Une salle de prières non répertoriée à Lognes (77)

Lognes (77) est une ville de 15 548 habitants. C’est une ville jeune puisque 80% de sa population a moins de 45 ans dont la moitié a moins de 30 ans.
Cette commune se caractérise par l’accueil de plus de 70 nationalités, représentant 30% de la population non métropolitaine, les 2/3 étant issus de pays asiatiques.
Cependant Il faut savoir que deux quartiers de la zone centrale sur Lognes (Mandinet, Segrais) présentent les caractéristiques suivantes : revenus moyens inférieurs à la moyenne, proportion élevée de ménages sans revenus autres que prestations sociales et de foyers étrangers, importance des familles nombreuses ; logés dans des univers denses, même s’ils sont parfois mixtes en terme de type d’habitat, composés d’un parc locatif social dominant, ces ménages connaissent souvent un surpeuplement relatif et témoignent de durées d’occupation limitées. Nous avons donc des quartiers que l’on pourrait qualifier de sensibles.
En bordure de l’étang du Segrais, on trouve une zone dédiée aux établissements scolaires et aux sports.

Place Gaston Deferre, il y a le groupe scolaire Denis Diderot, avec une école maternelle et une école primaire. Juste en face, on peut voir le Collège du Segrais.
A proximité, se dresse le Gymnase de la Fraternité. Au 103 boulevard du Segrais, à deux pas de ces structures dédiées à la jeunesse, se trouve le Centre Culturel « Le Wagon » et aucune habitation alentour.
Calme, verdure que demander de plus pour étudier, se recréer ! Les jeunes lognots (habitants de Lognes) ont un cadre idéal.
Mais hier, journée du 8 mai, alors que les drapeaux tricolores pavoisaient sur ces édifices publics, des allées et venues d’hommes vêtus de kamis attirèrent mon attention. Je vis passer un homme accompagnée d’une fillette d’une dizaine d’années voilée.
Se rendaient-ils dans les établissements scolaires ou équipement sportif ? Que nenni.
Ils allaient tous dans un bâtiment en briquettes attenant au Gymnase de la Fraternité .Je vis à l’extérieur de ce local, des hommes prosternés au sol en train de faire leur prière…
Il y aurait donc dans cet endroit privilégié une salle de prière non officielle puisque non répertoriée…
Plusieurs questions se posent.
Le local est-il prêté de façon officielle ?
Quelle association se cache derrière ce local ?
Le maire, Michel RICART (PS), est-il au courant de l’existence de ce lieu cultuel?
S’il ne l’est pas, il faut lui faire savoir au plus vite ce qu’il se passe dans sa commune. Il faut lui rappeler les termes de la Loi de 1905 qui précise bien que « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » (Article 2). Prêter une salle municipale est une subvention qui ne dit pas son nom. Je n’ose pas imaginer un seul instant, qu’un maire, premier représentant de l’Etat ignore cette Loi.
De nos jours, certains trouvent cette loi de séparation de l’Etat et de l’Eglise, désuète et non adaptée au monde moderne, or jusqu’à présent et pour toujours j’espère, cette loi est en application et « nul n’est censé ignorer la loi ».
Sur le site de la mairie on découvre des objectifs ambitieux en faveur de la jeunesse :
« Les objectifs éducatifs de la commune en matière de Jeunesse sont notamment de :
– Favoriser l’autonomie et l’épanouissement des jeunes
– Participer à une meilleure insertion scolaire, professionnelle et sociale des jeunes
– Développer une complémentarité avec la famille, l’école et les autres intervenants auprès des jeunes » . http://www.mairie-lognes.fr/page.php?id=9&c=9
La Mairie parle de développer une complémentarité avec la famille, l’école et les autres intervenants.
Les parents des élèves, fréquentant le groupe scolaire Denis Diderot et le Collège du Segrais, sont –ils au courant de l’existence de ce lieu de prière si proche de ces établissements ?
Est-ce que ces parents ont été concertés ?
Est-ce que les équipes pédagogiques des établissements ont eux aussi été concertés ?
Y a –t’il un accord tacite entre les pouvoirs publics et les personnes occupant cette salle de prières pour amener la paix sociale dans ce quartier sensible ? La politique des « grands frères » est une réalité dans de nombreux endroits…
Tout cela n’est que supputation.
Force est de constater que laisser s’implanter un lieu de prières dans une zone fréquentée essentiellement par des jeunes est quand même prendre un risque non négligeable.
Chacun sait combien les adolescents, personnes adultes en devenir, sont fragiles et influençables. Un sourire, une écoute attentive, une main tendue peuvent vite entraîner des jeunes mal dans leur peau ou en désaccord avec la famille, le système scolaire…
Le monde que nous leur proposons actuellement (crise, chômage, racisme, discrimination) est loin d’être tentant et fait peu rêver. Dans ce contexte, les vendeurs de monde idéal ont le beau rôle et trouveront facilement des proies.
Ne cédons pas à la facilité, donnons –nous les moyens d’intégrer les jeunes dans la vie réelle, ce n’est pas en supprimant des éducateurs qui nous y arriverons. Ce n’est pas en regroupant les minorités dans des quartiers sensibles que nous y parviendrons.
Offrons-leur une vision d’un monde où femmes et hommes ont les mêmes droits, un monde où la couleur de la peau ne cantonne pas les uns dans une situation de dominés et les autres dans une situation de dominants.
Ne les jetons pas dans les bras de religieux qui eux n’ont pas ces conceptions et qui ne connaissent que la soumission.
Donnons-leur une image de la société laïque où chacun peut vivre comme il l’entend sans craindre les reproches d’une religion quelle qu’elle soit.
Marie-José LETAILLEUR
Présidente de l’Ufal de Champs

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