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Vous avez tort, père Danziec, d’attaquer les athées

Vous avez tort, Monsieur l’Abbé, quand vous parlez du « grand froid de l’athéisme : négation de la transcendance, mépris des vertus chrétiennes, disparition du sens du sacré », dans le n° 4365 de Valeurs Actuelles du 23 juillet.

S’il est possible que certains athées en soient coupables, il ne faudrait pas oublier les athées chrétiens qui, à cause de, ou grâce à leurs racines chrétiennes, car il faut vouloir être aveugle pour ignorer la multitude de clochers qui parsèment la France, ne suppriment pas la transcendance, les vertus et le sens du sacré.
La transcendance, présence et/ou connaissance hors de portée de la raison, empêcha longtemps la recherche scientifique, niant ainsi la spécificité de l’humain qui est la perfectibilité. Grâce à la laïcité, la transcendance est devenue aussi, sans nier l’hypothèse divine et la liberté de croyance, ce qui excelle et même dépasse. Il reste pourtant un domaine, spécialité du christianisme, hors du chiffrage scientifique : l’amour. Et le christianisme est victime de son propre génie.

Seul le christianisme a dévoilé Dieu fait homme en Jésus-Christ. Les hommes ne sont pas devenus des dieux, mais le divin sacré incarné puis sécularisé a pu devenir la sacralisation de l’humain. L’homme n’est pas divin mais porte en lui soit l’étincelle divine, soit une part de l’Humanité en tant que transcendance.
L’athéisme et la laïcité ne méprisent pas les vertus chrétiennes. Ces vertus existaient avant Jésus, on les trouve dans d’autres religions et philosophies, l’Église n’a pas le monopole de l’amour, de la compassion, de l’altruisme, de la générosité, de la tolérance, mais elle les a mises en lumière et répandues. Notre devise les reflète : la liberté vient du libre arbitre, l’égalité de l’égale dignité des hommes et de l’égalité de leurs droits et selon les lois divines et/ou républicaines, la fraternité des paroles de Jésus : « aimez-vous les uns les autres » et « aime ton prochain comme toi-même ». Vers un même but : bien vivre ensemble, semblables ou différents, catholiques, protestants, juifs, agnostiques et athées.

Chrétiens et non-croyants fêtent Pâques et Noël, qui sont aussi les fêtes du printemps, de la vie renaissante, et du retour de la lumière (le soleil invaincu des Romains). Jésus est l’amour, la vérité et la lumière.

Ce bel idéal ne peut exister sans la réciprocité. Les lois doivent être respectées par tous, c’est la condition sine qua non de la vie en groupe et en société. La laïcité permet la liberté de culte, croyance ou incroyance par la tolérance mutuelle, tant qu’elles ne nuisent pas aux autres. Vous pensez que Dieu existe, c’est grâce à la laïcité que vous avez le droit de croire ce que bon vous semble, vous ne pourriez pas le faire dans certains pays, et ce n’est pas de ma faute si l’observation de la nature me prouve le contraire.

La spécificité du christianisme est que son concept du « prochain » s’étend à l’humanité tout entière, qui est sacrée, transcendée dans la figure de Jésus, Dieu incarné. Or nous sommes confrontés à l’irruption et à la violence de populations pour qui cette réciprocité n’existe pas, et qui n’a pas le même concept d’humanité. En islam, l’humain c’est le musulman. Le non-musulman ou le mauvais musulman doit être exterminé. Les musulmans de différentes obédiences se battent depuis des siècles, chacun étant persuadé que la sienne est la seule vraie ; une fille qui refuse d’épouser celui que son père a choisi n’est plus une bonne musulmane, elle peut être étouffée, brûlée, égorgée comme un mouton : comme le mécréant, le non-musulman n’est pas « humain ». On trouve dans le Coran quelques versets qui appellent à la bonté, à la générosité, à la tolérance, mais ils sont noyés sous un déluge d’autres versets ordonnant de tuer, massacrer, amputer, égorger, décapiter, exterminer les « infidèles ». Il y a les versets abrogés et abrogeants (il est surprenant que Dieu l’omniscient, parfait, ait changé d’avis), les chrétiens et les juifs ont su faire l’exégèse de leurs textes, on attend que les imams en fassent autant. De même que la notion d’humain ne semble pas être la même, celle de martyr non plus ; pour les Occidentaux, le martyr est celui qui est tué pour n’avoir pas voulu renier ses convictions, pas celui qui a été tué parce qu’il a tué.
On trouve normal que tous les gens vivant en France éprouvent de la compassion pour une famille musulmane accidentée mais on attend les manifestations de compassion des musulmans pour toutes les victimes d’assassinats et d’attentats commis par leurs coreligionnaires récemment et depuis plus de vingt ans.

Les valeurs des athées de culture chrétienne étant plus proches de celles des chrétiens, leur attachement au patrimoine chrétien architectural, musical, pictural et traditionnel n’étant pas sans importance, les chrétiens feraient bien de ne pas rejeter leur appui et leur fraternité.

Alix Forrest