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Vais-je demander de l’argent à la France pour ce qu’ont subi mes ancêtres ?

L’État français est en déliquescence avancée (décomposition). Cette vérité vient d’être confirmée par le ministre de l’Intérieur et des cultes qui a déclaré que tout soupçon supposé devient un délit et que l’émotion d’un individu qui a subi un traumatisme prime sur le droit. Elle l’annule et devient elle-même un droit.
À cause de la famille Traoré qui a perdu un des siens, Adama, lors d’une interpellation par les gendarmes, le ministre de l’Intérieur, en l’occurrence M. Castaner, se fourche la langue et commence à dériver, au nom de l’humanisme de circonstance.

Et moi, quand j’ai lu l’histoire de mes ancêtres et de ce qu’ils ont subi, je suis ému. Vraiment traumatisé. Je le dis du fond de mes tripes. Ce que je vis, c’est le summum de l’émotion.
Et grâce à cet oukase de M. Castaner, je suis en droit de demander des dommages et intérêts. Je veux être indemnisé parce que je suis sous l’emprise permanente de l’émotion. Comme je suis abattu et bouleversé, j’exige une réparation équivalente à ma douleur. Immédiatement.

Comme M. Castaner est le représentant de l’État français, je me frotte les mains et j’envoie la facture illico presto à qui de droit pour le tort que les miens ont subi.
Je vais commencer par ordre chronologique…
Je vais tenter d’envoyer une facture aux Saoudiens parce que leurs ancêtres ont soumis les miens à l’islam par l’épée. Et notamment à cause du comportement de leur grand conquérant Oqba Ibn Nafaa Al-Fihri qui raffolait des jeunes filles berbères (on dit qu’il avait mis en esclavage sexuel entre 12 000 et 20 000 femmes berbères) malgré cette rapacité, une ville du sud de l’Algérie porte encore son nom (Sidi Okba).

Mais comme les Arabes saoudiens sont devenus des frères en religion islamique des miens, il est improbable qu’ils acceptent ma requête. Et pour ne pas payer, ils pondront une fatwa pour m’embrouiller, j’en suis certain, car c’est une de leurs ruses pour arnaquer les autres au nom d’Allah. De ce côté donc, il n’y aura rien à gratter. Rien à espérer. C’est bien dommage car j’aurais aimé les faire saigner. Mais j’avoue qu’ils sont forts, ces Bédouins, car Allah est leur associé. Je n’y peux rien. Je renonce à mes dommages et intérêts.
Et comme les miens auront peur qu’ils leur interdissent l’accès à la Mecque, je fais une croix sur cette indemnisation.
Et puis, j’ai peur d’aller en Enfer parce qu’ils ont une relation privilégiée avec Allah… C’est leur protecteur avant l’oncle Sam, ici-bas et dans l’au-delà.

J’ai lorgné alors du côté d’Erdogan. Avec lui, ça sera difficile, car il est coriace, un joueur d’échecs hors pair qui fait trembler même mama Merkel. Ne parlons pas de Macron, ce roi du progressisme.
Malgré son obstination, je n’ai pas oublié son ancêtre Baba Arudj Barberousse qui s’est tapé la belle Zaphira, la femme de Salim Toumi, le prince d’Alger, après l’avoir étranglé, consacrant ainsi la domination des Turcs sur l’Algérie.

Et surtout je n’oublie pas son descendant, Hussein Dey qui a livré les miens en gros et en détail après avoir assuré les arrières des siens, au maréchal de Bourmont, en signant le traité d’Alger le 5 juillet 1830 qui mit fin à la colonisation ottomane de l’Algérie et remplacée immédiatement par celle des Français.
Hussein Dey s’embarqua avec sa smala à bord de plusieurs navires remplis des butins de guerre pour rejoindre la Porte Sublime, en criant que ces Berbères aient au diable. Comme toujours, nous sommes les dindons de la farce.

