Place de la République : Voyage au bout de la nuit

Publié le 11 avril 2016 - par - 4 commentaires - 1 289 vues
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Nuit-DeboutFrançaises, Français, à quoi rêvez-vous encore ces jours-ci ? D’aucuns voudraient que vous ne rêviez plus à rien, tant il est infiniment plus aisé de manipuler des foules désenchantées. Et, détruire le rêve dans le cœur tendre des hommes ne commence-t-il pas par lui ôter ce qu’il chérissait le mieux ; cette incorrigible idée du Bonheur ? Débutée par une trahison originelle, cette fin de règne hollandais achève l’époque des grandes illusions. On ne parle plus de Bonheur ici-bas, mais de moyens d’enfermer l’homme dans une savante rhétorique d’absence d’alternatives. Désormais, le discours des gouvernants des États démocratiques est univoque. Une seule promesse prévaut : Capitalisme ou Chaos. Or, à quels brillants résultats a conduit ce système économique, caractérisé par la propriété des moyens de la production et la transaction monétaire du travail ? Les dernières analyses chiffrées s’entendent sur d’épouvantables aberrations. En 2016, 1% des Américains les mieux nantis sont plus riches que les 150 millions de leurs compatriotes les plus pauvres. En Europe, un quart de la richesse est détenue par 1% de happy few. Selon l’ONG Oxfam, la part du patrimoine mondial détenu par les 1 % les plus riches est passée de 44 % en 2009 à 48 % en 2014 et dépassera les 50 % en 2016.

Et que dira-t-on du sort de la majorité ? Devra-t-elle continuer d’être pernicieusement maintenue écartelée entre la crainte de la perte d’un emploi et la précarisation inéluctable d’une économie passée dans l’ère de la numérisation ? Si le capitalisme n’est qu’un moyen d’assurer la perpétuation de ce modèle, quelle sombre vision offre-t-il en partage ? Où est le rêve du Bonheur ; toujours irréfragable lorsqu’il s’agit de l’homme ? Le Capitalisme est-il décidemment compatible avec l’idée même de la démocratie ? Que vient nous apprendre le scandale des « Panama Papers » ? Rien de nouveau sous le soleil, sinon l’insupportable confirmation d’une connivence entre États démocratiques, grands groupes industriels et finance internationale ; Et toujours, à l’avantage exclusif des mêmes.

Or, si la Révolution française avait cru parvenir à l’Idéal par la construction du vaste mythe de l’homme universel et l’édification du triptyque fondateur de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : Liberté/ Égalité/ Fraternité, se pourrait-il que du côté des Places de la République française, de belles âmes se fussent enfin affranchies d’une langoureuse chimère vieille de deux-cent vingt-sept ans ? Certes, ses valeurs étaient nobles et le vœu éternel, mais de la devise à la parole prostituée, il existait toute l’étendue du leurre politicien, lequel a eu tout le loisir de se sophistiquer au gré des époques et des alternances. De la Gauche à la Droite dites « républicaines », les exercices rhétoriques ont conduit le citoyen au bord de l’écœurement. À tout le moins, celui-ci conservera-t-il le droit à exprimer son mécontentement ? Car, est-on libre quand on n’a pas le sou et qu’on se tient debout, le ventre creux, le paletot miséreux sur l’épaule et les mains dans des poches trouées près d’un frère ?

Admettons-le, les Français n’ont guère joui des bienfaits que promettait la Révolution. Et que leur a rapporté le grand mirage du projet capitaliste ? Une répartition plus égale des richesses ? Les données chiffrées objectivent l’étendue du désastre. Plus de fraternité ? Laquelle ? Pour ne pas participer à la répartition secondaire des revenus, autrement dit au système redistributif, des milliers d’évadés fiscaux courent les paradis et les riches patrons installent leurs sièges sociaux hors du territoire national. Plus de droits alors ? Et à quoi donc ? À la négation de l’expression du vote référendaire ? Certainement. À l’accumulation de cavaliers législatifs ? Assurément. Aussi loin qu’on parcourt les lois, on convient d’usages anti-démocratiques promulgués au mépris du contrat social dans la plus précautionneuse discrétion.

Et qui t’as donné à toi, homme élu représentant le Peuple, le droit de lui mentir ? Ta force institutionnelle ? Ton sombre génie ? Ta position d’héritier ? Que vaut ta démocratie, si celle-ci n’est qu’une oligarchie déguisée, une vaste entreprise d’escroquerie en bande organisée ?

Je vois ces temps-ci s’agiter un certain trublion boursoufflé de science nommé Emmanuel Macron. Le Jésuite est habile, Conseiller du Président, rusé comme un Père De La Chaise, lequel confessait l’âme du grand Roi Louis XIV avec l’immense génie perfide des pires ambitions. À sa suite, ce ministre de l’Économie accoquiné avec tous les Industriels et Financiers du moment, vient de créer un mouvement dont le nom trahit plus de bêtise et de stérilité que vous et moi ne saurions en produire.

