Une rue antisémite à Dijon, fief de Rebsamen

Publié le 28 janvier 2015 - par
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Adolphe_WilletteNous avons pour beaucoup suivi les péripéties de l’affaire du père de Rebsamen qui a été élucidé par des documents découverts dans les archives municipales de Dijon, dans un dossier d’intendance de police générale d’avril 1945. Ce dossier comprenait un rapport très détaillé sur les activités du père du ministre socialiste à Dijon pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce rapport était lui-même dans la section de l’inventaire correspondant aux enquêtes de Police sur les agents français ou étrangers de la Gestapo allemande à Dijon. Malgré quelques ombres sur le parcours paternel, François Rebsamen bien sûr ne peut être tenu responsable, ni mis en cause dans les activités gestapistes de son père mais il est toutefois responsable devant le Peuple français de l’histoire mensongère qu’il a raconté au journal le Point dans un article du 2 avril 2014. C’est le journaliste Jean Robin qui fut à l’origine de cette enquête passionnante qui a défrayé la chronique.

Voici une autre curieuse histoire dijonnaise, elle concerne tous les habitants de cette ville ainsi que les Bourguignons dans leur ensemble, il s’agit de la rue Adolphe Willette…

https://www.google.com/maps/place/Rue+Adolphe+Willette,+21000+Dijon,+France/data=!4m2!3m1!1s0x47f29dcfac077e9f:0x3e63a5ad664ad9d9?sa=X&ei=nEW9VP6QHuuN7AaWj4GoCw&ved=0CB4Q8gEwAA .

Vous ne saviez pas où elle se trouve ? La voici donc et si vous ne connaissez pas l’histoire de ce drôle de bonhomme portant un nom prédestiné je vais vous la compter… Le brave Adolphe Léon Willette est né en 1857 à Châlons-sur-Marne et fut un affichiste, lithographe et caricaturiste français qui se fit un nom à la fin du XIXe siècle et au début du suivant. Ce brave dessinateur, ironie du sort par ailleurs au moment des événements tragiques et sanglants de Charlie Hebdo, était le fils d’un honorable colonel qui fut (s’il vous plaît) l’aide de camp du maréchal Bazaine, qui fit une carrière sous le Second Empire. Son supérieur fut considéré comme l’un des responsables de la défaite de 1870 en capitulant un peu trop vite le 28 octobre 1870 à Metz sans avoir usé de tous ses moyens pour continuer le combat (avec environ 85 000 hommes).

Pendant ce temps, le petit Adolphe fut élève dans un lycée de Dijon de 1868 à 1875. C’est ici qu’il fonda son premier journal, L’Echo des Bahutins. Toutefois, le maréchal Bazaine ayant été condamné et emprisonné pour sa reddition et son père ayant participé à l’évasion rocambolesque de son chef (dans la nuit du 9 au 10 août 1874 du fort de l’île Sainte-Marguerite au large de Cannes, il mourra en exil en Espagne en 1887), Adolphe Willette fut éconduit de son lycée dijonnais durant l’année 1875 avant d’avoir pu passer son baccalauréat.

Suite à cet épisode et grâce à des relations de son père, il entra tout de même à l’Ecole des Beaux-arts de Paris justement en 1875. Il se fixa bientôt à Montmartre et commença en 1882 une carrière d’illustrateur et de peintre décorateur. Il commença surtout à réaliser des peintures de fresques dans des brasseries, cafés et restaurants ainsi que des cartes postales, des couvertures de livres et des menus également de brasseries. Une relative notoriété pointa son nez lorsqu’il réalisa des représentations de Pierrot et Colombine. Il fréquenta ensuite les plus grands artistes de son temps en particulier au cabaret parisien Le Chat Noir.

Il y rencontra parmi d’autres, Toulouse-Lautrec, Pissaro et Vincent van Gogh. Sa carrière se poursuivit dans la réalisation d’autres fresques dans de très nombreux établissements autour de la Butte Montmartre jusqu’à la décoration du Moulin Rouge dont il dessina le célèbre moulin en 1889. Sa gloire était faite et il commença une active carrière de polémiste et caricaturiste dans de nombreuses publications de l’époque. Il se fit justement remarquer en dessinant pour La Libre Parole illustrée journal fondé par un certain Drumont considéré comme le père de l’antisémitisme français (1844-1917) et qui fut par la suite un antidreyfusard déclaré et virulent.

