Vincent Céspedes : un faux « dévolutionnaire » dans une ambiance de fin du monde

Publié le 15 août 2011 - par - 306 vues
Share

¡Viva la devolución ! Tel pourrait être le mot d’ordre de notre star montante de la nouvelle nouvelle philosophie, Vincent Céspedes. Notre bon Vincent, dont le nom d’origine espagnole (et je l’ai orthographié comme tel) signifie à peu près Vincent Desgazons, ou Vincent Pelouses, ce qui colle assez bien, en définitive, à la soft-philosophy du jeune homme, nous offre en ce moment de vertes prairies conceptuelles où vous ne risquez guère, ô Lecteurs, de vous taler les fesses… Sa philosophie ne vous donnera pas d’insomnie, pas d’inquiétude, juste une envie de piquer le petit roupillon réparateur du Français d’en-bas fatigué par sa journée de travail. Après avoir donné sa voie au concert assourdissant des hyènes qui déchiraient Eric Zemmour (1), après avoir récemment fustigé le « national-racisme » (2) devant les caméras (ce qui lui a valu les moqueries parfaitement justifiées des commentateurs de F. Desouche), le ténébreux Vincent aux mille parterres herbacés cherche à promouvoir un concept – celui de dévolution – dont il perçoit d’ailleurs assez bien le sens, mais malheureusement (comme le disait Platon pour les sophistes) en tournant son regard du mauvais côté, c’est-à-dire vers le fond de la caverne.

Dans un article d’assez bonne tenue philosophique (3), où l’on trouve les qualités et surtout les défauts des quatre cinquièmes de mes confrères philosophes, à savoir une certaine rigueur langagière doublée d’une abstraction cauteleuse qui dispense fort opportunément d’évoquer avec précision ce qui fâche, notre Vincent national nous gratifie de la définition suivante.

« La dévolution est en effet le processus par lequel le corps social produit, secrète, déroule ses idées neuves. L’idéologie désigne le style commun aux pensées ainsi engendrées ; la dévolution désigne le mécanisme de création idéologique. L’idéologie est le poème ; la dévolution, la poésie, l’acte poétique. L’idéologie est l’œuvre ; la dévolution, la manœuvre. Grâce à un champ magnétique idéologique jaillissant librement pour conjurer la malvie, la dévolution recherche sa propre cohérence parmi les actions, les essais, les débats, les passions qu’engendre ce déroulement. La source de la dévolution idéologique est donc un malaise négativement fédérateur, un dérèglement social délétère pour l’ensemble de la société. Le corps social va alors se défendre en secrétant son propre sérum : l’idéologie. La dévolution désigne ce mécanisme d’autoguérison – d’autorégulation – de l’organisme social, qui instille l’idéologie en son sein pour combattre les dogmatismes qui l’éreinte. Marx en mangerait sa barbe : voici l’idéologie devenue le meilleur vaccin contre l’intégrisme, marchand ou religieux ! Les doctrinaires le savent, qui s’insurgent contre elle en hurlant au Loup et paralysent ainsi la réaction dévolutionnaire – c’est-à-dire autoimmunitaire – du peuple. »

Il s’agit d’un entretien accordé à Me Jean-Pierre Mignard, un avocat socialiste, où le « philosophe » et « écrivain » Vincent Céspedes oppose le « dogme », c’est-à-dire ce que nous appelons, nous, couramment, l’idéologie néolibérale ou ultra-libérale (en d’autres termes l’armature notionnelle du capitalisme transnational oligarchique) et « l’idéologie », se déployant dans un processus de « dévolution » (déroulement), c’est-à-dire ce que nous appellerions, nous, une contre-idéologie de résistance au capitalisme transnational oligarchique et, plus généralement, au mondialisme.

