Frédéric Freund, directeur de l’OABA : le halal fait énormément réagir les consommateurs

Riposte laïque : Bonjour Frédéric Freund. Vous dirigez l’OABA (Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs : http://www.oaba.fr/). Qu’est-ce que l’OABA, votre objet social et vos objectifs ?

Frédéric Freund : L’OABA est une association de protection animale fondée en 1961 par Jacqueline Gilardoni et reconnue d’utilité publique par décret du 17 décembre 1965. Selon ses statuts, elle a pour but d’assister, de défendre et de protéger par tous les moyens appropriés que permet la loi, les animaux dont la chair est destinée à la consommation, aux divers stades de leur existence, notamment ceux de l’élevage, de l’hébergement, du transport et de la mise à mort.
L’OABA est donc la première association française spécifiquement destinée à la protection des animaux dits de rente ou d’élevage.

Riposte laïque : Vous défendez donc surtout le droit des animaux à ne pas souffrir. Mais n’êtes-vous pas sensibles aux autres arguments à l’encontre de la généralisation de l’abattage rituel (laïcité, non-respect des consciences, tromperie sur la marchandise, vente liée et surtout risque sanitaire dû à la bactérie E-Coli) ?

Frédéric Freund : En tant que citoyen, consommateur, j’y suis bien évidemment sensible. Toutefois, l’OABA est une association de protection animale et c’est bien la défense des animaux qui motive nos actions à l’encontre de la généralisation de l’abattage sans étourdissement. Je suis toutefois bien conscient que les arguments de tromperie du consommateur et les risques sanitaires sont plus « porteurs » avec les médias.

Riposte laïque : Vous avez diffusé une liste des abattoirs « ni halal ni casher » que nous avons relayée. Evidemment les choses évoluent. Où peut-on trouver la mise à jour systématique de votre liste ?

Frédéric Freund : Sur notre site, rubrique Actualités : http://www.oaba.fr/actu.php?Id_actu=150

Riposte laïque : Une lectrice nous a signalé le cas d’un abattoir qui fait partie de votre liste, mais qui ferait cependant (selon vous) 2% de « halal ». Où fixez-vous la limite pour établir votre liste ?

Frédéric Freund : Il s’agit d’un cas bien particulier d’un abattoir qui pratique majoritairement l’abattage de bovins uniquement en conventionnel (donc avec étourdissement). L’abattage des ovins représente environ 17% de son activité et sur ces 17%, seuls 2 % sont abattus sans étourdissement pour répondre à une demande très locale. Exclure cet établissement de notre liste aurait été très sévère. Nous ne sommes pas en présence d’un établissement qui fait du « rituel » pour simplifier les choses.

Riposte laïque : Votre liste exclut les abattages de volailles et de lapins, pourquoi ?

Frédéric Freund : Tout simplement parce que les abattoirs de volailles et de lapins refusent nos visites, à l’exception de quelques établissements qui font du label (Label rouge et Bio) et qui sont plutôt fiers de ce qu’ils font. De fait, nous n’avons pas une base d’informations aussi fournie que pour les animaux dits de boucherie. Il était donc impossible de faire une liste pour ces établissements.

Riposte laïque : Ressentez-vous les premières réactions des consommateurs et par conséquent des réactions positives des abatteurs et des professionnels de la filière viande ?

Frédéric Freund : Les consommateurs réagissent énormément. Ils se rendent compte qu’on les a trompés depuis des années. Et quand ils découvrent sur Internet les images des abattages rituels, ils deviennent très « remontés ». Quant aux abattoirs, disons que les réactions sont différentes. Ceux qui sont sur notre liste sont plutôt contents. Et ceux qui n’y figurent pas sont mécontents. Mais il est regrettable que les promesses de transparence de la filière ne se traduisent pas en actes. Pourquoi ne pas lancer un étiquetage du mode d’abattage ? L’étiquetage volontaire est parfaitement possible. Il serait destiné à informer le public, c’est-à-dire tous les consommateurs. Certains abattoirs s’y mettent mais cela reste anecdotique. On sent bien que la filière n’est pas prête pour la transparence. Certaines fédérations d’abattoirs ont d’ailleurs suggéré à leurs adhérents de refuser désormais les visites de l’OABA ! Belle preuve de transparence, non ?…

Riposte laïque : Que pensez-vous du site « Vérifiez abattage » (http://www.verifiez-abattage.fr/) et de son logiciel ? Travaillez-vous avec eux ?

Frédéric Freund : Ce site fait partie de différentes initiatives privées qui se sont « emparées » de notre liste pour faciliter sa diffusion par la mise au point d’application Iphone par exemple.
Nous avons eu deux échanges de courriels avec le concepteur de ce site, notamment pour la mise à jour de la liste.

Riposte laïque : L’OABA et six autres organisations de protection animale avaient interrogé l’ensemble des candidats au premier tour des élections présidentielles. Comment expliquez-vous qu’aucun des deux « finalistes » n’ait daigné vous répondre ?

Frédéric Freund : La protection animale n’est pas considérée comme un enjeu électoral. Et surtout, les candidats ne voient pas, derrière les défenseurs des animaux, les électeurs potentiels. Ils préfèrent discuter avec la FNSEA ou avec la Fédération des Chasseurs plutôt qu’avec les organisations de protection animale. Les mentalités changeront, tout comme elles ont évolué avec l’écologie.

Riposte laïque : Quelles seront les prochaines actions de l’OABA et de ses partenaires sur cette question de l’abattage rituel ?

Frédéric Freund : Le décret du 28 décembre 2011 oblige les abattoirs pratiquant l’abattage rituel sans étourdissement à justifier d’un agrément préfectoral spécifique au 1er juillet prochain. Cet agrément sera publié donc l’OABA pourra communiquer sur la liste « officielle » des établissements d’abattage pratiquant l’abattage sans étourdissement.
Nous solliciterons bien évidemment le futur gouvernement sur cette question, notamment sur l’étiquetage et l’évolution des pratiques rituelles.
L’OABA a également lancé une procédure d’ordre constitutionnel sur cette dérogation à l’obligation d’étourdissement. Puisque les politiques ne veulent pas bouger sur cette question, nous allons solliciter les tribunaux puisque nous sommes encore dans un Etat de droit.

Riposte laïque : Voyez-vous quelque chose à ajouter ?

Frédéric Freund : On demande beaucoup aux organisations de protection animale sur cette question de l’abattage rituel. Je peux le comprendre. Mais que ceux qui attendent beaucoup de nous agissent eux aussi. Modestement mais sûrement. Interroger son boucher, envoyer un courrier au service consommateur d’une grande enseigne pour obtenir des réponses claires aux questions qui se posent, voilà assurément des actions qui renforcent nos actions et légitiment nos combats.
Un responsable d’un grand groupe d’abattage me disait, énervé, récemment à propos de notre communication sur ce dossier : « maintenant les consommateurs posent des questions » !
Et bien continuez citoyens, consomm-acteurs ! A force de questionner, ils finiront par répondre et faire évoluer leurs méthodes d’abattage. Car dans ce dossier, ce n’est ni la politique, ni la religion qui est la plus forte : c’est l’intérêt économique.
Si la filière comprend que désormais l’abattage rituel lui fait perdre des clients et donc de l’argent, que croyez-vous qu’il se passera ?

Riposte laïque : Frédéric Freund, je vous remercie.

Propos recueillis par Roger Heurtebise

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