Vive le référendum de Tsipras

tsiprasAlors que la majorité des économistes reconnaît avec Patrick Artus, de Natixis, qu’«aucun économiste sérieux ne peut avaliser ce plan mal fichu et très déraisonnable» que l’Europe veut appliquer à la Grèce, l’Union continue son forcing.
Sachant bien que l’économie hellène ne pourra pas supporter une nouvelle cure d’austérité, elle minimise pourtant la récession grecque et charge Tsipras et son gouvernement de tous les maux, les traite de «braqueurs de banques» (alors que les prêts accordés à Athènes n’ont servi qu’à rembourser les banques), inonde de rouge les propositions grecques comme si le gouvernement de Tsipras était un élève médiocre ayant écrit un devoir nul, fait hurler à l’Apocalypse les médias grecs si le «non» l’emporte.
Pour Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, la Troïka (FMI– BCE – Commission européenne) a « une responsabilité criminelle, celle d’avoir causé une récession majeure. (…)  Les créanciers d’Athènes devraient admettre que la politique qu’ils ont mise en place depuis cinq ans, l’austérité, n’a pas fonctionné. »
De l’avis général, la restructuration de la dette grecque est inéluctable. Mais l’Union n’en veut pas. Elle désire garder le contrôle sur la vie de la Grèce.
Accepter la restructuration, ce serait admettre qu’il est possible de remettre en cause les décisions de l’Union. Or, elle se considère comme une institution qui n’a pas à être justifiée, une réalité qui n’a pas à être défendue.
L’attaquer, est, dans l’esprit de ses dirigeants, un sacrilège. Pour eux, comme il est impossible de s’élever contre le Bien, le Bonheur, les Droits de l’Homme, la Liberté, il est inadmissible de contester l’Europe.
Elle ne supporte aucune contradiction politique ou sociale ou morale.
« Je demande au peuple grec de voter oui, indépendamment de la question qui sera posée » a déclaré Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne. Il avait déjà annoncé à l’arrivée de Syriza au pouvoir : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens… »
Et c’est ce que fait Tsipras avec son référendum. Il propose un choix démocratique aux Grecs. Il essaie de refaire de la Grèce un Etat souverain.
Grâce à lui, l’Europe expose au grand jour qu’elle n’est guère démocratique.
Pour sa nomenklatura, il n’est pas question de demander leur avis aux peuples européens.
Elle a ainsi, pêle-mêle, décrété le référendum grec illégal, souhaité un coup d’Etat militaire à Athènes, encouragé un soulèvement des pro-européens, réalisé un coup d’Etat économique en obligeant les banques à fermer.
L’Europe n’est pas démocratique, ni anti-démocratique, elle est a-démocratique. Autrement dit sa gouvernance est légale, mais non transparente, pas soumise aux décisions des peuples.
Dans sa conception, l’alternance politique ne doit entraîner aucun changement, les consultations électorales ne servir qu’à occuper les citoyens, qu’à jouer la comédie. La vraie démocratie, dont le référendum est un des fleurons, est bannie. Aucun débat économique ou politique ou moral ne doit avoir lieu.
N’étant pas démocratique, l’Europe n’a que faire de l’histoire. De notre histoire. Elle est hors-sol. Elle est supranationale.
Que le pays berceau de la démocratie occidentale, que le pays qui est une des trois racines de notre civilisation demande qu’on le considère autrement que comme un peuple d’esclaves endettés, est le dernier de ses soucis.
Martin Schultz, social-démocrate (ne pas rire), président du Parlement européen appelle à la mise en place d’un « gouvernement de technocrates » à Athènes.
Bruxelles veut se débarrasser de Tsipras. Il y a déjà un nouveau gouvernement dans les cartons. Le Premier ministre idéal pour la Troïka serait Stavros Théodorakis, leader du parti To Potami (6% des voix à la dernière élection) allié avec le Pasok et Nouvelle Démocratie d’Antonis Samaras.
Dans les faits, l’Union européenne est d’essence totalitaire.
Certes, le totalitarisme européen n’a pas la brutalité physique du nazisme, du communisme, de l’islamisme mais comme dans l’Allemagne des années 30, dans l’Union soviétique des années 20, dans l’Etat islamique d’aujourd’hui, l’Union européenne désire créer un homme nouveau, un homme unidimensionnel, un homme aux facultés d’analyse réduites, à l’imagination incarcérée dans le carcan d’une idéologie, un homo economicus sans passé et à l’avenir soumis.
Par son référendum, Tsipras réactive l’idée démocratique au sein de l’Europe. Il nous dit que les citoyens, contrairement à ce que pense Junker, ont encore le choix.
Quel que soit le résultat, il affirme qu’il est possible de retourner en arrière, qu’une voie autre que celle, mortifère, prônée par des élites qui veulent nous voir disparaître dans le gloubi-boulga globalisant, est possible.
Marcus Graven

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