« En Marche !  » Ah ? Et vers quoi marcherons-nous ? Vers plus de Capitalisme échevelé ? Vers plus de « flexi-sécurité » qui, quoi qu’on veuille bien le claironner aux oreilles candides, ne constitue en rien le gage de plus de création d’emplois ? D’aucuns diraient que l’art de l’oxymore frise ici l’imbécillité. Et vers qui, marcherons-nous ? Vers le bel hôtel particulier de l’Institut Montaigne ; think tank brillamment réputé pour ses positions éminemment libérales, lequel abrite le siège social du jeune mouvement ?

Quelle est cette dernière hypocrisie, dont seul le truchement de la casuistique jésuite – cette sorte de bienveillance intéressée- et de la détresse d’un Président aux abois conjuguées, voudrait prétendre représenter un chemin pour le pays, tandis que le projet est celui d’une tentative d’étranglement du peuple par une alliance avec le Centre droit en prévision de la prochaine échéance électorale au siège suprême, convoité soit pour François Hollande et pourquoi pas pour soi-même, et sa clique libérale ?

Vous l’aurez compris, la vérité est ailleurs. Or, le courage de la dire n’est guère populaire. Quarante ans de politique de regroupement familial, de convoitise du vote communautaire, de renoncements aux valeurs républicaines telles que la laïcité, de tyrannie de la bien-pensance à l’école, de musellements des Professeurs des quartiers qui alertaient régulièrement la hiérarchie et subissaient en retour menaces et inspections disciplinaires ont conduit à une situation prévisible et sans doute obtenue à dessein : une génération de jeunes non diplômée, laquelle refuse de servir le Capitalisme. Le patronat et l’État n’avaient pas envisagé cette option. Lorsque la France en avait encore les moyens, elle a fait le choix du chômage bien rémunéré contre celui d’un ou du cumul de plusieurs micro-jobs précaires. Que ne s’attendait-on à ce que cette jeunesse-là n’eût guère consenti à abandonner un gras assistanat contre un travail peu rémunérateur ? Que feignait-on d’ignorer que la révolte arriverait tôt ou tard ? À moins d’en vider l’esprit, une loi El Khomri est impensable sur le territoire national.

La menace de la guerre civile par le déchaînement des banlieues la rend inapplicable. Or, de quel choix dispose le Gouvernement ? Que proposera Manuel Valls aux organisations de jeunesse qu’il reçoit plus tard dans la journée ? Sans doute, le maintien du statut de boursier pour les jeunes diplômés jusqu’à l’obtention d’un CDD, voire d’un CDI. Contribuables, préparez votre carnet de chèques ! Pourtant, que personne ne soit dupe, car le nœud gordien n’est pas la jeunesse diplômée mais bien celle qui ne l’est pas ou peu, et disons-le clairement, souvent issue de la diversité ; belle métaphore pour désigner une longue politique migratoire non assumée. Qu’en conclure ? La jeunesse issue de la diversité est-elle au pouvoir en France, puisqu’elle tient l’État en respect ? Le constat est brutal, vérifiable, affligeant. On avait bien tenté de délivrer plus de diplômes au rabais à celle-ci. Vous et moi le savons. Toutefois, quelle que soit l’ampleur du phénomène et le niveau considéré, une seule évidence persiste : Tôt ou tard, la médiocrité se démasque.

Face à de telles errances, en ce début de campagne présidentielle, la Gauche peine à présenter un projet réenchanteur. Émiettée, fracturée, abrutie par des campagnes brutales et incessantes de visions capitalistiques du monde, ses think tank sont à cours de « rêve général ». À l’ère de la numérisation de l’économie, autrement dit, la substitution de l’homme par l’intelligence artificielle pour des millions d’emplois, l’homme devient une variable d’ajustement, une entité ponctuellement exploitable capable de faire prospérer un système. Le capitalisme est en train d’organiser la mort du salariat par l’ubérisation de l’économie, autrement dit, le monde du chaos dans lequel chaque individu autoentrepreneur entrera directement en compétition avec ses pairs spécialisés dans le même domaine d’expertise. Quant à la jeunesse non qualifiée, à laquelle on fait miroiter le rutilant statut d’autoentrepreneur, l’artifice de la duperie est grossier. Les aides sociales cimentent la cohésion nationale. Toute réforme de dégressivité agressive de la pléiade d’allocations conduirait au même piège : la menace de l’insurrection.

