nôtre, rien n’y fait! Aucun ministre ne peut tenir tête longtemps à la première armée de fonctionnaires de France. Si vous ajoutez à ça que les syndicats de parents d’élèves les plus influents sont assez mitoyens des syndicats enseignants quand il s’agit de mettre un bulletin dans l’urne, cela fait bien plus de connivences qu’il n’en faut pour que les choses changent un jour dans la grande maison de la rue de Grenelle. (sic !)

Un ministre de l’éducation, Lionel Jospin, faisant de l’éducation une priorité nationale en 1989, déjà, avait appelé à mettre l’enfant « au centre du système éducatif ». On attend toujours! Les professeurs des écoles, pour parler d’un corps que je connais bien pour en avoir fait partie près de dix ans, peuvent choisir l’école où ils enseigneront au privilège de l’ancienneté, à peine corrigé par une note de mérite qui, elle aussi, est largement indexée sur le temps passé dans la boutique. L’intérêt des enfants, selon le quartier où on les oublie, à avoir en face d’eux des enseignants adaptés à leur situation est bien secondaire. Qu’importe, il y aura toujours un ministre ou un syndicaliste pour louer le mérite des enseignants, dans la masse, collectivement, pour ne pas avoir à faire le tri. Pourtant, c’est bien là que le bât blesse. L’éducation nationale , dans ses grandes largeurs, n’a pas de troupes à la hauteur de la bataille à mener. Elle compte des godillots à foison, mais quand ils défilent, c’est pour clamer haut et fort les excuses qu’ils se trouvent de ne pas pouvoir faire mieux.

Concluons par un problème d’arithmétique. Sur 10 enseignants, quand vous aurez retranché ceux qui font ce métier pour être chez eux à 17H, ceux qui ont fini par ne plus pouvoir sentir les gosses, ceux qui ne les ont jamais aimés, ceux qui travaillent avec les mêmes fiches de préparation depuis quinze ans, ceux qui se sont arrêtés là parce qu’ils n’ont pas pu, ou pas su, épanouir sur le terrain de la recherche leur passion des maths, de la physique ou de l’histoire, ceux qui passent le tiers de leur temps à faire de leur classe un labo de citoyenneté pour futurs syndicalistes, combien en reste-t-il pour faire de leur classe un creuset d’enthousiasme et d’appétit de connaître? Pendant que vous cherchez, les instituteurs font la grève du soutien scolaire en salle des maîtres et la réforme des lycées est remise aux calendes grecques. »

Et non! Pas du courrier des lecteurs du Figaro. National Hebdo ? Non plus. Vous ne voyez pas? Ca vient de la Grande Récré! Mais oui, la chaîne de magasins de jouets qui distribue gratuitement à la caisse cette délicate littérature. Vous venez de lire l’éditorial du numéro de mars de Côté Mômes un journal gratuit distribué dans ces magasins et dans les boutiques Du Pareil Au Même.

Le souci, c’est qu’alors que le service clientèle de la chaîne de vêtements pour enfants a immédiatement répondu à nos interrogations, a présenté ses excuses et retiré de la circulation tous les exemplaires encore disponibles, le Grande Récré, elle, n’a pas bougé. Rien! Nous sommes nombreux en France à avoir exprimé à plusieurs reprises notre indignation mais aucun n’a, à ce jour, reçu la moindre réponse. De là à penser que la direction approuve l’éditorial il n’y a qu’un pas que j’ose franchir.

Alors que faire? Se laisser insulter publiquement par un monsieur qui n’est même pas ministre de l’Education Nationale? Supporter d’être méprisé par une enseigne qui, visiblement, ne juge pas utile d’apporter ne serait-ce que des explications à une clientèle jugée nauséabonde?

Pour ma part, je tire les conséquences suivantes de cette agression:
je m’abstiendrai de tout achat dans les magasins le Grande Récré
j’informerai toutes mes connaissances, parents et enseignants, de l’opinion qu’a d’eux la Grande Récré
je les inviterai à ne pas être des victimes consentantes, des enseignants gnants gnants.

Frédéric Guillin

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