Plus précisément, Vincent Céspedes habilite un sens pré-marxiste et non-marxiste du terme « idéologie », hérité de Destutt de Tracy et mêlé d’une sorte de vitalisme aux accents bergsoniens, qui fait de l’idéologie un processus de jaillissement continu d’idées nouvelles permettant de briser les cadres de l’ordre établi (alors que, dans la logique marxiste, l’idéologie désignerait plutôt, de manière très péjorative, l’ensemble des idées, souvent fausses voire délirantes, qui permettent à l’ordre établi de se maintenir coûte que coûte et d’apparaître comme acceptable, tant aux yeux des exploiteurs qu’aux yeux des opprimés). La dévolution de Céspedes est donc une sorte de création permanente d’idées originales et imprévisibles, témoignant d’une irréductible vitalité de l’esprit, idées ou plutôt contre-idées qui seraient en l’occurrence de taille à renverser le dogme néolibéral, ce qui laisse entrevoir l’espérance d’un monde neuf et meilleur.

C’est le schéma intellectuel classique des penseurs gauchistes, l’immense majorité des « penseurs » de notre époque : une révolution (appelée chez Céspedes « dévolution ») est en train de s’opérer, ne craignez rien mes agneaux, le monde est sauvé, le néolibéralisme n’en a plus pour bien longtemps. Comme je l’écrivais un peu plus haut en ironisant : brave citoyen fatigué, exploité, agressé, dors sur tes deux oreilles, allonge toi sur le gazon béni des philosophes, les méchants capitalistes vont finir par s’en aller, la révolution, pardon ! la dévolution, est en marche… Et notre Vincent national de glisser une petite phrase sur la dévolution artistique, qui lui semble l’expression la plus achevée du processus dévolutionnaire.

« La meilleure défense me semble être la néorésistance, underground et subversive. Et son premier médium est l’art. Le dogmatisme marchand entreprend de réduire celui-ci à un produit de consommation ou à un instrument de propagande, c’est pourquoi l’art contemporain est devenu un art  » comptant pour rien « , dépourvu de dimension dévolutionnaire. L’art rebelle doit non seulement dénoncer le non-lieu utopique dans lequel le libéraltotalitarisme nous engeôle, mais aussi entamer l’idéologisation nouvelle qui nous en délivrera et nous situera enfin quelque part. La psyché du peuple – ce que Walter Benjamin nomme  » conscience collective  » et Lucien Goldmann  » vision du monde  » – subit aujourd’hui une extension planétaire inversement proportionnelle à sa mise en dogme. Réduction drastique de l’imaginaire collectif à la doxa néocannibale. L’art dévolutionnaire doit se méfier comme de la peste de la fausse tolérance qui émousse le tranchant de sa critique. Il doit s’exposer à la censure, encourir le risque d’une récupération tendancieuse s’il veut entreprendre – inachetable et lucide – de dissiper nos brouillards. La désapprobation publique ou le soudoiement mercantile sont désormais les critères de la vraie subversion. »

Il aurait pu tout aussi bien écrire : un petit concert de SOS Racisme et ça repart ! Quant à souffrir les affres de la censure, à mon avis notre philosophe-artiste ne risque pas grand-chose…

Le pire dans cette histoire, c’est que – formellement – ce qu’écrit Céspedes est exact : il existe bel et bien un processus dévolutionnaire dans les esprits. En d’autres termes, il est indéniable que des idées nouvelles se font jour, et qu’une aspiration sociale autant qu’identitaire croît de manière exponentielle au sein des vieux peuples de l’Europe et du monde occidental. Mais Céspedes s’arrête à mi-chemin. Pour Céspedes, le processus dévolutionnaire s’identifie à toutes les couenneries gauchistes que lui et ses petits camarades bobos intellos ou artellos  diffusent jour après jour pour déféquer dans les méninges à seule fin de conforter ce système mondial-oligarchique qu’ils feignent de combattre, dont ils vivent bourgeoisement, et qu’ils cautionnent en sous-main.

