Voyage dans la tête d'un intégriste égyptien*

J’ai discuté longuement avec un frère musulman, sa dernière année de médecine bientôt achevée, il est un étudiant comme tous les autres. Ni barbe, ni gandoura et parlant l’anglais couramment.
Voici un résumé de notre discussion. No coment .
Comment es-tu devenu frère musulman ?
Mes camarades, frères musulmans, m’ont éclairé et orienté vers le droit chemin. On a commencé à prier ensemble dans la mosquée de la faculté, se rencontrer à l’extérieur pour réviser et adorer Allah. J’étais alors en deuxième année de médecine.
As-tu délaissé tes anciennes habitudes ?
Oui j’ai cessé d’aller au cinéma, et d’assister aux concerts. Pas de télé, ni de foot. Je me suis consacré à mes études et à la lecture d’ouvrages religieux.
Comment vois-tu la crise égyptienne ?
Le pouvoir d’Allah est la seule solution. L’Egypte deviendra ainsi un Etat islamique, appliquant la loi divine, une fois ce rêve réalisé, nous ferons tout pour rassembler tous les pays islamiques dans un seul grand Etat.
Penses-tu que l’étudiant pakistanais en médecine est plus proche de toi que l’étudiant copte égyptien ?
Evidemment, nous sommes des frères en islam et c’est la chose la plus importante dans cette vie temporaire
Mais l’étudiant égyptien vit avec toi, il parle la même langue que toi, en plus il a les mêmes problèmes ?
J’ai le sentiment que le copte est très différent de moi.
Le pakistanais est-il identique à toi ?
Non pas vraiment, mais l’islam nous rassemble.
Ta patrie c’est l’Egypte ou la communauté islamique ?
Mon pays c’est l’Egypte, mais je crois que le grand Etat islamique est plus noble, plus glorieux, et plus puissant voire le seul moyen pour être une puissance mondiale
Accepterais-tu la disparition de l’Egypte avec toute son histoire, sa dissolution dans l’Etat islamique ?
Pourquoi pas ? L’histoire dont tu parles est dans sa globalité une histoire païenne odieuse. Ce patrimoine pharaonique n’est ni nécessaire ni important. Je déteste ces vestiges.
Voudrais-tu les détruire ?
Pas à ce point. En ce moment, c’est un gagne-pain pour certaines personnes. Mais une fois un Etat islamique militairement et économiquement puissant instauré, ces ruines deviendront inutiles.
Mais le monde entier considère la civilisation pharaonique comme le début de toute civilisation ?
L’histoire commence avec l’apparition de l’islam. Tout le reste n’a aucun intérêt.
Comment conçois-tu la situation des coptes sous l’Etat islamique futur ?
Ils vont pouvoir vivre avec nous, mais ils ne devraient pas dépasser les limites. Nous pourrons bien les encourager à quitter l’Egypte. Ils pourront faire leurs prières, néanmoins, ils devront être discrets. Qu’on n’entende rien de cela.
Peux-tu prendre un copte comme ami ?
Jamais. Je ne lui adresse la parole que dans une nécessité absolue.
Comment vois-tu l’application de la charia islamique ?
La loi d’Allah est claire, son application immédiate est un devoir pour tous les musulmans.
Tu veux qu’on coupe la main aux voleurs par exemple ?
Oui mais je laisse ces questions délicates aux théologiens de notre association.
Que penses-tu de certains théologiens qui avancent que les punitions corporelles islamiques ne sont plus une nécessité aujourd’hui ?
Je laisse la parole à nos tuteurs, les leaders de l’association des frères musulmans.
Quelle est ton opinion sur l’instruction de la femme ?
Elle peut s’instruire, mais hormis pour exercer quelques professions comme enseignante, infirmière, ou médecin, l’enseignement universitaire est inutile pour elle. Prendre soin de son mari et s’occuper des enfants est la fonction principale de la femme.
Et le voile ?
Je ne suis pas contre le voile intégral même si je ne le trouve pas nécessaire. Mais le hidjab est une obligation de base. Il faut interdire la mixité sur le lieu de travail, à l’école, dans la rue. Faire reculer la mixité par tous les moyens.
Es-tu pour l’utilisation de la force pour imposer tout cela ?
Je crois qu’on doit commencer par prêcher la bonne parole, expliquer, sensibiliser, mais je laisse la manière de l’application à nos cheikhs.
Et l’excision ?
Dans ma famille on ne pratique pas l’excision. Mais la question est déroutante. Certains théologiens sont pour, et certains professeurs à la faculté sont hostiles à l’excision. Mais les professeurs restent muets dans leur majorité sur la question. En général, j’obéis aux chefs des ‘frères musulmans’: s’ils disent que l’excision est mauvaise, je serais contre. S’ils voient que c’est une bonne pratique, je serais favorable.
Selon toi, quel serait le nombre raisonnable d’enfants pour une famille égyptienne ?
Moi, je n’ai qu’une sœur. Chez moi on est pour ‘la petite famille’, mais je crois que mes parents sont dans l’erreur.
Donc, tu veux fonder une grande famille ?
Oui, comme communauté musulmane, nous devons être plus forts que tout le monde.
Mais la suprématie n’a rien à voir avec le nombre. Un petit nombre bien éduqué pourrait construire une grande nation !
Le grand nombre n’empêche ni l’éducation ni La suprématie. Grosso modo, je prends ce qu’Allah me donne, je n’interviens pas contre sa volonté.
Mais tu peux espacer les naissances et limiter le nombre ?
Non je ne crois pas. Ce problème ne se pose pas aujourd’hui, car je ne suis pas marié encore.
Veux-tu me parler un peu de ta famille ?
Mon père est directeur d’une banque, ma mère médecin au ministère de la santé, ma sœur étudiante à la faculté de lettres.
Sont-elles voilées ?
Ma mère non, mais ma sœur l’est.
* ‘El missri el youm’, quotidien égyptien, 27/05/2009
* Traduit de l’arabe par Hamid Zanaz
*Titre proposé par le traducteur.

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