Une pression économique sans borne (4)

Publié le 25 septembre 2019 - par - 337 vues
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Le magazine Forbes, destiné principalement aux grandes fortunes, a établi une fois de plus la liste des 50 personnes les plus riches du monde. Le premier cette année est Jeff Bezos, le patron d’Amazon, qui pèse 160 milliards de dollars, suivi de près par Bernard Arnault – 100 milliards – puis par Bill Gates – 96,5 milliards. Et 2 153 milliardaires ont été comptabilisés – la population d’un tout petit village – pour un total de 8,7 billions de dollars soit 8 700 milliards. Nous sommes ici dans des chiffres à 12 zéros. 8,7 billions, cela s’écrit 8 700 000 000 000. Une situation parfaitement anormale au regard de l’histoire.  

Un calcul rapide montre qu’à eux seuls ces 2 300 milliardaires disposent d’autant que les budgets de plus de 150 États les moins riches sur un total de 207 d’après les chiffres 2019  donnés par la banque mondiale. Afin de se rendre compte de ce que cela signifie, le total des PIB de l’ensemble de ces pays est égal à quelques 8,5 billions de dollars (il s’agit des PIB par État et non par individu) : Pakistan, Chili, Finlande, Bangladesh, Égypte, Vietnam, République tchèque, Roumanie, Portugal, Irak,  Pérou, Grèce, Nouvelle-Zélande, Qatar, Algérie, Kazakhstan, Hongrie, Hongrie, Koweït, Ukraine,  Maroc, Équateur, Angola, Slovaquie, Porto Rico, Cuba, Sri Lanka, Kenya, Éthiopie, République dominicaine,  Oman, Guatemala, Syrie, Birmanie, Luxembourg, Ghana, Bulgarie, Panama, Croatie, Costa Rica,  Biélorussie, Uruguay, Tanzanie, Liban, Macao, Slovénie, Lituanie, Serbie, Ouzbékistan, Libye,  Azerbaïdjan, Tanzanie, République démocratique du Congo, Côte d’Ivoire, Jordanie, Paraguay, Soudan, Turkménistan, Tunisie, Bolivie,  Cameroun, Bahreïn, Lettonie, Zimbabwe, Estonie, Népal, Ouganda, Yémen, Zambie, Salvador, Micronésie, Cambodge, Chypre, Sénégal, Honduras, Nouvelle Guinée, Trinité, Bosnie-Herzégovine, Botswana, Afghanistan, Laos, Mali, Gabon, Géorgie, Jamaïque, Malte, Namibie, Albanie, Burkina Faso, Brunei, Maurice, Mozambique, Mongolie, Nicaragua, Macédoine nord, Guinée équatoriale, Bahamas, Arménie, Madagascar, îles Anglo-Normandes,  Moldavie, République du Congo, Tchad, Guinée, Haïti,  Bénin, Rwanda, nouvelle Calédonie, Niger, Kirghizistan, Kosovo, Tadjikistan, Somalie, Malawi, Érythrée, Île de Man, Liechtenstein, Monaco, Mauritanie, Maldives, Monténégro,  Fidji, Togo, Barbade, Sierra Leone, Îles Vierges des USA, Guyana, Liberia, îles Caïmans, Burundi, Andorre, Surinam, les Mariannes du nord, Antigua-et-Barbuda, îles Seychelles, Gambie, Guinée Bissau ; îles Salomon, Grenade, Comores, Saint Christophe, Vanuatu, Samoa, Saint Vincent, Samoa américaines, Dominique, Tonga, Sao Tomé, Palaos, îles Marshall, Kiribati,  Nauru, Tuvalu. (J’ai dû en oublier quelques-uns). Et la fortune de ces 2 300 milliardaires représente plus que les PIB de tous les États cités ci-dessus.

Si l’on se rabat sur les 100 hommes les plus riches de la planète, ils possèdent ensemble près de 1 700 milliards de dollars. Peut-on imaginer monde plus fou ? Sans doute une partie de leurs avoirs est-elle constituée en actions et en obligations, et il va de soi que lorsque la Bourse s’écroulera, ce qui ne tardera sans doute pas, ces avoirs disparaîtront comme l’air d’un ballon qui se perce, mais tout de même ! Bon, cela serait finalement de peu d’importance si les sociétés possédées par ces hommes ne prétendaient pas influencer nos vies, les diriger, décider ce que l’on a le droit ou non de dire sur la toile, et même ce que nous devons penser. Ce serait de peu d’importance si ces hommes, à travers leurs sociétés, n’exerçaient pas une pression intolérable sur nos hommes politiques, nos journalistes, nos grands dirigeants qu’ils tiennent dans leurs mains, pour imposer un système économique inhumain qui les enrichira encore plus au détriment des populations, des gens au travail, des esclaves des pays dits en développement. ¨Pour appréhender ce pouvoir exorbitant, prenons l’exemple de Black Rock.

