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Yuriy : encore une victime, parce que Blanc, de l’immigration africaine

À propos du lynchage – très vraisemblablement raciste – du petit Blanc Yuriy, d’origine ukrainienne et qui en gardera des séquelles durables tant sur le plan physique que psychologique, le maire du 15e arrondissement – Philippe Goujon – s’est exprimé sur une chaîne d’informations en continu, déplorant la violence qui règne dans le quartier de Beaugrenelle depuis quelque temps. Pour monsieur le maire, « quelque temps » signifie-t-il des décennies ? Je m’explique…

Nous sommes en 1983 et, débarquant de la cambrousse sarthoise et de mon internat catholique, je fais ma rentrée de cinquième au collège Guillaume Apollinaire, dans le 15e arrondissement de Paris. Initialement, je devais aller au collège Camille Sée, plus près de chez moi. Mais à cause de complications administratives, je me suis retrouvé au pied des tours de Beaugrenelle, qui s’illuminent la nuit comme à Manhattan. Et dont les amateurs de cinéma français se souviendront sûrement puisque c’est là que Jean-Paul Belmondo – alias l’inspecteur Letellier – règle ses comptes avec un tueur en série, dans Peur sur la ville, d’Henri Verneuil.

Très vite, je comprends que ce quartier est aux mains d’une bande issue de l’immigration africaine, depuis le Maghreb jusqu’à l’Afrique subsaharienne. Cette bande habite majoritairement la rue des Quatre-Frères-Peignot, à une cinquantaine de mètres de mon collège. François Mitterrand règne sur la France et la politique de l’excuse exotique bat son plein. Ces petits « anges », qui agressent déjà les proies faciles pour les dépouiller de leurs biens ou juste les frapper, jouissent d’une délectable impunité…pour eux, pas leurs victimes ! On peut alors presque parler d’immunité diplomatique…

Pour être parfaitement honnête, certains collégiens et lycéens – pas la majorité ! – de cette rue n’ont que l’ambition de réussir leurs études et s’insérer. Le voile islamique n’est pas encore non plus à l’ordre du jour et de belles jeunes filles du Maghreb n’hésitent pas à déployer leur superbe chevelure et leur décolleté. Toutes choses auxquelles je ne suis pas insensible et que je découvre après deux années passées dans un établissement où ces sortes de tenues – bien sages au regard de ce que l’on peut voir aujourd’hui – n’étaient pas autorisées.

Petite anecdote en passant : lorsque, dans la cour de mon nouveau collège, deux camarades ont prononcé le mot de « porte-jarretelles », j’ai naïvement cru qu’il s’agissait d’une porte du périphérique parisien comme la porte d’Orléans. Je ne vous raconte pas les moqueries qui s’ensuivirent !

Revenons à nos moutons…

La rue des Quatre, comme on appelait familièrement la bande qui y sévissait à l’époque, n’était pas la seule à venir squatter le centre commercial de Beaugrenelle, son esplanade et ses rues environnantes. Ceci pouvait occasionner des rixes, dont il fallait vite s’éloigner, sauf à vouloir se faire démolir le portrait. Parfois, une bande de skins débarquait pour rétablir un certain équilibre. Là, la police intervenait manu militari. Parce que c’était grave, déjà, l’extrême droite ! Par contre, lorsqu’il s’agissait de ce qu’on n’appelait pas encore la diversité, un certain laxisme était notable. Laxisme, je n’en doute pas, commandé par les autorités pour l’ensemble de la ville. Ceux qui ont connu le Paris des années 1980 se souviennent peut-être de ce qu’était le Forum des Halles la nuit : une cour où le seul miracle c’était de le traverser sans encombre !

Me fondant à l’époque assez facilement dans la masse, je n’ai jamais eu d’ennuis sérieux dans ce quartier de Beaugrenelle. Quelques échanges parfois musclés, tout au plus, entre gamins que nous étions : on donnait des coups, on s’en prenait, mais ça ne se finissait pas aux urgences. Je me souviens cependant d’une fois où j’ai été convoqué pour avoir osé résister à deux agneaux de la diversité qui se proposaient de me taper dessus dans un escalier du collège pour une raison obscure. Ce fut ma première – et pas la dernière – expérience avec le deux poids, deux mesures. Pour parler poliment, je m’en suis pris plein la tronche par une sous-directrice revêche, avec menaces de renvoi.

Je me souviens aussi de ce jour de décembre 1986 où nous avons été obligés de passer une heure dehors dans le froid parce que les enseignants avaient décidé de ne pas faire cours pendant une heure, en hommage à Malik Oussekine, étudiant tué par une équipe de voltigeurs quelques jours plus tôt. Mais nous n’étions pas descendus pour commémorer les victimes d’attentats qui avaient émaillé cette année 1986 ; et dont celui du magasin Tati, rue de Rennes, le 17 septembre, avait été le plus effroyable. Des attentats qui avaient provoqué une véritable psychose : nos parents nous interdisant de fréquenter les endroits où il y avait beaucoup de monde. Ce qui, vous en conviendrez, est assez difficile pour des adolescents vivant à Paris…

Le pauvre Yuriy – auquel j’adresse tout mon soutien ainsi qu’à sa maman, laquelle fait preuve d’un grand courage et d’une impeccable tenue, là où d’autres parents auraient légitimement hurlé leur rage – a donc été victime d’un laxisme durable et d’une préférence aussi : celle de la diversité, forcément immaculée par ses souffrances, qu’on nous rabâche à longueur de temps, quitte à s’arranger avec les faits historiques.

Des Yuriy, il y en a eu avant, il y en aura après. Sauf si les Français s’émancipent enfin de ce pouvoir qui ne les protège plus depuis longtemps et les méprise désormais ouvertement. Emmanuel Macron, du temps où il était ministre de l’Économie, aurait-il, par exemple, osé traiter les habitants du Val Fourré – à Mantes-la-Jolie dans les Yvelines – d’illettrés, comme il s’est permis de le faire à propos de femmes employées dans l’abattoir Gad de Lampaul-Guimiliau, dans le Finistère ?

Yuriy a ainsi payé les accommodements et renoncements avec la diversité africaine depuis quarante ans. Il a aussi payé la haine entretenue du Blanc. Chateaubriand écrivait : « Ce n’est pas tuer l’innocent comme innocent qui perd la société, c’est de le tuer comme coupable. » Car, en effet, dans l’esprit dégénéré de certains qu’on ne nommera pas, Yuriy était ontologiquement coupable d’être Blanc…

(Et si jamais ce sont des adorateurs d’Odin blonds aux yeux bleus qui ont agressé, Yuriy, je ferai mon mea culpa. Mais, c’est peu probable !)

Charles Demassieux