Welcome in New York : Ni Abel Ferrara, ni l’instrumentalisation de l’antisémitisme d’Anne Sinclair

Publié le 29 mai 2014 - par
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hollande-dskComme je l’avais indiqué, j’ai vu le film « Welcome In New York » de Abel Ferrara et mon avis est le suivant : Il est clair qu’Abel Ferrara a pris le parti de rendre les avatars de DSK et Anne Sinclair les plus détestables possibles, et que pour cela il a ajouté une phrase extrêmement troublante dans le film « «Tout le monde sait ce que ta famille a fait pendant la guerre. 1945 ? Une très bonne année ! » lance Devereaux à Simone en insinuant que les juifs, et à tout le moins, le père de Simone, avatar d’Anne Sinclair aurait été un complice avec les spoliateurs, avec les SS…. c’est clairement diffamatoire.

http://ripostelaique.com/je-naime-pas-que-dsk-sinclair-utilisent-lantisemitisme-pour-salir-un-film-qui-leur-deplait.html

On ne sait pas comment, on ne sait pas d’où ça sort, et le film est mystérieux la dessus, on n’en saura pas plus… on ne peut qu’imaginer que ce type était la pire des crapules qui se serait enrichie sur le dos des morts, des gazés…

Dans la réalité, c’est une totale inversion de ce qui leur est arrivé pendant la guerre, puisque c’est le père d’Anne Sinclair qui a été spolié et qui a dû fuir le nazisme, et si d’autres personnes ont été spoliées et gazées pour être sûr qu’elles ne reviennent plus réclamer leurs biens, c’est bien les juifs.

En gros, dans le scénario de Ferrara, on aurait affaire à des juifs diaboliques, ex associés de nazis, qui préparent la conquête du pouvoir en France depuis 70 ans…. Une sorte de « candidat Mandchou ».

Abel Ferrara, argumentera facilement que le film n’est qu’une fiction, et qu’il est libre d’imaginer ce qu’il veut en sa qualité d’artiste, dès lors que DSK et Anne Sinclair ne servent que d’inspirateurs, mais que dans le film, ce n’est pas DSK mais Devereaux (pas un nom juif à ma connaissance…) ni Anne, mais Simone.

C’est une réponse assez facile, et dès lors, on peut effectivement s’interroger sur ses fantasmes et arrières pensées…

La question est alors : qu’est-ce qu’au final on retient du film ? Les dix secondes de dialogues mystérieux, ou les deux heures indépendantes de ces 10 secondes ?

Pour ma part, il est évident qu’à la fin du film, j’avais totalement oublié ces dix secondes de fiction, pour lesquelles je n’aurai même pas cherché à trouver le sens caché, si Anne Sinclair n’avait pas attiré la polémique dessus.

Cela ne veut pas dire que des personnes clairement antisémites et mal intentionnées, des « soraliens » par exemple, ne vont pas essayer de s’appuyer dessus. C’est tout à fait possible…. A condition aussi de supposer que beaucoup d’entre elles, soient intéressées et prêtes à payer pour voir le film, ce qui est beaucoup plus improbable[1]…

J’aurai toutefois préféré qu’Anne Sinclair proteste en disant que ce film n’est en rien conforme à la vérité de ce qu’ils ont vécu, sans utiliser l’argument massif du « film antisémite » qui fait appel à une critique beaucoup plus large et lourde de sens, et où ils ne sont plus ‘les seuls concernés’.

Car de l’autre coté, ce qui ressort du film, qu’on ne pourra pas enlever et qui est vrai, c’est le fait que DSK et Anne Sinclair, sont des Supers Privilégiés, et que dès lors il peut être très énervant pour le commun des mortels de les voir se présenter en victimes, ce qu’ils ne sont pas. C’est le moins qu’on puisse dire.

S’ils avaient « vraiment » été des victimes, et notamment victimes d’antisémitisme, Anne Sinclair n’aurait jamais présenté 7 sur 7 avec succès pendant des années, et DSK n’aurait jamais été Ministre des Finances et Directeur du FMI. Ils n’auraient jamais eu les moyens d’avoir la vie qu’ils ont.

Alors que de par leurs opinions politiques, ils prônent constamment, ‘la tolérance’ et le ‘vivre ensemble’, tout le monde a pu constater qu’ils ne le pratiquent pas, que ce soit dans les bons moments, ou dans la tempête (sinon, DSK, n’aurait négocié qu’une cellule de luxe à Rykers…).

Ils n’ont pas partagé leurs bonheurs et avantages avec la communauté juive ou avec quiconque, ils n’ont pas lui faire partager leurs problèmes. Chacun de ses membres, comme tous les français ont largement assez à faire avec les leurs, qui peuvent être beaucoup plus préoccupants.

La situation dans laquelle ils se sont trouvés : ils en sont responsables : elle n’est pas liée à leur judaïté.

Ce faisant, en appuyant sa défense sur l’antisémitisme, réel ou supposé de Ferrara, qui englobe nécessairement toute la communauté juive, Anne Sinclair renvoie comme image que tous les juifs sont des enfants gâtés qui ne supportent pas la moindre critique et le moindre reproche. C’est désastreux.

C’est là-dessus que surfe Dieudonné, et que prospère l’antisémitisme à haute dose.

Anne Sinclair ne s’en rend même pas compte… elle n’y a probablement même pas pensé….car elle vit dans sa bulle à des hauteurs stratosphériques loin du commun des mortels,… sûre de son bon droit.

De fait, elle renvoie une image de la communauté juive tout aussi fausse que celle de Ferrara…

Entre la frustration d’Anne Sinclair, et empêcher l’atteinte à l’image de la communauté juive : je choisis la communauté juive.

Stéphane HADDAD

[1] Dès lors, il me semble qu’il aurait peut-être été plus judicieux de les laisser eux mêmes sortir ces inepties et puis éventuellement de les attaquer, en démontrant qu’ils s’appuient sur un film qui a un côté totalement faux et fictif sur cet aspect que de soi-même tomber dans le piège de faire le buzz là-dessus…ça se discute, et on ne connaîtra jamais l’autre solution, puisque Anne Sinclair et DSK ont fait le choix de prendre la main sur le buzz, qui d’ailleurs n’a contribué qu’à la promotion du film, disponible uniquement sur Internet…(combien de personnes sont elles réellement intéressées et vont vraiment payer pour le voir ?)

 

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