Youssef Hindi : l’appel à la théocratie et l’exclusion de la laïcité (2)

Publié le 22 juin 2017 - par - 5 commentaires
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III] L’appel à la théocratie et aux chrétiens 

Écartons de suite une monstruosité historique (page 137). Je dis monstruosité car c’est un discours idéologique qui n’a pas plus de consistance que le meurtre de Napoléon par les Anglais à Sainte-Hélène ou que l’existence des sorcières diaboliques. Selon l’auteur, les Jeunes Turcs seraient des dönmeh (marranes turcs) issus des sabbatéens. Or, personne n’a apporté la preuve que les Jeunes Turcs étaient tous des juifs apostats. Seuls Talaat Pacha l’était car il le revendiquait ouvertement, ainsi que Djavid Bey et le Dr Nazim (voir l’œuvre monumentale d’Arthur Beylerian aux Publications de la Sorbonne). C’est pourtant une thèse en vogue notamment chez certains pseudo-intellectuels de la droite antisémite. Mais les musulmans n’ont pas attendu le gouvernement Jeune Turc pour massacrer dès 1895 200 000 arméniens à Adana. 200 000 d’un seul coup. M. HINDI devrait regarder la réalité.

Selon l’auteur, tout le mal en Terre d’Islam (et ailleurs !!!) viendrait de l’abolition du Califat.

Je rappelle juste au passage que Daesh voulait le rétablir…

  1. HINDI se lance alors dans une apologie de la théocratie.

Et pour se donner bonne conscience vis-à-vis des chrétiens, il va nous donner une leçon d’histoire occidentale à partir de la page 156 en essayant de nous monter qu’il en fut de même en Occident.

Il va alors se prendre pour saint Thomas d’Aquin en nous expliquant que l’on n’a rien compris à Matthieu XXII 15-22: « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » C’est sur cette phrase du Christ que repose en Occident la séparation du spirituel et du temporel. L’auteur prétend que les chrétiens reconnaissent la primauté du spirituel sur le temporel et que l’on a mal compris ce que voulait dire le Christ. Alors je renverrai M. Hindi à un excellent commentateur de saint Thomas (à défaut de lire le Docteur des docteurs lui-même), le père TOURON qui écrivait en 1763 dans son hommage à saint Thomas, pages 20 et 21: « Saint Thomas nous a déjà dit que la puissance spirituelle ne peut rien sur la puissance temporelle des Princes, soit fidèles ou infidèles, que la puissance séculière n’est soumise à la puissance spirituelle qu’en ce qui regarde le salut de l’âme ; en quoi il faut plutôt obéir à la puissance spirituelle qu’à la puissance séculière. Et dans ce qui regarde le bien temporel et civil, il faut plutôt obéir à la puissance séculière qu’à la puissance spirituelle, selon ces paroles qu’on lit dans saint Matthieu : “Rendez à César ce qui est à César. »

Dans les faits, le royaume de France ou les autres royaumes européens n’ont jamais été des théocraties. Les papes ont abdiqué très tôt leur volonté de mettre les Princes à la raison. Nous ne sommes pas en terre d’islam. M. Hindi est très nostalgique d’un passé qui n’a pas existé en Occident (page 177). On ne peut rien pour lui.

A la fin de la page 186, l’auteur fait un très clair appel du pied aux chrétiens pour qu’ils s’unissent à l’ennemi identifié : le juif.

  1. Hindi, n’a pas compris que l’islam est incompatible avec le christianisme. Car il est trop ignorant sur ces sujets. Il s’était déjà fourvoyé sur le Talmud (qu’il ne sait pas dater) dans son premier ouvrage et sur la Gnose qu’il estime dualiste, ce qui est une erreur gravissime.

Or, ces connaissances sont fondamentales quand on veut venir sur ce terrain.

