Zemmour : de Gaulle dénonce le Brexit avant le Brexit

Zemmour, le journal de campagne 8 : « Le général de Gaulle a toujours refusé l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun. En 1967, le Général avait réitéré son rejet sans hésitation. On ne peut comprendre les raisons qui ont poussé Georges Pompidou à parrainer l’entrée de la Grande-Bretagne dans la CEE le 23 avril 1972 si on ne connaît pas celles qui avaient incité le Général à leur claquer la porte au nez, car ce sont les mêmes, retournées comme un gant. Dans cette affaire, Pompidou agit contre de Gaulle.

Le Général considérait que les intérêts de l’Angleterre et du Marché commun étaient contradictoires.

Les Britanniques ont l’habitude de s’approvisionner en produits venus du monde entier, alors que le Marché commun repose sur la politique agricole commune qui permet à l’agriculture française de nourrir ses voisins. Les Britanniques sont, depuis le XIXème siècle, de farouches partisans du libre-échange, alors que le Marché commun est protégé par un tarif extérieur commun, symbole d’une préférence communautaire.

« Sans la PAC et le tarif extérieur commun, il n’y a plus d’Europe« , prédisait de Gaulle à Peyreffite. Or, Pompidou accepte que les Anglais conservent leurs échanges avec le Commonwealth, alors que l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun coïncide avec le début des grandes négociations commerciales avec les Américains qui abattront résolument toutes les barrières douanières de l’Europe.

Churchill avait prévenu de Gaulle à la fin de la guerre : « Entre le Grand large et le continent, nous choisirons le Grand large. » Lord Macmillan avait averti de Gaulle, dès son retour au pouvoir en 1958 : « Ne faites pas l’Europe, ce sera comme le Blocus continental de Napoléon. Ce sera la guerre ! »

C’est en écho à cette phrase de Macmillan que Pompidou a aboli le veto du Général pour montrer que l’Europe du Général n’est plus. Il voulait instaurer une nouvelle Entente cordiale avec les Anglais.

Il croit alors bénéficier des bonnes grâces du protecteur américain pour une France affaiblie.

Il s’est résolu à dévaluer le franc, ce que de Gaulle avait refusé. Il souhaite apaiser les tensions avec les Anglo-Saxons. Pompidou recherche l’amitié anglaise et américaine. De Gaulle rêvait d’utiliser le Marché commun comme le levier d’Archimède de la puissance française, ce qui aurait restauré son imperium perdu à Waterloo. Une Europe des Six, dirigée par la France, troisième Grand aux côtés des USA et de l’URSS.

Sa vision carolingienne de l’amitié franco-allemande est consacrée en grande pompe par le traité de 1962 et par la messe avec Adenauer à la cathédrale de Reims. De Gaulle avait une conception de l’amitié en politique qu’il tenait de Richelieu. Le dernier à s’être référé à l’empire de Charlemagne était Napoléon.

Quand on évoque les relations entre la France et l’Angleterre, l’Allemagne n’est jamais loin. Richelieu se joua des divisions des princes allemands pour imposer la domination française sur le continent.

Le philosophe allemand Peter Sloterdijk a saisi l’intention impériale du Général De Gaulle lorsqu’il explique que « la surévaluation de la fonction présidentielle ne produit de sens au bout du compte uniquement si l’on suppose que l’Élysée voulait être une Maison Blanche européenne, ou encore pour faire appel à des modèles plus proches, un objet intermédiaire entre Versailles et Bayreuth« .

Où l’élection du président au suffrage universel direct et l’arme atomique remplaçaient le sacre à Notre-Dame et la Grande Armée. Mais Sloterdijk se trompe lorsqu’il affirme que de Gaulle veut interrompre le funeste enchevêtrement mimétique entre Français et Allemands. De Gaulle veut  imposer la tutelle de la France à une Allemagne vaincue et divisée. Il a toujours considéré que les deux guerres mondiales n’avaient été qu’un seul et même conflit, qu’une « guerre de Trente Ans » perdue par l’Allemagne et par la France.

