Votation : la nouvelle trahison des élites

La votation des suisses contre les minarets a suscité une vague d’indignation sans précédent de la part des « élites européennes ». On peut être quand même étonné par l’unanimité des gouvernants et des autorités morales contre la Suisse et, surtout, contre les peuples européens – qui, eux, semblent soutenir la décision souveraine des suisses!
Face à un peuple qu’elles ne comprennent plus, les « élites », notamment les juristes, semblent se lancer dans une fuite en avant liberticide. Elles commencent à multiplier les règles pour empêcher les votes, réferendums, ou pouvoir les annuler si ceux-ci ne conviennent pas.

Il n’y a pas de « complot mondialiste »

Certains croient qu’il y a un « complot mondialiste ». Au cours de grandes réunions, à Davos ou ailleurs, des groupes de décideurs poursuivraient un grand projet totalitaire. Ils voudraient imposer leur « Nouvel ordre mondial » contre les peuples, en brisant toutes résistances. Cette vision a l’inconvénient de prêter de mauvaises intentions aux dirigeants. Or, comme le disait Socrate, « nul n’est méchant volontairement. » Les acteurs sont d’autant plus dangereux qu’ils sont plus sincères, et croient oeuvrer pour le bien. Ce qui caractérise ces élites – qui comprennent aussi les autorités morales comme les chefs religieux, les intellectuels et les artistes donneurs de leçons – c’est qu’elles ne comprennent plus les peuples. Il y a un fossé cognitif, pourrait-on dire, une zone aveugle, les peuples sont devenus une énigme pour leurs dirigeants, qui recourrent sans cesse à plus de sondage pour essayer de prévoir des gens qui leur sont devenus étrangers…

« La révolte des élites »

Christopher Lasch nous propose une bonne grille de lecture de ces événements (voir « la révolte des élites »). Il y décrit l’émergence d’une élite au mode de vie particulier, qui parcourt le monde et se détache de plus en plus des nations, va de grandes réunions internationales en colloques, concentre pouvoir médiatique et hauts revenus, et surtout veut régenter le monde selon ses propres principes. Cette élite, promue par de grandes études, est convaincue de sa supériorité intellectuelle et morale, elle considère le peuple comme une caricature du beauf’ de Cabu, juste bon à bosser et à obéir à ses visions grandioses d’un monde unifié, rapide, fluide, ouvert.

Elle est composée de hauts hommes d’affaires, de grands fonctionnaires internationaux, d’intellectuels médiatiques, d’artistes millionnaires etc., et n’a plus de contact avec les gens ordinnaires. Elle n’envoie pas ses enfants à l’école publique, elle ne se déplace pas en RER, elle ne vit pas dans les villes de banlieues ; protégée dans ses écoles privées, ses beaux quartiers, elle interprète sans rien comprendre les souffrances du peuple.
Les gens demandent plus de police, une justice plus sévère contre les agresseurs, moins d’immigration ? C’est une demande quasi-incompréhensible, pense l’élite ; un peuple qui, on ne sait pour quels délires ou par contagion médiatique, verse dans le fascisme. Cette élite, qui ne veut absolument pas se mélanger, qualifie de racistes, sécuritaires et xénophobes des gens confrontés tous les jours à la diversité, la délinquance ou – sujet évidemment différent – à l’islamisation ! Cette élite, qui vit protégée dans ses bureaux de standing, avec ses vigiles, refuse la protection aux plus humbles ; il suffit de regarder ces acteurs riches et arrogants, tant dénoncés par Zemmour (le seul quasiment dans les médias à pouvoir s’exprimer sur ce sujet), qui font la morale à tous les pauvres gens.
L’écart se creuse entre l’élite et les peuples d’Europe. Plus ces peuples souffrent, moins l’élite comprend, et elle interprète de travers les cris de détresse. Elle les prend comme des cris de haine, haine de l’étranger, du pauvre, haine de l’ouverture. Que répondre à cette « haine » ? se demande sincèrement l’élite. Sa situation particulière, sa bulle, ses voyages, font qu’elle n’est plus en mesure de comprendre, le plus simplement du monde, le vécu quotidien des gens moyens. Elle craint alors le « retour de la bête immonde ».
Cette élite se sent humaniste et souvent elle tient un discours de gauche. Il faut évidemment réprimer la haine, un si mauvais sentiment ! D’ailleurs les Eglises le disent toutes en chœur. Il n’y a que des « salauds » pour avoir une vision différente. Les peuples sont naturellement racistes ; on ne peut pas céder sur ce terrain, on va leur imposer la diversité.

La fuite en avant liberticide des dirigeants de l’UE

Plus il y aura de rejet du peuple, plus ce sera le signe qu’il est malade, intolérant et xénophobe, et le remède sera encore plus d’immigration, de lois pour protéger les minorités et interdire les critiques envers l’islam ou l’immigration. On est dans un cercle infernal, où à chaque demande de protection, l’élite répondra en démentelant encore plus vite toutes les protections!
Au lieu de plus de démocratie, et d’essayer de répondre aux besoins des gens, les dirigeants – épaulés par le discours médiatique – vont réprimer ceux qui demandent un peu de sécurité et de calme, ou (sujet différent) moins d’islamisation ; dans cette fuite en avant, cette élite est tentée d’instrumentaliser lois et institutions pour sanctionner ce qu’elle interprète comme « la haine » ; elle supprimera de plus en plus de démocratie, pour poursuivre à n’importe quel prix et contre la volonté des citoyens son projet pharaonique d’union européenne technocratique et ultralibérale.
Certes, Sarkozy parle des préoccupations populaires ; c’est pour cette raison qu’il a été élu ; mais maintenant, lui aussi ne tient pas compte des souffrances exprimées ; de leur côté, les socialistes veulent régulariser tous les sans-papiers et ne semblent pas défendre la laïcité (cf. les prises de positions de Martine Aubry sur les piscines non-mixtes) ; aucun parti crédible ne semble échapper à ce processus, les leaders reflètent uniquement la volonté de ces élites sourdes et aveugles.
Face à un tel déni, il y a désaffection du politique. Les peuples se résignent, voyant jour après jour les élites fouler aux pieds les grandes promesses électorales, ou casser les référendums (cf. le « non » français et le « non » néerlandais au Traité Européen, qui ont été annulés, les élites passant en force contre la volonté exprimée).
Les représentants politiques, sauf exception, ne semblent pas prêts à écouter les populations et à aller dans le sens de plus de démocratie réellement participative. Au lieu de cela, ils veulent réduire celle-ci, l’encadrer, empêcher par différentes mesures les gens de s’exprimer.
Ces temps ci, les Verts, qui devraient être le fer de lance du « pouvoir citoyen », sont le fer de lance d’un discours liberticide. L’entourage de Ségolène Royale, semble loin de son idéal de démocratie participative, et argue qu’il faudrait, avant toute consultation populaire, organiser de « vrais débats ». Soit ; mais en Suisse il y eut nombre de débats. Si un vrai débat n’est que celui qui donne le vote voulu par les chefs, s’agit-il encore d’un vrai débat? Si les questions posées doivent être d’abord validées par les chefs, et par les juristes, s’agit-il encore de « démocratie participative »? Tout cela montre surtout que les dirigeants, même ceux de la relève politique, ne veulent plus écouter et encore moins obéir aux peuples.
Comment les peuples pourront-ils reprendre leur destin en main ? La question reste posée, et on ne voit pas de solution évidente.
Loick

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