Alain Pascal, le maître de la Gnose, démontre de façon indiscutable que l’islam et le judaïsme du Talmud et de la Cabale (et non celui de la Torah originelle) sont des monismes alors que le christianisme est dualiste en ce sens qu’il sépare très clairement le Créateur du Créé (La Guerre des Gnoses, Volume I pages 23, 160 et 262 et Volume II pages 23, 29, 46 et 50). Il y a donc incompatibilité entre l’islam et le christianisme.

La thèse de M. Hindi est simpliste : il y a un complot millénaire des juifs pour pousser les musulmans et les chrétiens les uns contre les autres au bénéfice d’Israël. L’argument massue est l’alliance objective actuelle entre les wahhabites, les anglo-saxons et Israël. Je ne nie pas cette alliance qui saute aux yeux. Mais elle n’a même pas un siècle. Pourquoi alors cette pensée millénariste qui ne repose sur aucune démonstration ?

Qu’il est étrange que M. HINDI n’ait pas remarqué tout ce qui rapproche l’islam du judaïsme.

Il suffit de regarder cinq puissants points communs et ce ne sont pas des détails :

  • La mutilation sexuelle que représentent la circoncision et à un moindre titre l’excision, car elle n’est pas pratiquée par les juifs (sauf les falachas) et peu chez les musulmans, encore que les malikites salafistes la recommandent comme parallèle de la circoncision (khifad) ;
  • L’abattage rituel qui consiste à égorger le bétail sans étourdissement ;
  • L’obsession de la pureté qui remplit des centaines de pages des hadiths et du Talmud avec le point culminant des développements surréalistes et risibles sur la femme menstruée ;
  • La pédophilie qui n’est bien un problème que pour les Occidentaux. Le prophète a donné l’exemple et les mariages avec des filles de dix ans est chose courante au Moyen-Orient. Quant au Talmud, il avait fixé la majorité sexuelle à 3 ans pour les filles et 9 pour les garçons ;
  • L’esclavage. Dans son étude sur l’esclavage en Afrique, le chercheur français Olivier Pétré-Grenouilleau a chiffré à 42 millions la traite négrière. 11 pour la traite atlantique dans laquelle les armateurs juifs ont largement pris leur part, 14 pour la traite intra-africaine et 17 pour la traite arabo-musulmane à laquelle les Occidentaux ont mis fin.

IV] La laïcité : un concept kabbalistique.

Le troisième ouvrage, La Mystique de la Laïcité, traite de la laïcité. Ou prétend traiter le sujet. C’est un prétexte pour évacuer ce concept pourtant fondamental en Occident.

L’auteur aurait pu définir ce qu’est la laïcité, notion avant tout chrétienne (voir première partie). Évidemment, difficile pour un théocrate musulman. De plus, l’étude de la laïcité est restreinte à la France. Mais si les juifs, car c’est de cela dont il s’agit, avaient voulu imposer leur dogme kabbalisto-laïc dans le monde entier, l’étude aurait dû avoir une autre ampleur. Qu’elle n’a pas, tant ce contenu est pauvre.

Le chapitre 2 est du recyclage de Scholem et Novak sans aucune idée neuve.

Et on y charge la franc-maçonnerie qui est à cette époque majoritairement chrétienne.
Avant d’arriver au centre de l’ouvrage qui accumule les contrevérités. Là, nous comprenons que l’auteur n’a lu ni le Talmud ni la kabbale.

Pompeusement, l’auteur va nous expliquer les origines de la religion républicaine. Et c’est un festival d’âneries : la kabbale du XIIIe siècle est tout sauf messianique, le midrash tehilim est un midrash, donc il n’est par définition pas dans le Talmud. Si les frankistes intègrent la noblesse européenne, l’auteur est bien incapable de démonter leur rôle dans l’évolution politique et sociale. Et tous les kabbalistes seraient plus ou moins frankistes. Quelle idiotie.

Pour Youssef HINDI, l’hirondelle fait le printemps. Dans son premier ouvrage, l’auteur a trouvé l’hirondelle dönmeh. Dans le second, l’hirondelle américano-siono-wahhabite. Cette fois-ci l’hirondelle se nomme Junius Frey. « Une hirondelle ne fait pas le printemps non plus qu’un seul beau jour » (Aristote, Éthique à Nicomaque, 1098a, Œuvres complètes, Flammarion, page 1987). Junius Frey occupe un haut de page de l’Encyclopedia Judaica dans les articles que Scholem a rédigés pendant 50 ans pour elle. Son rôle historique est nul.