Black Rock, c’est une société privée qui pèse 6 300 milliards de dollars d’actifs. 6  000 000 000 000 $, un nombre à 12 zéros. Quasiment le triple du PIB de la France. C’est colossal et difficilement croyable. C’est une société new-yorkaise introduite en bourse en 1999, il y a vingt ans seulement, et dirigée par Lawrence Fink. Black Rock n’est pas une banque, ce qui lui épargne les contrôles, c’est une société financière qui travaille avec l’argent des épargnants mais aussi des très grosses entreprises, pour lesquels elle fait des investissements, notamment dans les fonds de pension, ce qui fait que c’est cette société qui verse leur retraite à beaucoup de monde. Dans cette spirale infernale, Black Rock est contrainte de gagner toujours plus, ou au pire de ne jamais perdre des actifs, car sa responsabilité est considérable et de ce fait dangereuse pour elle. Aussi ses employés sont-ils soumis à une pression intense. Oui, c’est bien une spirale infernale.

La puissance de Black Rock est telle que cette société possède des parts importantes de Microsoft, de Yahoo, d’Apple, d’Adidas, dont elle est actionnaire majoritaire, et siège aux conseils d’administration de 1 700 entreprises, dont de nombreuses sociétés françaises parmi lesquelles Danone, Legrand, Axa, Renault, BNP, Publicis, Société générale, Michelin, Cap Gemini, Saint Gobain, Sanofi, Total, Valeo, Bouygues, Scheider, Unibail, Vivendi, Solvay, Lafarge, Air Liquide, Michelin, Safran. Qui dit mieux ? Comme le monstre dirige en grande partie des entreprises qui semblent concurrentes mais en définitive ne le sont pas puisque appartenant aux mêmes mains, la concurrence normalement favorable aux consommateurs ne parvient plus à jouer son rôle. Et pas de concurrence, cela signifie que les fournisseurs sont en situation de quasi-monopole, pouvant imposer les prix qu’ils veulent. Les prix augmentent donc. Trop. Et les peuples ne s’y retrouvent plus. Révoltes des Gilets jaunes. Mais ils ne sont pas les seuls. Black Rock fait partie des « Big Three » avec Vanguard et State Street. À eux trois ils gèrent 14 000 milliards de dollars. Black Rock  investit partout dans le monde, dans la forêt amazonienne, au Mexique, en Europe, aux États Unis, partout ! Et dans tous les domaines-clés, informatique, énergie, banques, centres de recherche, universités pharmacie, immobilier. Des sommes considérables. Et les hommes politiques, prêts à  favoriser l’emprise croissante de Black Rock, lèchent les pieds de Larry Finch. Plusieurs fois Macron a reçu Larry Finch à huis clos. Pour lui céder ADP ? Et puis quoi encore, nul ne le sait. D’ailleurs notre illustre Président a nommé à la tête de la commission des nationalisations l’un des plus importants dirigeants de Black Rock, Jean François Cirelli. Mais,  non, ce n’est pas un complot. Seulement une grosse, une énorme magouille dont on aimerait connaître les rétrocessions. Vu que Black Rock pèse 6 000 milliards, quelques millions tombés par-ci par-là ne lui coûtent certainement que peu. AU demeurant  en avril 2017  à la télévision suisse, l’ancien président de la banque nationale suisse, Philippe Hildebrand, devenu vice-président de BlackRock, avait affiché avant les présidentielles  sa préférence pour le candidat Macron. Aussi pourra-t-on citer Marianne qui fort justement publiait  le 5 décembre 2017 dans un article intitulé « Comment Macron et ses principaux ministres ont bichonné le gotha de la finance » :  « À l’heure où l’État s’apprête à privatiser quelques fleurons, l’enjeu était à l’évidence d’obtenir quelques milliards d’investissement de la part de Black Rock et ses confrères. Espérons que les révérences en ont valu la chandelle. » (https://www.marianne.net/politique/comment-macron-et-ses-principaux-ministres-ont-bichonne-le-gotha-de-la-finance-pendant)

Ceci n’est qu’un survol de la puissance de Black Rock, et cette société n’est pas la seule à faire pression sur nos hommes politiques afin que ceux-ci protègent leurs intérêts et leur idéologie du néo-libéralisme. De telles puissances privées se rapprochent singulièrement de ce que  appelait Big Brother : une conglomérat de sociétés et de dirigeants en petit nombre organisant dans le monde des politiques  favorables à leurs activités et imposant aux peuples un mode de vie et de pensée qu’ils n’apprécient pas mais qu’ils ont des difficultés à mettre en cause sous la menace de se voir traités de complotistes.

Louise Guersan

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