Vive le Québec libre, disait-il !

Publié le 4 juillet 2015 - par - 1 102 vues
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degaullequebecSoudainement en plein débat houleux au Palais Bourbon sur le danger du terrorisme et l’exil des jeunes vers les terres paradisiaques de Daesh, Bernard Cazeneuve se lève d’un pas déterminé, empoigne le micro et lance exaspéré dans l’hémicycle : « De grâce mes chers collègues, cessez de stigmatiser, car à la vérité, vous voulez savoir pourquoi tous ces jeunes partent pour la Syrie et l’Irak? eh bien c’est pour aller « aider », voilà la véritable motivation; c’est pour aller « sauver des vies » qu’ils vont là-bas, voilà la réalité! »…

Vous pensez qu’on y va un peu fort là, faut quand même pas exagérer dites-vous ? Passez votre tour chef, car c’est exactement de cette façon – et dans les mêmes mots – que Lise Thériault, la ministre de la sécurité publique du Québec (l’équivalent du ministre de l’intérieur) s’est exprimée il n’y a pas si longtemps au beau milieu de notre Assemblée Nationale.

Comme d’habitude, le premier ministre Philipe Couillard n’a pas cru nécessaire de la recadrer outre mesure, les médias compatissants et complètements abrutis sur ces questions ne se sont pas trop énervés, bref, quelques critiques ici et là mais rien de bien mordant…

Et maintenant que l’on décapite du fin fond de la France tout en envoyant un selfie du trophée de guerre à un pote salafiste au Canada qui partagera la photo avec ses coreligionnaires « sur le perron de l’église », toujours pas de vases communicants et de cause à effet en vue Madame la ministre?

Mais grâce à sa prescience inaltérable, Philipe Couillard aura finalement trouvé la solution de la quadrature du cercle infernal : désormais, dans la mouvance des chartes, tous les employés de l’État, incluant ceux en poste d’autorité, pourront, s’ils le désirent, servir les Québécois vêtu… d’un hijab seulement!

Ouf ! on est quitte pour l’État laïque en gestation : pas de niqab couvrant la face, pas de burqa talibane non plus, on peut dormir sur nos deux oreilles. Bien sûr, question de nous présenter le deal, certains journaux se sont empressés de nous montrer une photo de « branchée mais voilée », un top model hijabée aussi belle et maquillée que Sophia Loren à son apex. Si c’est cela les fonctionnaires qui nous serviront de l’autre côté du comptoir de l’aide sociale, pas mal après tout!

Et quel est le deuxième volet du plan Couillard ? Rien de moins que « d’augmenter substantiellement » l’immigration d’ici l’an prochain au Québec… Pas mal ça aussi après tout!

Quoi! a-t-on besoin de doubler les « votes ethniques » à ce point, pour reprendre l’expression de l’ancien premier ministre indépendantiste Jacques Parizeau décédé récemment? Évidemment, francophonie oblige, les Maghrébins auront priorité, le contingent d’Afrique francophone aussi, et les mosquées ne fourniront plus à la demande, aux suppliques et aux requêtes, avec à la clé, plein de nouveaux lieux de cultes à construire… Oui, « lieux de culte » comme on dit par ici dans les médias, car le mot « mosquée » ne fait plus parti du vernaculaire médiatique québécois depuis un bout de temps. Inutile d’insister là-dessus, mais déjà on s’éloigne du sujet (sic)…

Lorsque le Général de Gaulle est venu en 1967 nous galvaniser avec son fameux « Vive le Québec libre », on y a réellement cru… puis on a fait notre petit bonhomme de chemin, avec des hauts, des bas, des référendums, une affirmation nationale forte, parfois, souvent même, en regardant la France notre mère patrie, la France qui, avec son histoire, l’héritage de sa Révolution, ses valeurs universelles, son expertise aéronautique pavant la voie à Bombardier par exemple, sa culture littéraire et musicale, nous influençait, nous éclairait et nous aidait à conserver nos seuls repères culturo-linguistiques dans cet océan anglo-saxon d’Amérique…

Malheureusement, lorsque le 6 mai 2012, François Hollande prit la parole place de la Bastille le soir de son élection, plusieurs Québécois devant leur poste télé ce jour-là – des Québécois ne connaissant pas nécessairement la place de la Bastille, lieu de la grande kermesse traditionnelle de la gauche – croyaient le plus sérieusement du monde (ce n’est pas une blague), que le nouveau président élu livrait son discours de victoire à… Tunis ou Casablanca! Qu’il était beau le président français haranguant en plein Maghreb sur une de ces places de la Kasbah ou Mohamed V, devant le peuple autochtone en liesse, brandissant quantité de drapeaux Algériens, Marocains, Turcs, des Croissants, du rouge, du jaune, du noir, plein de drapeaux de couleurs, plein de drapeaux sauf celui de la France en fait…