Et lorsque l’auteur nous parle de kabbale chrétienne, il omet les travaux de François Secret qu’il ne connaît pas.

L’auteur mélange tout et se permet page 84 de nous parler de source messianiste dans le Talmud et des coquilles (qelipot) de la kabbale, image très symbolique à laquelle il n’a rien compris (page 92).

Car il a réussi ce tour de force de nous parler de la kabbale sans jamais citer le Sefer Yetsirah, le Bahir ou le Zohar. Ni aucun passage de Louria.

Dans le dernier chapitre, l’auteur s’appuie sur Buisson et Peillon, deux nains politiques. Ce pauvre Peillon est devenu un maître kabbaliste !!!

Or, il faut replacer les études kabbalistiques dans leur actualité.

Scholem lui-même dit que Sabbatai Tsevi était un malade mental, que le contenu de sa doctrine était religieux avant d’être politique, qu’il faisait impression sur des esprits faibles et que les frankistes ont disparu vers 1860 (La kabbale, Folio-Gallimard, 2003, pages 381, 396, 415 et 433).

Par ailleurs, les études sur la cabale ont été renouvelées.

L’auteur aurait dû savoir que les leçons de Louria ont eu une diffusion confidentielle, que le lourianisme et le sabbataïsme professent des messianismes totalement opposés, que Louria ne parle jamais d’expulsion et que Scholem, militant politique fasciné par Sabbatai Tsevi, n’a jamais réussi à démonter ses liens avec la kabbale proprement dite (Moshe Idel, La cabale: Nouvelles perspectives 1988 Cerf pages 492, 495, 505-507).

Il aurait dû savoir aussi que la fécondation de la kabbale par le messianisme n’est pas prouvée, que c’est plutôt Aboulafia qui a influencé Sabbatai Tsevi, que le mouvement de ce dernier est avant toute religieux et non politique, Et surtout que la christologie a une influence évidente sur le sabbataïsme. (Moshe Idel, Mystiques messianiques, 1998, Calmann-Lévy, pages 221, 264, 287, 293, 295, et Yehouda Liebes, Sabbatean Messianism, 1995, pages 4-20 et 93-106).

Une fois de plus, l’auteur, idéologue de l’islam, s’est attaqué à un sujet difficile qu’il ne maîtrise pas.

Un autre exemple : confondre à la page 115 l’Émancipation juive, ou Haskalah, avec l’Aufklärung, mouvement allemand des Lumières est impardonnable pour un prétendu spécialiste de l’eschatologie messianiste et présenté comme tel.

A déconseiller aux initiés, sauf s’ils veulent rire.

Pour les autres, ils ont le droit de rire aussi.

Patrick Leprince

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Notifiez de
Nemesis

Les spécialistes de ces questions le sont trop pour moi …
La seule chose qui m’importe c’est que la religion musulmane est une horreur et une honte. Elle engendre le sectarisme, le désir de tuer et de massacrer, l’obscurantisme et la main mise sur d’autres humains par le Califat et la Charia. Aucun respect pour les autres humains, aucune hauteur d’esprit et aucune humanité, que de la haine, de la méchanceté et du mépris. L’horreur absolue ! A interdire dans nos pays civilisés.

Laurent Barre

Merci pour cet article plein d’informations échappant à ceux qui ne sont pas spécialistes.

markosorix

Ils font tout pour justifier leur petit amour pour le halal.

galaf

Btavo pour avoir débusqué si précisemment cet imposteur doublé d’un sémite antisémite dont personnne n’aurait entendu parler sans la complicité d’un certain Vernochet dont personne n’aurait entendu parler sans la complicité d’un certain Soral , fourvoyés dans l’islamophilie béate.

Patrick Leprince

On ne peut pas mieux dire !