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« Zemmour serait-il devenu femme ? » : le curieux inconscient de Domenach…

On trouve dans Le Nouveau Magazine littéraire de novembre 2018, à part les habituels délires « anti-populistes » de la gauche bobo immigrationniste, un étrange article signé par le journaliste Nicolas Domenach (ancien débatteur officiel d’Éric Zemmour) qui s’intitule : « Zemmour serait-il devenu femme ? »

Quelle étrange question ! Nous allons décrire ce que dit Domenach, mais nous allons surtout expliquer ce qui se cache derrière cette question saugrenue et son rapport avec l’Histoire d’une des thématiques de l’antisémitisme véhiculée depuis le début du XXe siècle.

Tout d’abord, Domenach va chercher loin sa charge contre Éric Zemmour en pointant du doigt une contradiction qui se trouverait dans son dernier livre, Destin français. Zemmour, contre toute attente, aurait recours dans son ouvrage au « sentimentalisme psychologisant » prétendument réservé aux femmes. Or, le directeur de la rédaction du Nouveau Magazine littéraire s’étonne qu’Éric Zemmour puisse « sortir son mouchoir en public » (par exemple, en écrivant : « Je pleurais devant la débâcle de la Grande Armée »), lui qui a toujours pourfendu la « féminisation émolliente et suicidaire de notre société ».

L’ambiguïté des propos de Domenach repose tout d’abord sur le fait que, bien qu’il admette que « la confession émotive » n’est pas l’apanage des femmes, il compare quand même Zemmour à une personne porteuse du double chromosome X. Si le sentimentalisme n’est pas réductible aux femmes,  alors pourquoi décrire Zemmour comme une femme ?

C’est ici qu’intervient, selon nous, une explication relevant de l’inconscient collectif antisémite datant du début du XXe siècle avec, comme point culminant, le livre Sexe et caractère (Geschlecht und Character) publié en 1903 par le très (trop) influent philosophe et écrivain juif antisémite, Otto Weininger. Ce livre reste aujourd’hui encore une référence dans les mouvances antisémites de l’ultra-gauche comme de l’ultra-droite.

Comme l’a écrit Christina von Braun dans La Revue germanique internationale :  « Le secret du succès obtenu par le livre de Weininger, Sexe et caractère, tient à une cause principale : l’œuvre annonce une nouvelle théorie de la rédemption. L’homme, annonce Weininger, trouvera sa rédemption quand il aura dominé tout ce qu’il y a de féminin et de juif en lui et s’en sera dépouillé. La femme et le Juif sont chez lui le « Non-moi », auquel on mesure le moi. La misogynie et la haine des Juifs se combinent avec une exceptionnelle évidence. Le Juif est l’« incarnation du doute », c’est-à-dire d’une dualité fondamentale, mais l’attribution d’une dimension charnelle à l’intellectualité juive est aussi particulièrement nette dans les théories racistes et antisémites ».

Le 2 juillet 1940, dans La France au travail, journal antisémite du collaborationniste et futur conseiller de Nasser, Georges Oltramare, alias Charles Dieudonné (cela ne s’invente pas !), le médecin et « anthropologue » pro-nazi Georges-Alexis Montandon, qui fut l’ami de Céline, écrivit : « En sus de ses fautes à elle, la nation française a été empoisonnée par l’esprit de l’ethnie putain. »

Léon Blum, quant à lui, fut assimilé, en son temps, à une « juive lubrique ».

Alors, existerait-il chez Nicolas Domenach le retour d’un refoulé issu d’un inconscient collectif dont il n’aurait justement pas conscience ? Ironiquement, la petite analyse que je propose le rapprocherait, plus qu’il n’y paraît, des thématiques et des sentiments d’Éric Zemmour…

Frédéric Sroussi