Mais pour une fois, je vais être courageux et faire trembler le sultan Erdogan, qui aime racketter les gens comme ses ancêtres ottomans qui vivaient de la piraterie. Je vais lui transmettre par la poste restante une note vraiment salée. Il saura de quel bois je me chauffe car je fais partie des hommes qu’on appelle les Amazighs, les hommes libres.
Mais avant de lui envoyer la facture, j’ai discuté avec les miens. Ils m’ont répondu que je suis un malade, un dérangé qui va leur apporter des emmerdes d’Allah.
Et pourquoi donc, je ne fais que réclamer mon dû pour le préjudice que j’ai subi à cause de la colonisation ottomane durant trois siècles ! Et Erdogan, n’est-il pas leur descendant ? Par conséquent, je m’adresse à lui pour me faire rembourser, leur répondis-je.
Es-tu devenu fou ? Me crie à la figure le plus lettré des miens, un fin connaisseur de l’histoire.
Je fais que réclamer mon dû et c’est M. Caserner, un ministre français qui l’a dit… Et la France, c’est le pays des droits de l’homme.

Tu te trompes, car les Turcs sont venus nous protéger des chrétiens. Grâce eux, on est resté dans la maison de Mohammed. Et ne divague plus sinon, la colère d’Allah s’abattra sur toi, me sermonne le plus sage des Amazighs.
Alors prenant peur, j’ai ravalé cette pensée satanique au plus profond de ma nappe phréatique.
J’ai oublié les Saoudiens et Erdogan.
Une fois de plus, je me suis fait bananer par l’atavisme des miens.
Le plus lettré des miens, toujours droit dans ses bottes et moralisateur plus que jamais, me souffla alors une idée géniale en me disant : « pourquoi n’adresses-tu pas tes réclamations aux roumis, à la France qui est riche et généreuse ? »

Et ça fait tic dans ma tête, j’ai trouvé le bon filon. Je vais exiger beaucoup d’argent des bobos français. Je vais les faire chier, car eux sont enclins à défendre les opprimés de la terre entière. Ils sauront bientôt comme je vais les plumer. L’occasion est trop belle pour la rater. D’autant plus qu’actuellement, chez les roumis français, la repentance est à l’œuvre. Celui qui crie le plus fort est le premier servi, c’est dans l’air du temps.
C’est le loto assuré…

Comme je tenais à me faire dédommager pour le sort subi par les miens, je vais demander des milliards de dollars à mes ancêtres les Gaulois. Je commençais à rêver. Le rêve n’est-il pas gratis ?
Car je crois au plus profond de moi que M. Castaner est un homme de parole, un grand homme d’État.
Mais quel montant dois-je lui réclamer, car en ce moment les milliards d’euros coulent à flot en France ?
Je réfléchis un court instant et je me dis : pas besoin de lui envoyer la facture, je vais seulement lui rappeler l’histoire puisque la France est devenue le pays des lamentations et des victimisations voulue par les bourgeois bobos.

Je me suis rappelé le maréchal Thomas Robert Bugeaud, le conquérant de mon pays et surtout ce qu’il a fait dans les grottes de la Dahra où il a enfumé un millier des miens, entre enfants, femmes et hommes avec leur bétail. Et tout ça est inscrit dans les manuels d’histoire. Je n’invente rien.
Une sorte d’expérimentation des chambres à gaz avant l’heure, le 18 juin 1845. Juste un siècle avant Auschwitz.
Avec une aussi longue liste des dommages subis par les miens durant cent trente ans, j’espère la reconnaissance de Macron président de la République française qui s’agenouille devant n’importe quel individu venu d’ailleurs, avec son sac à malices rempli de haine.

Un autre jour, je parlerai des miens qui ont été envoyés contre leur gré par Napoléon III faire la guerre en Crimée (1853-1856), à la bataille de Solférino pour faire l’unité italienne en 1859 et au Mexique ( 1861-1867).
Devant les Traoré, ma douleur et mon traumatisme sont incomparables, le jour où l’histoire parlera…
Ce jour-là, ce sera la guerre des mémoires et même les Vendéens et les Chouans réclameront leur vérité. Leur part de reconnaissance !

