Zemmour versus Sopo : acte II

Je m’attendais à ce que le parvis de la XVIIème chambre correctionnelle déborde de Noirs et d’Arabes révoltés par les propos de notre Eric national, à ce que ces fameuses « victimes » viennent assister SuperGentil, le Sopo des causes subventionnées.
Deuxième jour de procès : le parvis déborde, en effet. Mais pas d’anti-Zemmour. « Ah ah ! » ricane déjà le bobo de base, « Il y avait donc les copains à Zemmour, cette fameuse France d’en-bas, les nazis, les aigris, les crânes rasés !!! »
Hélas, hélas : non plus. De l’étudiant, du chargé de TD, du retraité, du militant laïque, de la bourgeoise avec trois Smic à chaque doigt, de la modeste mère de famille, de l’ouvrier : horreur ! Des gens normaux ! Des gens sympathiques ! Même pas racistes ! Comble du drôle : du métisse, du noir, et du maghrébin venus soutenir Eric.
Il arrive : fatigué, les traits marqués, souriant malgré tout, il vient saluer les bancs de sympathisants les plus proches, tandis que Sopo se contente de traverser la salle avec un air de poule craignant de marcher dans la fiente, la narine pincée, empereur de papier mâché. Pas drôle, décidément, le Sopo.
Heureusement, il a ses avocats. Dont on attend, au minimum, un tantinet de charisme, de panache, de finesse, d’humour. Après tout, ce sont mes impôts qui paient les subventions des associations qui les paient pour détruire Zemmour : j’aimerais en avoir pour mon argent. Qu’on s’amuse un peu.
Mais ce deuxième jour de procès ne fera que confirmer le premier : ils sont mauvais, archi mauvais. Alternant des questions sans intérêt : « Monsieur Naulleau, vous dites que vous êtes éditeur. Mais en fait, vous êtes chroniqueur. C’est curieux…Votre métier, réellement, c’est éditeur, ou chroniqueur ? » ( réponse silencieuse du public : on s’en fout!), des interrogations posées mille fois, des intrusions agressives dans les propos des témoins. On en vient à des scènes ubuesques où ils sont obligés de se calmer entre eux, tandis que la Présidente essaie – désespérément -de se faire entendre.
Alors, on attend les témoins. Et on commence avec l’ineffable Louis Schweitzer. Mes parents m’ont enseigné le respect des personnes gâteuses et séniles, mais ne pas rire de la mollesse gâtifiante de Schweitzer est au-dessus de mes forces. Car il va se révéler incapable de prononcer le mot « Noir ». Et nous gratifiera de périphrases extraordinaires, où le Noir le plus banal deviendra « un Français d’origine immigrée dont les parents viennent de l’Afrique du Nord-Ouest » : vous reprendrez bien un peu de Sahel, Monsieur ?… Il en sortira tellement, et de si longues, que Maître Pardo, avec son délicieux air de ne pas y toucher, n’aura qu’à lui demander innocemment : « Vous ne parlez jamais des Arabes et des Noirs ? » Et la salle de rire sous cape.
Après Schweitzer, Naulleau, un Naulleau carré, qui tout en affirmant avoir maints points de désaccords avec Zemmour, définit le procès qui lui est fait comme « une défaite de la pensée ». Et Robert Ménard, fidèle à lui-même, franc, vif, laissant même échapper, au creux d’une envolée lyrique un « Merde ! » retentissant, et demandant pardon avec un air coupable – dont personne ne sera dupe.
J’avoue humblement que je n’ai pas sténographié chaque intervention. Que j’étais trop bien, assise sur ce banc, à écouter Monzani, préfet de l’Allier, remettre, du haut de son extraordinaire et complexant CV, les avocats de Sopo & Co à leur place, Tillinac déclarer paisiblement à propos de la discrimination : « Moi je suis auvergnat. Eh bien je préfère les auvergnats aux bretons. ».
Le grand moment, le clou, le summum, ce fut Claude Goasguen, se tournant vers Zemmour pour lui dire : « La prochaine fois, élargis tes propos, et parle des trafiquants Croates, des Serbes et des Monténégrins. » Exaspérés, les avocats de la partie adverse le talonnent en lui faisant remarquer que les propos de Zemmour risquent de pousser les gens à dire ou à faire des choses racistes. Réponse toute placide de Goasguen : « Ah ben s’il faut condamner Zemmour pour toutes les imbécillités qui sont dites dans ce pays, il est bon pour la perpétuité. »
Demain, l’hallali ? Les jeux ne sont pas faits : que Zemmour gagne, et je crois qu’il aura plus fait, en trois jours, pour nous tous, que toutes nos bonnes volontés réunies n’auraient jamais pu le faire. Qu’il perde, et ce sera aussi une victoire : parce qu’il sera prouvé, une fois de plus, que la liberté d’expression est en péril.
Myriam Picard

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