Je me suis promenée certains soirs derniers sur la place de la République. Il me semblait que le cœur du monde battait là, sur le pavé parisien. Jambes croisées en tailleur, rouges, jaunes, bleues, bariolées ou soutenant le poids de silhouettes piétinant par grappes ou plus solitaires, et je n’ai pu m’empêcher de songer que la vraie marche était là, jetée devant moi, pleine de réflexions, de rêves d’un autre ordre sur le monde, de refus d’un modèle anthropologique qui avait servi la propriété privée et le creusement des injustices. Là, dans les flaques d’eau brune dans lesquelles miroitait le reflet doré de la lune, gisait la plus vaste entreprise en utopie et son long règne de mensonges. Impardonnable. Incommensurable. Définitivement démasquée.

S’il faut oser définir les paradigmes d’un nouveau modèle anthropologique, tels que ceux-ci visent résolument l’idée de Bonheur et non l’accumulation de biens consuméristes, il faut d’abord que ce mouvement évite l’agrégation de volontés effarouchées recherchant l’affrontement violent avec les forces de l’ordre. Ensuite, il ne serait que trop souhaitable et urgent d’engager les militants des « Nuits debout » à continuer de remplir des cahiers de doléances, non sans s’affranchir de la constitution indispensable d’un système vertical, tel que celui-ci les dote d’un pouvoir représentatif susceptible d’inscrire un débat avec le gouvernement et les corps législatifs. Enfin, commencerons-nous par rédiger le préambule à une nouvelle constitution universelle des êtres vivants ?

PRÉAMBULE
Considérant que l’être humain n’est qu’un maillon de la chaîne des êtres vivants sur la planète,
Considérant que l’homme du troisième millénaire a accumulé assez de richesses et de technicités pour pouvoir assurer la vie de chaque espèce dans la dignité,
Considérant les dégâts écologiques et humains qu’un système économique a perpétrés pendant cent cinquante ans,
Considérant la paupérisation des sociétés au profit d’entités économiques et financières devenues incontrôlables, et observant une connivence au plus haut niveau des États,
Considérant la négation de la volonté de chaque peuple à pouvoir participer à la vie politique de sa nation à un niveau décisionnaire,
Considérant un Conseil des États européens fonctionnant indépendamment de la volonté des peuples en constituant l’espace, et observant la préservation d’intérêts particuliers aux dépens de l’intérêt général,
Considérant un système exécutif français tyrannique permettant de nier la représentation nationale par le refus d’une proportionnelle intégrale à l’Assemblée nationale,
Considérant des pouvoirs exécutifs autorisant un seul homme à s’arroger des droits souverains contre l’expression démocratique,
Considérant que les gouvernements successifs de la Ve république ont apporté plus de misère au sort commun d’une génération à la suivante,

Article premier
Tous les êtres vivants ont un droit inaliénable à la liberté, à vivre dans la dignité effective et à jouir d’une planète préservée au sein de leurs espaces nationaux respectifs.
Si la grandeur de la France a conservé quelque vertu, c’est celle d’inspirer aux Nations son esprit universel. Une lumière, au bout d’un voyage au bout de la Nuit. Si la providence s’en mêle, Françaises, Français, le reste demeure à écrire.

Mylene Doublet-O’Kane

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Notifiez de
Clamp

Merveilleuse nouvelle approche du phénomène, éprise de compréhension et de profondeur, qui se développe à pas feutrés dont le murmure finit quand même par révéler doucement la direction.

Eh oui, n’oublions qu’ils sont presque tous encore des enfants, avant d’être les instruments d’un système, ils en sont les victimes ; il leur a vendu du rêve, et ils en veulent encore d’avantage.

Moi aussi j’ai un cœur d’enfant Mylène, moi aussi j’attends la fin de la nuit, et cette lueur qui fait frémir le jour depuis l’horizon, je la retrouve dans vos mots si finement mesurés, si vibrants d’espoir, si captivants.

Je vous remercie avec émotion.

Et si la providence s’en mêle, alors nous vaincrons la nuit.

meulien

commencons par supprimer les subventions a tous et nous en reparlerons

J’étais hier place garibaldi pour le mouvement Nuit debout . Il est bien d’encourager ce mouvement citoyen de jeunes et moins jeunes .nous faisons la même chose avec notre mouvement  » vouloireagir.org »

Pourquoi donner un titre aussi prestigieux que « Voyage au bout de la nuit » , meilleur ouvrage contemporain de « Ferdine » Céline à une manifestation aussi médiocre…autorisée par une Préfecture qui n’ose pas dire « NON » ?!
Les manifestants, pour la plupart caucasiens « bien de cheu nous » sont un exemple de faiblesse de notre démocratie mourante….Des blancs bien nourris qui sont manipulés par l’extrême gauche qui n’a qu’une idée en tête : leur disparition…. Tous ces zigotos ne sont que des futures ( ce soir !?!?) targets pour les AK 47 tapies dans l’ombre entre les mains des « pépites » (couvées par la gauche et tolérées par une droite lâche) à qui l’on cède tout depuis la fin de la guerre d’Algérie !!!