Et là, passées les premières minutes de stupéfaction, lorsqu’on réalisa qu’Hollande se trouvait effectivement sur le territoire français, à la Bastille en plus, on sentit tous profondément jusqu’à quel point, la France de notre imaginaire, cette France du Général de Gaulle ( est-ce si criminel pour des nord-américains-français perdus en terre états-unienne, d’avoir conservé cette image?) cette certaine idée de la France donc, si chère à tant de Québécois, eh bien cette France-là, ce soir-là, venait de disparaitre de notre inconscient collectif : la réalité quotidienne d’une mère patrie dont on prenait subitement conscience que quelque chose ne tournait pas rond… que quelque chose clochait!

Et maintenant quoi?

Combien d’attentats ou de tentatives d’attentats depuis Charlie? La liste est trop longue. Mais la classe médiatico-politique française continue, elle, de parler d’une seule voix en mettant  le poing sur la table : « cela n’a encore une fois, rien à voir avec l’islam! »… Bon sens! ce slogan, à force d’être répété comme le perroquet parlant au chien de Pavlov, est en train de devenir la sottise absolue pour ne pas dire le canular suprême du présent siècle. Même les musulmans n’ont pas l’air si convaincus de la justesse de la formule au vu de leur silence assourdissant et insupportable couplé à leur passion conspirationniste qui est en train de devenir une véritable obsession eschatologique en soi.

Paradoxe suprême : dès le lendemain de la décapitation d’Hervé, Manuel Valls, dans un de ses rares sursauts de lucidité, osa prononcer des mots devenus innommables en France, des mots pire que dire Nazi ou Hitler; en fait, il prononça les deux gros, grands et méchants mots du moment, intolérables aux oreilles des bobo-libertaires-multiculturalistes : « conflit de civilisation! »

Bien sûr que dans le cas de Valls, ça sonne faux, ce n’est qu’un blitz de com sans plus, mais qu’importe, le mot est enfin lâché du sommet de l’état; comme une échappatoire, une omission, un oubli, une vérité qui, peut-être en face de l’image de la tête sanglante revenant en boucle dans son esprit, sorte de choc post-traumatique à répétition, le politicien réalisait qu’il venait de craquer, de lâcher, de baisser la garde pour un temps bref face à la dictature de la pensée unique…

De toute façon, il sera rapidement ramené à l’ordre, son parti le ramènera à l’ordre, son Président le ramènera à l’ordre, mais par-dessus tout, la caste médiatique d’un pays qui est en train de devenir une parodie de démocratie le ramènera à l’ordre. Déjà sur BFM, un analyste et chroniqueur bobard, un « écrivain de feuille » dirait Voltaire, du haut de ses oracles exigeait de Valls – au lendemain de la décapitation, il faut le faire – que non seulement il se rétracte mais qu’il présente des excuses formelles à tous les musulmans de France pour ses « propos inacceptables »… Il y a une limite à la tartufferie!

C’est là où on en est rendus dans la mère partie? Ca canarde de partout, ça réussi presque à massacrer les fidèles dans une église, ça massacre une rédaction de journal au complet, ça fonce en voiture dans les foules des marchés, ça égorge des Français sur simple appel de l’État islamique et les médias ne trouvent rien d’autre que de nous présenter des « experts » nous enjoignant de ne pas « amalgamer » puisque le « drapeau de Daesh » ne se trouvait pas autour de la tête de la victime donc par conséquent, ne devant s’agir évidemment… que d’un acte isolé!

Voilà le « loup solitaire » revenant rôder dans les parages d’une doxa lançant l’anathème sur son premier ministre pour crime de lèse-multiculturalisme pour ensuite clouer au pilori tous ces islamophobes racistes de maudits Français. C’est triste!… et c’est pathétique.

Commencez, de grâce, à vous réveiller de votre cauchemar, de l’autre côté de l’Atlantique, sinon ce sera à notre tour d’être obligé de vous envoyer un René Levesque par exemple, rallumer la flamme en y allant d’un tonitruant « Vive la France libre! »

Marc Traversy

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