Vendôme la belle : le plaisir d’une conférence sur la laïcité et le féminisme

Publié le 2 avril 2012 - par - 2 036 vues

Quelle riche soirée ! J’étais invitée le 30 mars à Vendôme par le CVLD, (Comité vendômois pour la défense de la laïcité) qui s’est fondé en 1994 après une affaire de voile. Rappelons que Philippe Defresne, président de l’association et Maryse Haslé, secrétaire, ont écrit le premier chapitre du premier livre de Riposte Laique : « Les dessous du voile », où ils racontent justement leur aventure au lycée Ronsard, où deux sœurs soutenues par des associations islamistes, ont voulu imposer leur voile à l’école publique. Eh oui, même à Vendôme, les voiles poussent. Et pourtant,cette cité sise en plein pays de Loire, traversée, embrassée par le Loir, incarne la douce France, avec ses vieilles pierres, ses églises, ses ruelles, les multiples ponts qui enjambent le Loir… On respire la ce parfum de France, auquel moi, apatride, je suis si sensible. Beauté, mesure, harmonie.

Philippe Defresne (à gauche), Anne Zelensky et Maryse Haslé (à droite).

L’assistance était venue nombreuse pour m’écouter parler de « Féminisme et laïcité, des enjeux essentiels pour la présidentielle ». Une soixantaine de personnes, d’âge et d’origine diverses. Philippe Defresne, président de l’association et ancien Proviseur du lycée, où avait eu lieu l’affaire des voiles, a remercié l’assistance , puis a présenté les personnalités présentes : il y avait le ministre de la Ville et du grand Paris, Maurice Leroy, qui a soutenu le CVLD depuis sa création (bientôt 20 ans en 2014… ). Pascal Brindeau, député du Loir-et-Cher, (tous deux assistent régulièrement aux AG du CVDL) et la maire de Vendôme Catherine Lockhart, étaient également présents. Enfin le suppléant de la candidate socialiste à la députation, Christophe Marion assistait à la soirée. La période électorale explique cette affluence politique bien plus que l’intérêt pour le féminisme, ne soyons pas dupes ! Mais ces élus reconnaissaient par leur présence le travail effectué par le CVLD depuis 20 ans.

Après la présentation élogieuse de la secrétaire Maryse Haslé, je me suis lancée. La salle était attentive et je la sentais bienveillante. Quand on parle en public, le soutien des regards et l’approbation qui s’y lit est essentiel. Je ne pouvais m’empêcher de penser, par comparaison, à l’hostilité que j’ai essuyée parfois dans les milieux gaucho-feministo-verts comme à l’Espace Simone de Beauvoir à Nantes en 2008. Mais c’est quasiment un pléonasme : dans ces milieux là, l’hostilité est de règle pour qui ose enfreindre la ligne. Notons au passage que les Verts ont récupéré la plupart des lieux féministes, comme l’espace Beauvoir déjà cité à Nantes, et notre centre Flora Tristan, premier refuge pour femmes battues créé en 1978, dont je fus longtemps présidente. Francine Bavay, militante verte et vice présidente du Conseil régional de Paris en est désormais présidente et y fait régner ses dogmes gauchistes. Lors de mon exposé, j’ai tenté de montrer les liens de consanguinité entre féminisme et laïcité, issus du même terreau des Lumières et de la Raison. Ces liens sont d’autant moins évidents aujourd’hui que la partie visible du féminisme s’en détourne résolument.

Cela revient de loin. J’ai raconté ce soir là un épisode méconnu du grand public. Il montre que le ver était dans le fruit. En 1979 , lors du début de la « révolution » de Khomeini, une vingtaine de femmes, représentant la fine fleur des intellectuelles parisiennes, s’étaient regroupées sous la présidence de Simone de Beauvoir, pour aller apporter le soutien des féministes françaises aux féministes iraniennes. Il y avait là du beau monde : Françoise Gaspard, ex maire socialiste de Dreux, Catherine Clément philosophe de gauche, Claude Servan Schreiber, directrice de F. Magazine , Katia Kaupp, journaliste du Nouvel Obs et bien d’autres dames de gauche. Dans les aléas des réunions et visites, un groupe de cinq, dont j’étais, – sur les 18 que comptait la délégation – s’en est allé rencontrer les féministes radicales. A notre retour, nous tombons de haut : un ayatollah, Taleghani, est en train de pérorer devant un parterre de femmes assisses par terre, le tchador sur la tête, qui l’écoutent religieusement. C’étaient les nôtres, les 13 autres ! Il n’en demandait pas tant, le mollah, et il a fait remarquer finement que le tchador n’était pas si mal puisque le françaises le mettaient ! Quel camouflet ! D’elles-mêmes elles avaient adopté la posture de soumission, alors qu’elles venaient justement défendre la liberté des iraniennes. Grand règlement de comptes entre nous et scission du groupe. Coup de fil à Paris à Simone de Beauvoir pour qu’elle refuse de cautionner ce comportement en démissionnant de la présidence de cette coordination. Cette scène se déroulait il y a 23 ans, elle contenait l’ébauche de ce qui allait suivre : l’inexplicable prosternation des pourfendeurs de l’opium du peuple, devant le pire qui soit.

La soirée s’est poursuivie par une discussion animée et de haut niveau. Le Ministre lui même y est allé de son commentaire. J’ai beaucoup apprécié l’humour du président de l’association, dont je n’oubliais pas le soutien à ses profs.
Et pour finir, un somptueux buffet nous attendait : digne de ces terres du bien manger, arrosé par des vins d’excellence. Maryse, la secrétaire, et Anne, la trésorière avaient veillé à la préparation de ces agapes conviviales, dans la pure tradition des banquets républicains. Grâces soient rendues à ces femmes accueillantes et généreuses. !
Il faisait bon vivre ce soir là, en aussi diserte et gourmande compagnie, dans la noble cité de Vendôme, au cœur de la France que j’aime.

Anne Zelensky

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