Voici revenu le temps des cafteurs

Publié le 11 juin 2012 - par - 965 vues
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Les Français (nos parents, nos grands-parents), après les années noires de 39-45 ont aspiré à retrouver le plaisir de rire. Et ces gens là savaient rire. Les moqueries, la dérision, ne prêtaient pas à conséquence, et tout le monde s’esclaffait, moqueurs et moqués, dans ce spasme propre à l’Homme, bénéfique à l’organisme et à la société. Et les chansonniers de l’époque, les Maurice Horgues, Jean Amadou, Edmond Meunier, et autres Robert Rocca n’étaient pas les dernier à participer à cette bonne « humeur », mot que les Anglais ont transformé en « humour », forme d’esprit railleuse « qui s’attache à souligner le caractère comique, ridicule, absurde ou insolite de certains aspects de la réalité »

Ces mêmes Français qui ont connu la seconde guerre mondiale en sont également ressortis traumatisés par les dénonciations. En est suivi un climat libertaire typiquement français, sous l’impulsion de chanteurs à textes comme Léo Ferré, comme Georges Brassens qui disait : « on hésite beaucoup à livrer quelqu’un aux cognes ». La délation était donc mal vue en France, contrairement aux pays Anglo-Saxons, qui ont d’autres raisons historiques, notamment un plus grand respect des libertés individuelles et privées.

Puis il y a eu des remplacements de population. Remplacement par décès, naissances, ou autres. Les souvenirs de guerre sont estompés pour les uns, voire ignorés pour les autres. Cohabitent donc des Français n’ayant plus la même histoire, la même culture. Ce n’est pas « notre culture », se voient répondre des professeurs qui enseignent la seconde guerre mondiale. Cohabitent donc des Français n’ayant pas reçu la même éducation autour de tablées familiales joyeuses, le poste à lampes diffusant l’insolence du « club des chansonniers » ou du gorille de Brassens. On ne pouvait plus rire des mêmes choses, on n’effaçait plus une moquerie en en riant soi-même, on se crispait.

Vous avez été bercé dans l’humour titi parisien de Belleville, mais votre humour de Ménilmuch est-il bien compris par les habitants de Ménilmontant ? Vous avez appris, dans un mouvement général d’une France qui avançait une et indivisible, à rire de tout, et de vous, et de votre religion. Mais vous êtes maintenant confronté à d’autres, pour qui rire n’est pas drôle.

Après donc plusieurs décennies de paix, la « récré » réparatrice d’après guerre n’avait plus lieu de perdurer, il était temps de siffler sa fin. Brassens et ses bouffées d’air frais est mort depuis 30 ans, et dans la cour, les enfants ne parlent plus le même langage, n’apprécient plus les mêmes blagues. La guerre est finie depuis 70 ans, il est temps d’assainir l’atmosphère et de relancer la chasse aux résistants, ceux qui refusent la société qu’on veut leur imposer.

Vous avez connu le gaullisme avant 68, la censure sur les ondes, les CRS au service de la bourgeoisie contre l’ouvrier, et vous chantiez le « ni dieu ni maître » de Léo Ferré : « cette procédure qui guette, ceux quela Sociétérejette, sous prétexte qu’ils n’ont peut-être, ni dieu ni maître ». Mais ce dieu là était miséricordieux et acceptait vos blasphèmes. Vous avez chanté Brassens parlant de son curé « il me laisse dire merde, je lui laisse dire amen », mais ce curé était charitable. D’autres ne vous diront jamais amen, ils ont d’autres maîtres, et n’entendent pas non plus vous laisser dire merde.

Ce que vous dites ou écrivez est donc surveillé, dénoncé, voire monétisé, crise oblige. Il faut bien récompenser le civisme du délateur, et il faut bien gagner sa vie en rendant justice, un métier comme un autre. Par ces temps de crise, un bon métier ça se garde, et entre les professionnels de l’indignation et les professionnels de la justice, le citoyen ordinaire est le seul perdant de l’affaire : au minimum de sa journée de salaire. Qu’un président d’association soit au tribunal ou à son bureau, il touche la même paye. Pas vous. D’emblée la balance est faussée.

Les fayots ont donc de beaux jours devant eux. En plus des rutabagas pour les riches, il y aura des fayots pour les résistants. Les fayots qui se sentaient vaguement péteux sous une France de droite, sentent désormais le vent en poupe grâce à la gauche olfactive. Ils vont pousser plus fort leur lutte intestine pour faire dela Franceune pétaudière, pour nous faire bouffer des rutabagas en tapant à la caisse, ou mieux des fayots, de préférence sans sursis.

Prudence donc dans la rédaction de vos petites annonces. Pas de second degré qui risque d’être mal compris par tous. Prudence quand vous donnez des instructions à un responsable d’agence immobilière. L’agent lui-même, une employée, même une simple stagiaire, peut saisir l’occasion de se faire mousser comme bon citoyen au service du bien vivre ensemble.

Par ces temps de crise, on arrondi ses fins de mois comme on peut. Et si par la même occasion, on peut décrocher une place au parti pour services rendus, c’est encore mieux.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Humour

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/la-delation-peut-elle-etre-civique_486414.html

Délation : tournée contre un individu ou un groupe d’individus, elle est faite par un délateur, individu ou groupe de personnes, pour son gain propre. Le délateur peut être rémunéré par un pouvoir qui cherche à obtenir des renseignements contre ses adversaires. C’est une forme d’opportunisme que l’on retrouve de manière récurrente dans l’histoire.

André Monnet

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