Un voile sur la cause des femmes, de René Berthier

Lors de l’émission de Radio Libertaire, le samedi 25 avril, où, avec Anne Zelensky, je présentais notre livre, « Les dessous du voile », l’animateur, Philippe, m’a remis un livre dont j’ai le plaisir de faire la critique. En effet, je connais bien l’auteur, René Berthier, avec qui j’ai milité au sein du syndicat du Livre. Il était correcteur au « Journal Officiel », et fut secrétaire du syndicat des Correcteurs CGT, où la Fédération Anarchiste, dont il est militant, a toujours eu une certaine influence.
J’étais donc curieux de lire ce que René allait raconter sur le voile. Il commença à m’inquiéter, en traitant un premier chapitre sur le féminisme islamique. Je commençais à me dire qu’une de nos amies communes, responsable de la LDH, avait peut-être exercé une mauvaise influence sur lui. Mon inquiétude grandit, quand je lus des références à Monique Crinon, Pierre Tevanian ou Sylvie Tissot, personnages qui ont souvent qualifié de racistes les laïques qui s’opposaient au voile à l’école.
Mais, subtilement, René a commencé a essayer de comprendre la revendication du féminisme islamique – féminiser l’islam pour mieux défendre le droit des femmes – pour ensuite mieux démolir l’argumentaire, en répondant à une idéologue de ce mouvement.

Mais j’ai savouré particulièrement un passage, intitulé : « La République française ? Génial ! ». René narre une anecdote. Il voit, en 2004, lors d’une manifestation parisienne s’opposant à la loi qui se prépare contre les signes religieux, dont le voile, à l’école, une voilée avec une pancarte : « Notre constitution, c’est le Coran ». Et c’est alors que cet anarchiste, pour qui, comme tous ses camarades, l’expression « République » est un gros mot, ose écrire ces mots que je n’avais jamais lu chez un adepte de Bakounine : « Je me suis senti tout-à-coup un fervent partisan de la République française, de ses institutions, et de l’idéologie révolutionnaire qui les sous-tendent ».
Finissant son chapitre, il exécute celle qu’il appelle « la petite conne » : « Grâce à la République française, dont elle fustige la Constitution, elle ne pourra pas se voir interdire l’exercice d’un métier si elle a envie de l’exercer, elle pourra voyager même si son mari n’est pas d’accord, elle ne sera pas obligée de se marier si elle n’en a pas envie, elle ne pourra pas se faire foutre à la porte de chez elle si un soir elle a la migraine, elle pourra même épouser un non-musulman, elle n’aura pas à se taper la présence de trois co-épouses, elle pourra témoigner au même titre que n’importe quel homme. Si elle en a marre de son mari, elle ne sera pas lapidée à mort parce qu’elle se sera offert un petit écart de conduite. Si elle en a vraiment marre de son mari, la garde de ses enfants ne sera pas automatiquement confiée à son ex. La petite veinarde aura juste à affronter toutes les inégalités – de salaire, d’avancement professionnel, à l’embauche, etc. – que subissent ses consoeurs qui elles, ne portent pas le voile. Quelle chance ! »
Autre passage particulièrement intéressant dans ce livre, l’auteur décortique quelques articles de la constitution iranienne. Une bonne réponse pour s’opposer à un Alain Gresh, qui continue à défendre les propos d’Ahmadinejad, à Genève, et persiste à défendre, dans les conférences où il sévit, l’Iran des ayatollahs, au nom du combat anti-capitaliste et anti-impérialiste !
A une époque où la multiplication du voile rencontre, au mieux le silence, au pire la complicité, de pans entiers du mouvement social, on ne peut que se réjouir que ce livre, et son syndicaliste d’auteur, rappellent quelques évidences qui font du bien à lire.
Pierre Cassen
Editions du Monde Libertaire
80 pages
4 euros

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