Une digue est en train de sauter, le vrai peuple se réapproprie la rue

Publié le 26 novembre 2013 - par - 2 575 vues
Share

Manifestation pour tous, bonnets rouges, clubs d’équitation en colère, Goodyear, agriculteurs, pêcheurs, Mory Ducros, etc… Analyser le pourquoi des troubles actuels demanderait un ouvrage entier, tant les causes sont multiples et les acteurs divers.

Appauvrissement économique, affaiblissement de l’Etat-nation, rejet du gouvernement par la majorité des Français, chômage galopant, immigration incontrôlée, comptes sociaux en berne, cadeaux aux banques, doutes désenchantés sur un modèle français considéré comme parfait…

Ce qui étonne le plus, c’est la nature de ces « agitateurs. » Ce sont des soulèvements populaires, mais ils n’appartiennent plus spécialement à la gauche, bien au contraire : et on s’y perd.

Depuis quelque temps, comme on le sait, la gauche a perdu le peuple.

Le Front national recrute à tour de bras, bien davantage que la gauche dans les classes populaires et moyennes. La gauche a donc mis au point, croit-elle, à une stratégie gagnante pour répondre à ce problème crucial, qui risque pourtant de lui coûter le pouvoir. Elle a réussi à ostraciser symboliquement une partie de la droite : et lui interdire littéralement tout ce qui vient du Front national et par conséquent tout débat politique.

Le résultat de cette « politique de l’escamotage » est qu’elle engendre des aigreurs et des révoltes en progression constante. Une partie non négligeable de l’électorat, constate d’être laissé au bord de la route, dédaigné, détesté même. Il constate que le pouvoir refuse de regarder en face les problèmes réels qu’il rencontre, et même traite de criminels tous ceux qui osent aborder ces problèmes.

Un sentiment d’injustice croît alors, bientôt doublé d’une envie d’en découdre.

Le peuple se rend bien compte qu’ayant cessé d’être pour la gauche la classe glorieuse par laquelle se font les révolutions, il est devenu une classe « vulgaire, sauvage et finalement obscène. » Il se rend bien compte que le passage du populaire au populisme indique la dégringolade en termes de respect et de considération. Désormais, tout lui est compté à charge !

L’atmosphère de jacquerie que nous ressentons aujourd’hui tient sans doute à l’immense déception d’un peuple de gauche auquel encore une fois on a promis de « raser gratis », et qui se voit livré à une crise sans fin et toujours plus profonde, tandis que les gens du pouvoir socialiste répètent leurs incantations rituelles, sans paraître se douter de la réalité des provinces, situation somme toute révolutionnaire.

L’atmosphère de jacquerie tient aussi beaucoup à l’exaspération du peuple de droite, désormais nombreux et persuadé de n’être jamais écouté, pire encore, d’être criminalisé par la gauche (de lepéniste) avant même d’avoir parlé.

Quand on fait taire un peuple par l’invective permanente, l’insulte, il arrive un moment où il prendra d’autres moyens pour se faire entendre, pour se faire justice, comme mettre le feu à des bornes ou répandre des excréments devant les préfectures, avant de renverser la table !

Naturellement, c’est une réaction fruste et peu sympathique, mais il est si difficile pour l’élite de se mettre à la place de gens accablés, dont le pouvoir se moque bien, tout en ne se souciant seulement que de les invectiver parce qu’ils représentent la France « moisie ».

Qu’il soit de gauche ou de droite, l’électeur de base a le sentiment qu’il a en face de lui un président idéologue et mollasson, bourré de diplômes certes mais incapable de prendre une vraie décision, dénué de toute conviction, et fort seulement de ses grands airs et de son ton inspiré, mais qui cachent un vide abyssal. D’où la révolte !

On peut s’offrir le luxe d’un gouvernant inefficace en période faste, mais, en temps de crise, c’est trop dangereux.

Non merci.

D’où les « bonnets rouges » !

Les historiens savent bien que les grandes révoltes, et a fortiori les révolutions, ne viennent que lorsqu’un groupe suffisamment nombreux n’a plus grand-chose à perdre. Jusque-là on pouvait penser que le peuple de France, composé essentiellement de petit-bourgeois, avait trop à perdre pour se lancer dans des aventures. Mais cela est de moins en moins vrai, au sens où beaucoup de gens ont de moins en moins à perdre. Il faut ajouter la conviction croissante que ces opinions populaires, traitées désormais de criminelles parce que réactionnaires, sont en réalité majoritaires dans le pays.

Les grandes manifestations de 2012 ont largement propagé ce sentiment. Les chiffres annoncés par la police étaient si ridiculement bas face à la marée humaine déroulée devant les yeux, que, chaque fois, le mouvement de contestation se voyait confisquer sa parole.

S’en est suivi un désespoir tenace, un jusqu’au-boutisme, une volonté d’en découdre à la mesure de ce qui était considéré comme une immense trahison antidémocratique !

Il suffit de voir ce que François Hollande a dit à propos des référendums populaires, qu’il a dédaignés d’un revers de la main, pour comprendre à quel point le pouvoir a peur du peuple !

Car non seulement le peuple n’est pas de gauche (s’il ne l’a jamais été…), mais il est bien plus à droite que ne le croient les cadres raisonnables et cravatés de l’UMP.

Une digue est en train de sauter.

Il serait plus intelligent de mettre de côté l’idéologie et de cesser d’injurier ce peuple : car à l’injure ne peut répondre que la violence !

André GALILEO

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.