C’est la fameuse néo-triplice globale que j’ai souvent dénoncé en rendant hommage à Guillaume Faye : oligarchie transnationale, gauchisme « anticapitaliste » et mondial-théocratie musulmane sont les trois larrons en foire qui s’entendent à merveille, malgré leurs dissensions, plus apparentes que réelles du reste, pour dépecer les peuples, pour les déposséder d’eux-mêmes tant d’un point de vue social que d’un point de vue identitaire. Et Vincent Céspedes n’est qu’un de ces petits soldats de la triplice, un représentant parmi tant d’autres, et pas trop mal payé, du gauchisme prétendument anticapitaliste, c’est-à-dire de l’aile gauche de la triplice mondialisée. Pour dire les choses nettement : non seulement Céspedes n’a rien de révolutionnaire, mais il n’est pas même dévolutionnaire.

La seule qualité qu’on puisse lui reconnaître, c’est que sa culture philosophique lui a permis, in abstracto, de définir assez bien ce que peut être un processus de dévolution idéologique, mais sans être capable d’en illustrer in concreto le concept. Car si Céspedes était allé au concret, c’est-à-dire au plein développement du concept, il se serait vu lui-même comme un de ces monstres actuels qu’il s’acharne à dénoncer. C’eût été une sortie de la caverne… Platon savait déjà que très peu en sont capables. Céspedes est resté sophiste et gaucho-sophiste jusqu’au bout des poils de barbe, prisonnier-chef parmi les autres détenus de la caverne, s’ingéniant à commenter des ombres, louvoyant parmi les simulacres.

Céspedes avait pourtant les moyens, ne serait-ce que linguistiques, de penser la dévolution jusqu’au bout. Pour un garçon qui porte un joli nom espagnol, il aurait pu se rendre compte que, dans la langue espagnole, le terme dévolución vient du terme devolver, littéralement « rendre », notamment la monnaie, voire toute une somme prêtée ou concédée à tort (devolver el dinero) et que ce terme constitue, bien plus qu’en français, un synonyme quasiment parfait du terme restitución. J’ai d’ailleurs employé constamment dans mes articles le terme « restitutionnaire » pour désigner le processus de restitution – ou de dévolution – des nations occidentales à leurs identités propres, dans les idées comme dans les actes de résistance. Ma lettre ouverte à Zapatero (4), dans sa version espagnole, emploie devolución et restitución comme de rigoureux synonymes. La résistance militante à la liquidation des peuples occidentaux par l’hypertriplice capitaliste, gauchiste et islamique est d’essence restitutionnaire, ou dévolutionnaire, de cela j’ai déjà parlé, et on aurait pu attendre de Céspedes qu’il fasse la même chose. Force est de constater qu’il n’a rien fait…

Le nationalisme qu’il dénonce, en le calomniant comme un « national-racisme », est l’un des piliers politiques majeurs du processus restitutionnaire actuel, à tel point d’ailleurs que l’électeur lambda de la France d’aujourd’hui se situe plus à gauche en épousant des positions nationalistes qu’en s’entichant, par exemple, du Front de Gauche, un type comme Mélenchon s’agenouillant tout autant devant l’islam et l’immigrationnisme que la droite libérale ou la social-démocratie.

 

Mais les silences du ténébreux M. Céspedes sont de toute manière à psychanalyser. Il nous appelle à la résistance, mais c’est de simple rassurance dont il s’agit. Ses délires gentillets sur la création artistique comme pilier du processus dévolutionnaire sont typiques de ces bobos gauchistes qui exaltent la sortie du Système sans avoir le courage d’assumer les risques d’une guerre intestine. Leur philosophie c’est le castrato-virilisme, la rebellocratie. Or, ce qui se joue à l’heure actuelle, c’est tout autre chose que de monter un spectacle, composer de la musique ou écrire des romans. Notre camarade Roger Heurtebise vient de publier un très bon article (5) où il voit dans l’hyper-crise couplée à l’hyper-délinquance le germe réel d’une guerre civile (et j’ai souvent écrit des choses similaires). Notre autre camarade Pascal Olivier évoque la perspective d’une guerre de libération nationale (6) en retournant sur eux-mêmes des concepts issus de la Guerre d’Algérie, dans un excellent papier. En ce qui me concerne, fidèle à ma terminologie, j’évoquerais bien une guerre de restitution nationale accompagnée d’un processus dévolutionnaire (notamment par la mise en place, certes problématique, d’un pouvoir de salut public) ; ou plus simplement une triple guerre civile, à portée fratricide, ethnique et théologale (7).

