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Une initiative francophone contre la germanophobie

La germanophobie se porte bien de nos jours.

En 1945, l’Allemagne était totalement dévastée. De 42 à 45, elle a reçu en bombes « classiques » l’équivalent de 33 bombes nucléaires de type Hiroshima. Les alliés ont alors procédé à son dépeçage en règle : la partie orientale fut placée sous l’effroyable régime communiste, à la botte de Moscou, tandis que la partie occidentale était morcelée en trois zones d’occupation.

Dès le milieu des années 60, soit quelque vingt années seulement après la fin de la guerre, l’Allemagne dite à l’époque « de l’ouest » retrouvait néanmoins la première place économique sur le Vieux Continent.

De Gaulle, parfaitement conscient de la renaissance de l’ « épouvantail » teuton, a cru prudent de continuer à sceller une « amitié » franco-allemande qui a commencé à poindre dès les années 50 avec la constitution de la CECA et le jumelage de villes françaises et allemandes. Du 4 au 9 septembre 1962, De Gaulle parcourt l’Allemagne et y prononce une dizaine de discours dont 6 en allemand (appris par cœur), suscitant une vague d’enthousiasme Outre-Rhin. Par ailleurs, le Général s’est promptement débarrassé – sans trop y mettre les formes, il faut le reconnaître – du fardeau algérien afin de concentrer toute l’énergie française pour faire face à une nouvelle menace allemande.

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Peine perdue : désormais, l’Allemagne réunifiée – depuis plus de trente ans, le temps passe… – exerce une puissance hégémonique sur l’ensemble du continent européen, et la Bundeswehr n’y est pour rien… Il n’est pas exagéré de dire que l’Europe est allemande. Une telle résilience de tout un peuple peut susciter une certaine jalousie.

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Néanmoins, le Front National Suisse (francophone comme son nom l’indique) vient de publier un texte intitulé « Manifeste contre la germanophobie », en prolongement du blog « Stop germanophobie » qui semble avoir subi les foudres de la censure et n’est plus en ligne.

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Et la France dans tout ça ?

Bien qu’occupée pendant quatre ans – mais sans être anéantie ou pillée par les Allemands qui l’avaient par ailleurs écrabouillée en moins de deux mois et auraient pu se venger de belle manière de l’humiliation du Traité de Versailles  –, ayant elle-même subi les bombardements dévastateurs des alliés dès 1942, la France sortait néanmoins victorieuse de l’épreuve.

Certes, à la fin de la guerre, les Etats-Unis, l’URSS et la Grande-Bretagne ne lui ont laissé qu’un strapontin (elle fut absente de la conférence de Yalta). Mais tout de même, la France prenait place à la table des vainqueurs et se voyait offrir une zone d’occupation dans une Allemagne écrasée par la redoutable machine de guerre alliée. Machine de guerre dont notre pays n’a pas fait partie, à l’exception notable de la douzaine de divisions des forces françaises d’Afrique du nord qui ont participé au débarquement allié du 15 août 1944 sur les plages de Provence

La France méritait-elle davantage ? On peut en douter. Nous ne rappellerons qu’un chiffre, affligeant : alors que plus de 150.000 soldats alliés (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Canada, Australie, Nouvelle Zélande…) débarqueront sur les plages de Normandie à partir du 6 juin 1944, la France ne fut capable d’envoyer que… 177 combattants, la fameuse division Kieffer, soit près de 100 fois moins que les forces polonaises qui participèrent à l’opération.

Comme l’a écrit l’historien Pierre Péan avec une ironie mordante :

« Les alliés ont offert leur sang, les Français ont offert le sable… ».

Henri Dubost

In girum imus nocte ecce et consumimur igni