Venise : la vérité sur la noyade du migrant gambien

C’est le journal Corriere del Veneto qui a révélé l’information, ce 24 janvier. Un jeune Gambien se serait noyé dans le Grand Canal de Venise. D’autres journaux italiens ont ajouté qu’il était mort sous le regard indifférent de dizaines de témoins… Pire, ils auraient ri et l’auraient insulté en le traitant (je cite) de « grosse merde d’Africain ». L’un d’eux aurait même dit « Laissez le crever »… Le tout aurait été filmé.

Les media français et étrangers se sont hâtés d’en faire leurs choux gras. Ces salopards de fascistes mussoliniens qui n’ont pas secouru un pauvre migrant qui demandait de l’aide et se noyait sous leurs yeux…

C’est le Figaro qui a eu un peu d’honnêteté dans le traitement de l’affaire. De l’honnêteté, et surtout, de l’esprit journalistique. Car la première chose que doit faire un journaliste, avant d’asséner une vérité ou de reprendre mot pour mot les dires de ses confrères, c’est de vérifier par lui-même l’exactitude des faits.

La chose était facile, il suffisait tout simplement de lire l’article du journal local Corriere del Veneto, le premier à avoir parlé de l’affaire.

Cette version originale se base sur les déclarations des témoins et des autorités, ainsi que sur les vidéos (il en existe au moins trois) du drame qui en constituent les sources les plus fiables. Précisons que ces personnes n’ont pas allumé leurs caméras pour filmer par esprit de délectation perverse la mort d’un homme. Il s’agissait dans les trois cas de simples vacanciers qui filmaient leurs séjours et qui ont eu la malchance d’avoir l’homme dans leur angle de vue, ils ont alors continué de filmer pour avoir des preuves à présenter aux autorités… Une attitude qui peut être discutable mais qui se répète dans nombre de faits divers depuis l’invention des smartphones.

Sur lesdites vidéos, on voit l’homme assis sur les marches de la gare Sainte-Lucie, se lever et se diriger vers le ponton du Grand Canal pour y sauter. Il s’agit donc d’un suicide et non d’une noyade accidentelle, contrairement à ce que les media français ont déclaré.

Et ces fachos d’Italiens de l’insulter et de se moquer ? Que nenni !

On voit clairement sur une des vidéos un homme l’interpeller et alerter d’autres personnes pour lui venir en aide. Quatre bouées de sauvetage sont alors lancées de part et d’autre, des plaisanciers s’affairent à trouver des cordes pour les jeter au jeune Gambien qui les refuse avant de se raviser ; mais, déjà en hypothermie et en train de sombrer, il ne parvient pas à les agripper. Un homme (on apprend par la suite que c’était un maître-nageur) commence à se déshabiller pour plonger et secourir le migrant. Mais il est trop tard, la lagune vénitienne l’a englouti.

En revanche, on n’entend aucun rire, aucune moquerie, ni aucune insulte dans les vidéos. Les media qui ont étayé ces rumeurs (de manière moralisatrice et idéologiquement orientée) ont commis au mieux une erreur, au pire des cas un mensonge.

Les secours immédiatement appelés, le corps de Pateh Sabally, 21 ans, était repêché une heure plus tard. L’information, reprise et amplifiée par la presse italienne, a provoqué le courroux des associations humanitaires et de certains internautes qui ont jeté l’opprobre sur la foule de témoins présents lors du drame. Les allusions au « racisme » de ces derniers ont bien sûr été au rendez-vous.

Alors, posons-nous la question : pourquoi n’ont-ils pas fait plus pour aider le jeune homme qui se noyait ? Est-ce parce qu’il était Noir ? Ou bien par lâcheté ? Les commentateurs les plus indulgents optent pour cette deuxième réponse.

Et si ce n’était ni l’un, ni l’autre… On a beau jeu d’insulter la « lâcheté de l’homme blanc » sans examiner les circonstances dans lesquelles se sont déroulés les faits.

Sauter en plein mois de janvier dans les eaux glacées du Grand Canal présente des risques de mort évidents, comme en témoigne la tragédie de ce jeune homme qui a sombré en cinq minutes. On ne peut donc exclure que les témoins ont voulu s’éviter de subir le même sort. Il est bien sûr possible de critiquer ces Italiens frileux, mais qu’aurions-nous fait à leur place ?

Ensuite, on ne peut exclure le fait que les personnes présentes ne savaient pas nager. La natation n’est pas un sport obligatoire dans les écoles italiennes. Ce qui fait que près d’un quart de la population (contre seulement 20% en France) ne sait pas nager : surtout à Venise dont les eaux du Grand Canal sont si insalubres et polluées que toute baignade y est formellement interdite et constitue presque un tabou pour les locaux.

Au-delà de ces explications possibles sur le pourquoi de l’attitude des témoins, c’est le nombre d’inexactitudes (pour ne pas dire « mensonges ») qui choque. Parler de moqueries et d’insultes quand on n’en entend aucune, évoquer une indifférence alors qu’un homme a plongé en vain pour lui porter secours, faire des allusions déplacées à un supposé racisme des témoins, cela n’est plus de l’information mais de la propagande.

Nicolas Kirkitadze

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4 Commentaires

  1. Beau travail en plus d’avoir mis un coup de pied aux prétendus journalistes.

  2. quand les gens sont témoins d’une agression ils détournent le regard car « ça ne les regardepas » » ils ne veulent pas d’ennuis ou ils ont simplement les pétoches.
    et bien plonger dans une eau glacée pour remonter un grand gaillard qui va instinctivement se débattre ça n’est pas à la portée de tout le monde meme d’un bon nageur. etre sauveteur
    ça s’apprend, ça ne s’improvise pas.
    alors les donneurs de leçons qu’ils commencent à aider les leurs quand ils ont maille à partir avec les bougnes au lieu de détourner la tete comme s’ils n’étaient pas concernés.

  3. Au même titre que le port du foulard, le suicide est un droit inaliénable non ?? (humour noir)

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