De fait, la même année, en 1889, Adolphe Willette se lança en politique et se présenta comme l’unique candidat antisémite pour les élections législatives dans la 2e circonscription du 9e arrondissement de Paris… L’affiche qu’il illustra pour sa candidature est éloquente comme vous pouvez le voir ici en image (elle est considérée comme l’une des premières affiches illustrée politique). Il s’engagera évidemment dans les rangs des antidreyfusards aux côtés d’autres artistes comme Caran d’Ache. Attiré par les causes populaires, il prit cependant en 1891 la défense de Jean-Baptiste Clément (1836-1903), Montmartrois et communard qui avait été condamné à la prison pour ses activités syndicalistes et militantes.

Vous vous souviendrez que Clément fut l’auteur de chansons célèbres comme Le Temps des Cerises, La Semaine Sanglante et même Dansons Capucine ! Son engagement socialiste révolutionnaire fut également curieusement aussi celui de la franc-maçonnerie puisqu’il fut initié à la loge des Rénovateurs du Grand Orient de France en 1898. Il atteindra bientôt le rang de maître peu avant sa mort en 1901. Lorsqu’il fut enterré au cimetière du Père Lachaise plusieurs milliers de personnes l’accompagnaient à sa dernière demeure.

Il n’en fut pas de même pour Adolphe Willette, il reçut toutefois une Légion d’Honneur en 1906 et même le grade d’Officier de l’ordre en 1912. Son œuvre restait toutefois reconnue, assez pour lui attirer l’admiration de Guillaume Apollinaire et pour qu’il fonde avec Poulbot, Forain et d’autres sommités, une République de Montmartre, association philanthropique (comportant aujourd’hui exclusivement des frères maçons) qui fonda bientôt un dispensaire et n’eut de cesse de prendre fait et cause pour de nombreuses œuvres caritatives. Adolphe Willette fut le premier président de cette association qui a traversé les âges jusqu’à nos jours. Il occupa ce poste de 1920 à août 1923. Un certain Alain Coquard, frère maçon exerce cette fonction depuis 2012, membre du Parti socialiste et obscur ministre de François Mitterrand au début des années 1980…

Décidément nous observons une certaine continuité, Mitterrand et sa Francisque, Papa Rebsamen et une belle rue Adolphe Willette dans le cœur du fief socialiste de notre souriant mais aussi très secret Ministre du Travail, l’inexistant François Rebsamen. Elu maire de Dijon en 2001, poste qu’il occupa sans discontinuer jusqu’au début de 2014, Monsieur Rebsamen ne connaissait certainement pas assez sa bonne ville de Dijon pour savoir qu’il y avait une rue antisémite à Dijon… Mais peut-être est-ce là un défaut de culture, une méconnaissance innocente ?

En 1942, l’affiche antisémite fut rééditée pour le compte de la propagande de Vichy dans l’esprit que l’on imagine… Le 28 février 2004, dans une autre ville socialiste, à Paris, le square Adolphe Willette inauguré au pied du Sacré Cœur un jour de 1927 fut débaptisé par une délibération du Conseil de Paris afin de sanctionner l’engagement antisémite de Willette et renommé Square Louise Michel… Le rapporteur était un élu du Parti de Verts, Sylvain Garel qualifié « d’agitateur professionnel » par le journal Le Parisien en 2009, puis au cœur d’un scandale de népotisme dénoncé dans les lignes du journal Le Point en juin 2014 pour avoir été je cite : « recasé par Anne Hildago à la mairie de Paris, Garel, ex-président du groupe EELV au Conseil de Paris a été nommé chargé de mission à la direction générale des relations internationales pour six mois ». Alors toi, passant, lorsque tu lèves les yeux sur une pancarte de rue, pense toujours à avoir la curiosité de compulser la biographie de l’inconnu, vous aurez sans doute de bien bonnes histoires à raconter à vos amis. Quant aux moralistes, socialistes, et autres « démocrates » de façade, ils sont Charlie, certes, mais ils devraient assurément balayer plus souvent devant leurs portes…

Laurent Brayard

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