De Gaulle se pose en tuteur d’une Allemagne fédérale amputée de sa partie prussienne (devenue RDA communiste), comme Napoléon fut le protecteur de la Confédération germanique après qu’il eut détruit le Saint Empire romain germanique et avant de dépecer la Prusse.

Konrad Adenauer, francophile né à Cologne, qui avait jadis été membre des « jeunesses rhénanes » favorables au rattachement à la France, se soumit de bonne grâce au traité d’amitié.

Mais les Allemands, travaillés par les Américains, et leur complice Jean Monnet, ajoutèrent en 1963 un préambule rappelant la prééminence de l’alliance américaine et de l’appartenance à l’OTAN.

Les députés ouest-allemands souhaitaient éviter de répéter l’erreur des alliances « avec le plus faible », l’Autriche en 1914 et l’Italie en 1940. Ils se donnèrent au jeune séducteur, Kennedy venu leur chanter sa romance : « Ich Bin ein Berliner. » (Je suis un Berlinois) Fureur du Général de Gaulle : « Les Allemands se sont conduits comme des cochons ! Les traités, c’est comme les roses et les jeunes filles, ça dure ce que ça dure. »

Il se tourna alors vers les Russes pour ressusciter à son tour la vieille alliance de revers (de Tilsit au traité franco-russe de 1892) qu’il maquilla en « détente, entente, coopération ».

Pompidou met un terme à cette politique grandiose. Il s’entend mal avec le chancelier Willy Brandt. Il commence à craindre la menace de la puissance économique allemande et il cherche avec l’Angleterre un contrepoids. C’est le retour du classique équilibre des puissances cher à Talleyrand qui succède comme en 1815 à la vision carolingienne du Général de Gaulle. Mais cet équilibre européen s’accompagne toujours de la domination de la puissance impériale maritime, l’Angleterre jadis, l’Amérique désormais.

Pour les rallier à sa majorité présidentielle, le candidat Pompidou avait promis aux centristes l’entrée de la Grande-Bretagne dans l’Europe. Ces fédéralistes à tous crins s’en mordront les doigts, l’Angleterre se révélant toujours soucieuse de ses seuls intérêts bien compris et accrochée à sa souveraineté. En 1972, c’est une Angleterre liée aux Américains, et soumise à son grand allié, qui entre dans l’Europe.

Mais ce n’est qu’avec l’arrivée de Margaret Thatcher en 1979 que l’Angleterre achèvera de dynamiter le continent européen entier soumis aux forces du libre-échange et de la mondialisation libérale. Le candidat Pompidou allié aux centristes était en réalité le candidat de la finance et de la droite molle.

Thierry Michaud-Nérard

(librement adapté de Éric Zemmour, Le suicide français).

 

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5 Commentaires

  1. les anglais ne cachent jamais leurs intentions; c’est là une immense qualité

  2. Il y a fort à parier que le Brexit sera une réussite au grand dam de la gauche bienpensante qui détruit l’UE…

  3. De Gaulle était un assassin et un traître comme Macron :
    https://docs.google.com/document/d/14lOdAg9zZSSY2-uevEzueobfujplZ-V7/edit?usp=sharing&ouid=111007708614853244960&rtpof=true&sd=true
    ; quand à Z Ne nous trompons pas d’adversaire car son langage est FAUX et identique à celui de Marine; en effet, dans son meeting ici https://www.youtube.com/watch?v=m1Z4BcM-fZg, 1)alors qu’il FAUT INTERDIRE L’ISLAM EN FRANCE POUR SA SURVIE,il s’adresse à un musulman de l’islam en l’appelant « mon frère »! et 2)Étant piquousé lui-même: Il veut piquouser tous les pauvres vieux (pour les tuer plus vite sans doute?) ayant des comorbidités! MORALITÉ: C’est un MENTEUR et ce n’est pas lui qu’il faut à la France comme Président mais le candidat Antoine MARTINEZ!

  4. D’un autre côté si le Royaume Uni n’avait pas été membre de l’Ue, on aurait eu Maastricht ou équivalent dix ans avant.

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