On sent monter partout la terreur, la violence et l’inversion des valeurs… Il s’agit bien de partition de musique ou d’happening underground ! A l’heure où j’écris cet article, j’apprends qu’un commerçant, qui paraissait avoir bénéficié au final de la reconnaissance de la légitime défense face à des braqueurs, vient d’être mis en examen pour meurtre – contre les réquisitions du Parquet – par un juge d’instruction dont la décision est controversée au sein même de la Justice (8)… A l’heure où j’écris cet article, je sais que l’Angleterre est à feu et à sang (9), et que des horreurs se produisent, que la presse française essaie souvent de faire passer pour des événements de moindre importance. A l’heure où j’écris cet article, j’ai aussi le souvenir des attentats de Norvège, qui sont les premières tueries à connotation dévolutionnaire de l’Histoire contemporaine (10), quoi qu’on puisse penser par ailleurs de la psychologie de leur auteur. Toutes ces choses composent bel et bien une ambiance d’apocalypse qui n’est pas du tout, mais alors pas du tout, de l’ordre d’un concert d’artistes « engagés » ou d’un happening underground destiné à divertir les bobos.

Jacques Philarchein

(1) http://www.streetpress.com/sujet/2200-vincent-cespedes-eric-zemmour-ou-nicolas-sarkozy-sont-lepenistes-sans-meme-le-revendiquer

(2) http://www.fdesouche.com/230399-vincent-cespedes-pour-en-finir-avec-le-national-racisme-de-lextreme-droite

(3) http://www.vincentcespedes.net/fr/articles/devolution-03.php

(4) http://ripostelaique.com/atentado-en-noruega-carta-abierta-al-excelentisimo-senor-don-jose-luis-rodriguez-zapatero.html

(5) http://ripostelaique.com/hyper-delinquance-et-hyper-crise-economique-nous-menent-a-la-guerre-civile.html

(6) http://ripostelaique.com/d%E2%80%99emile-henry-a-anders-behring-breivik-splendeur-et-misere-de-la-propagande-par-le-fait.html

(7) http://ripostelaique.com/en-france-en-2011-c%E2%80%99est-bien-a-une-triple-guerre-civile-a-laquelle-il-faut-helas-se-preparer.html

(8) http://www.faitsdivers.org/281-Le-commer%C3%A7ant-ayant-tue-un-voleur-renvoye-pour-meurtre.html

Extrait de l’article : « Nous voici trois ans après. L’affaire a suivi son cours auprès de la justice française. Et le commerçant est finalement renvoyé devant la cour d’assises pour meurtre, a-t-on appris jeudi de source proche du dossier, confirmant une information du site du Parisien. Dans son ordonnance rendue mercredi, le juge d’instruction de Créteil n’a pas retenu pas la légitime défense invoquée par le commerçant et l’a renvoyé devant la cour d’assises du Val-de-Marne pour homicide volontaire. Les deux complices du cambrioleur tué en octobre 2006 ont, eux, été renvoyés pour tentative de vol avec arme. En avril, le procureur de la République de Créteil, Jean-Jacques Bosc, avait requis un non-lieu dans ce dossier à l’égard du commerçant et demandé la mise en accusation des deux complices. Le parquet de Créteil a indiqué qu’il allait faire appel de l’ordonnance rendue par le juge d’instruction. »

(9) Dossier complet sur F. Desouche : http://www.fdesouche.com/230187-londres-emeutes-dans-la-banlieue-nord

Dossier sur Défrancisation : http://www.defrancisation.com/londres-emeutes-dans-un-quartier-pluriethnique/

(10) http://ripostelaique.com/reponse-a-radu-stoenescu-le-resume-geo-politique-de-breivik-na-rien-dinexact.html

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.