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Zemmour, ou la Grande Peur des « élites juives »?

Il convient de garder en mémoire l’avertissement que Roger Cukierman, alors président du Crif (2001-2007 puis 2013-2016), a adressé au début des années 2010 à celui qui n’était encore qu’un « simple » chroniqueur sur différents médias (RTL ; Ça se dispute sur I-Télé ; On n’est pas couché sur France 2…) : « Monsieur Zemmour, souvenez-vous que vous êtes juif ! ». Alors que le candidat à la présidence de la République n’avait encore percé sous l’essayiste, certains de ses propos hétérodoxes avaient déjà fait sourciller le président du CRIF, le conduisant à se méfier de ce « juif », sans doute trop Français à son goût…

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Aucune étude d’opinion – serait-elle d’ailleurs légale ? – ne précise l’impact de la candidature de Zemmour au sein de la communauté juive. Cette dernière est sans doute à la fois rebutée par sa défense du maréchal Pétain, et, « en même temps », séduite par le fait que le candidat a déclaré une guerre sans merci à l’islamisme – sinon à l’islam –, source essentielle – sinon unique, le « drumontisme » ou le « célinisme » qu’ont connus nos plus ou moins proches aïeux étant désormais morts de leur belle mort – de l’antisémitisme en France.

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A propos du Maréchal Pétain et de la très paradoxale défense « à front renversé » à laquelle se livre Zemmour, aussi bien dans de nombreuses interviews que dans son livre « Le suicide français » :

Youssef Hindi propose une explication qui sort singulièrement des sentiers battus. Pour l’essayiste proche d’Egalité & réconciliation, si Zemmour insiste sur le fait que le Maréchal Pétain a sauvé des juifs français, c’est pour occulter l’action du Consistoire central israélite de France (CCIF)  et de l’Union générale des Israélites de France (UGIF) (voir le livre de Jean-Claude Valla : Ces juifs qui ont collaboré). Selon Hindi, le CCIF et l’UGIF avaient en leur possession des listes d’enfants qu’ils refusaient de mettre sous la protection de familles chrétiennes, de peur que ces dernières ne les christianisent. Ils ont donc maintenu ces enfants dans des familles juives dont ils avaient la liste des noms et adresses, ce qui a évidemment bien facilité les choses aux nazis. Le CCIF et l’UGIF ont communiqué ces listes aux Allemands et certains de leurs membres ont même accompagné personnellement les familles juives jusqu’aux camps à partir desquels les Allemands allaient les emmener à Auschwitz. D’après Youssef Hindi, ce sont donc les organisations israélites françaises qui ont sacrifié les juifs étrangers, notamment venus de l’est, pour se sauver eux-mêmes. Toute la culpabilisation qui est utilisée depuis des décennies contre les Français est basée sur ce non-dit. Nous laissons naturellement à M. Hindi l’entière responsabilité de ses propos…

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Si Éric Zemmour veut sortir de la logique de la repentance, il doit affirmer sans ambiguïté que non seulement de nombreux républicains bons teint et gens de gauche (voir le livre de Xavier Maureau : Le livre noir de la gauche française ainsi que le livre de Jean-Claude Valla : La gauche pétainiste) ont activement collaboré et donné des juifs aux Allemands, mais aussi que des juifs ont eux-mêmes procédé à ces dénonciations. Le fait de reconnaître qu’il y a certes des Français non juifs – dont une majorité de gauche – mais aussi des Français de confession juive qui ont collaboré permettrait de lever le poids de la culpabilité qui pèse sur notre pays. Problème : ce serait d’une part reconnaître que ces associations israélites collabos ont été blanchies par la République et ses juges à la Libération, et d’autre part qu’en interne, le CRIF (à l’origine Conseil des associations israélites de France) a également blanchi ces juifs, coupables de crimes de masse contre leurs « frères ». Peu probable que la thèse de Y. Hindi sorte un jour des catacombes de l’Histoire…

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Élu président, Éric Zemmour serait-il capable de procéder à un tel coup de balai ? Rêvons un peu… Il a déjà prévenu qu’il comptait débarrasser notre pays des lois mémorielles, dont la loi Fabius-Gayssot (le communiste Gayssot, donc l’homme aux 100 millions de morts, n’est qu’un vulgaire prête-nom, imposé par les « élites juives » pour mieux faire passer la pilule…).

D’où la Grande Peur qu’inspire Éric Zemmour, non aux « juifs de base », mais aux « élites juives ». On se souvient entre autres du cri d’alarme de l’actuel président du CRIF, Francis Khalifat : « Pas une seule voix juive pour Zemmour ! »

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Les « élites juives » viennent de récidiver ce dimanche 20 février. Dans une tribune publiée dans le Journal du Dimanche (JDD), des personnalités juives s’en sont pris au candidat à la présidentielle Éric Zemmour, dénonçant ses « discours de haine et d’exclusion ». Voici le texte de cette tribune :

« Nous, Français juifs, dénonçons avec force les discours de haine et d’exclusion d’Éric Zemmour à l’encontre des musulmans français ou étrangers vivant dans notre pays. Nous récusons catégoriquement toute forme d’amalgame entre tous les musulmans et l’islamisme radical qui tue.

Promettre de sélectionner les musulmans à “bouter hors de France” relève d’un projet raciste qui développe les peurs, attise les haines et annonce déjà des violences.

Nous nous élevons avec vigueur contre cet étendard discriminatoire qui salit le drapeau de la France.

Rendre responsable les musulmans des difficultés économiques et sociales que connaît notre pays relève de la politique du bouc émissaire dont les Juifs ont été si souvent les victimes.

Nous constatons avec dégout qu’Éric Zemmour est soutenu par des militants ouvertement antisémites, connus, de l’extrême droite. Ce sont des nostalgiques de la politique de collaboration de Pétain, que Zemmour tente depuis des années de réhabiliter.

Héritiers d’hommes et de femmes qui ont subi au cours des siècles la persécution et l’oppression sous toutes ses formes, nous ne voulons pas de la société fracturée et violente prônée par Zemmour. Nous appelons chacun au sursaut républicain afin que tous ensemble, de toutes origines, continuions à vivre en harmonie en France ».

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Signataires :

  1. Henri Hajdenberg, ancien président du CRIF et du Congrès juif européen
  2. Pierre Saragoussi, ancien directeur de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah
  3. Haïm Musicant, journaliste et écrivain
  4. Corinne Hershkovitch, avocate à la Cour
  5. Yaël Scemama, avocate à la Cour
  6. Barbara Allen, sociologue
  7. Frédéric Haziza, journaliste
  8. Philippe Gabriel Steg, professeur de médecine à Bichat
  9. Serge Gilbert, professeur de médecine

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Henri Dubost

In girum imus nocte ecce et consumimur igni