Un autre jour, je parlerai des miens, ces insurgés de 1871 que la France a expédiés par cargaisons entières comme du bétail au bagne de Cayenne en Guyane où ils sont morts et enterrés sans sépulture musulmane. Et ainsi, je vais concurrencer sur ses propres terres tata Taubira.
Et dans cette guerre des mémoires, je suis mieux placé qu’elle car j’ai plein d’atouts en poche… Je remporterai la bataille de la pleurnicherie. Promis et juré, je sortirai vainqueur face à elle…

Pour commencer, je vais envoyer une lettre réclamant des dommages et intérêts au secrétaire général du PCF parce que le 8 mai 1945, un de ses membres qui était à l’époque ministre de l’Aviation avait ordonné le bombardement au napalm des hameaux de basse Kabylie, en représailles des événements de Sétif et de Kherrata.
Je n’ai pas aussi oublié cette scène du viol de ma grand-mère Zouina-la-belle, aux yeux bleus, lors de l’opération jumelle en 1958, dans les montagnes de basse Kabylie par les tirailleurs sénégalais, après lui avoir volé ses poules. Ils l’avaient confondue avec une Française échouée sur les flancs des montagnes kabyles. Je revois toujours cette horrible scène, dégradante pour un enfant en bas âge, comme si elle datait d’hier.

Alors j’ai décidé d’envoyer une lettre réclamant le pardon au nom de ma défunte grand-mère à Mme Maboula Soumahoro, la présidente de Black History Month, à Yannick Noah et à Kylian Mbappé, car lui, il est presque un petit-cousin à moi, il comprendra ma douleur…
Et surtout à Omar Sy et Rokhaya Diallo, ces donneurs de leçons qui croient avoir découvert le fil à couper le beurre.
Ah, j’ai oublié Assa Traoré, la nouvelle figure de proue de l’antiracisme.
Au boulevard des lamentations, je les mettrai tous au tapis. Car l’histoire, c’est ma passion.

Et puis en pleine nuit, je me suis réveillé et face à mo, se trouvaient Mélenchon et ses sbires. Ils étaient inquiets en me suppliant de rien faire tout en disant : « N’en rajoutez pas à la barque France qui est en train de chavirer et de prendre l’eau de toutes parts ».
Je suis rappelé subitement que Mélenchon et ses amis adeptes de la nouvelle pensée révolutionnaire ont cautionné le politique du politiquement correct et surtout ils ont encouragé le racialisme et le communautarisme.
Fier et sûr de moi, je vous ai crié dessus et en disant que je ne veux pas qu’ils profitent de la souffrance des miens et de mon émotion pour faire prospérer leur commerce de la dictature de la pensée !
Basta !

Dorénavant, je refuse que tous les Arabo-musulmans (Marocains, Tunisiens, Égyptiens…mais aussi les Turcs et les Koulouglis) de France utilisent mon histoire pour se victimiser et tirer profit sur mon dos.
Qu’ils sachent que je ne suis pas altruiste et je refuse de partager mes émotions et mes douleurs.
Les Yassine Belattar, les Tarik Ramadan, et les faux dévots de France et de Navarre, je les mets en demeure de ne plus parler au nom des miens.
Car maintenant, je suis devenu un expert en ingénierie des émotions, je n’ai plus besoin de leur aide. Qu’ils se la gardent !
Mon traumatisme est immense et aucune personne ne pourra le mesurer.

Alors qu’ils sachent qu’entre la France et moi, il y a une histoire, et qui ne leur appartient pas. Elle me concerne et jusqu’à preuve du contraire, je ne les ai pas mandatés pour parler en mon nom.
Avec les miens, nous sommes les seuls dépositaires de cette l’histoire et ses souffrances comme je refuse d’écouter les nains en politiques qui ne regardent que leur nombril.
Je dis stop à cette exhibition malsaine au nom de ma mémoire… Je ne veux plus entendre parler de cette masturbation de l’esprit et je laisse le soin aux historiens impartiaux de faire la part des choses comme il se doit.
L’émotion et la repentance ne sont pas ma tasse de thé.

Maintenant que ma colère s’est libérée, je bois du vin en regardant la caravane des revanchards et des pleurnicheurs passer… Et les chiens pisser dans le sable.

Hamdane Ammar