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Zidane quitte le Real : qu’il ne devienne pas sélectionneur des Bleus !

Samedi soir, j’étais dans une brasserie, à Orléans (lieu symbolique) et je regardais la finale de la coupe d’Europe de football, opposant le Real Madrid à Liverpool. Peu importe que la chance soit du côté du Real Madrid, que plusieurs décisions d’arbitrage aient en permanence favorisé l’équipe madrilène, lors de cette compétition, les faits sont là. En deux années et demi (il a remplacé Raphaël Benitez à mi-saison), Zinedine Zidane a remporté, comme entraîneur, neuf titres, dont trois Coupes d’Europe. C’est un palmarès unique, qui prolonge une carrière de joueur exceptionnelle.

A la fin du match, rentrant avec quelques amis à mon lieu de résidence, je disais à l’un d’entre eux : « Si Zidane est intelligent, il annonce dans la semaine qu’il quitte le Real. il n’a plus rien à prouver, et ne peux à présent que régresser. C’est vraiment le moment« .

Et comme pour me donner raison, ce jour, Zinedine Zidane vient d’annoncer qu’il quittait le Real Madrid. Et tout le monde paraît surpris. Pourtant, tout comme Aimé Jacquet avait quitté l’équipe de France, en 1998, laissant la place à son adjoint, Zidane a fait preuve de bon sens en arrêtant au sommet de sa gloire.

Je dois faire un aveu : je me suis complètement trompé sur cet homme, quant à sa capacité de devenir entraîneur. J’en étais resté à l’image d’un joueur timide, effacé, chuchottant dans sa barbe, incapable de faire trois phrases construites, qu’il m’avait donnée, quand il faisait les beaux jours du Bordeaux de la grande époque, de la Juventus de Turin ou du Real Madrid. Je l’avoue, je ne le voyais pas devenir entraîneur, et encore moins dans un grand club. Il n’est plus le même à présent, et il a pris beaucoup d’assurance. Par ailleurs, la question n’est pas de savoir s’il serait capable d’entraîner une petite équipe comme Les Herbiers, qui a fini en finale de la Coupe de France, cette année. Il a dû suivre des milliers d’heures de communication, a sans doute appris à gérer un groupe, et a su s’imposer à des vedettes, par son charisme d’ancien grand joueur. En devenant trois fois de suite champion d’Europe, en faisant souvent des choix sportifs déterminants, Zidane a prouvé qu’il était devenu un grande entraîneur.

Et pourtant, je l’avoue, je ne l’ai jamais énormément apprécié, comme joueur, sans renier son immense talent. Pour moi, d’abord, au niveau influence, il n’a jamais eu celle d’un Michel Platini, qui demeure la référence. Jamais un joueur français n’a tenu à bout de bras les Bleus que celui que tout le monde appelait affectueusement Michel. Il voyait le jeu avant tout le monde, possédait une intelligence exceptionnelle, qu’il mettait au service de son équipe. Il était toujours là où il fallait. Et quand il fallait faire la différence, il y avait toujours le coup de génie, un coup franc, une reprise de volée, pour faire gagner son équipe. Et à la Juventus, dont il est devenu rapidement le Patron, il a autrement marqué les esprits que Zidane. Il était l’enfant chéri du public.

Michel, c’était la classe, comme homme, mais aussi comme joueur. Un seigneur. Jamais une expulsion, jamais une attitude inconvenante, une image de grand champion, et de grand Monsieur.

Ce n’est pas lui qui, comme capitaine de l’Equipe de France, en finale d’une Coupe du Monde, en 2006, aurait mis un coup de boule à un Italien qui le chambrait, privant son équipe d’une victoire qui lui tendait les bras. Je n’approfondirai pas ici le coup tordu dont il a été victime, alors que la direction de la FIFA lui paraissait promise, ni le soutien qu’il a accordé à la candidature du Qatar, à la demande de Sarkozy.

Zidane n’a jamais caché son envie de devenir entraîneur des Bleus, succédant à son ami Didier Deschamps. Là encore, quelque chose me dérangerait. Le football français a connu trois grands joueurs, tous issus de l’immigration : Raymond Kopa, récemment décédé, fils d’un mineur polonais, Michel Platini, fils d’un footballeur italien, et Zinedine Zidane, fils d’un Algérien.

Sauf qu’il y a une différence essentielle entre les trois joueurs. Les deux premiers s’appellent Raymond et Michel, le troisième Zinedine. Et quand Michel Platini rencontrait les Italiens, il mettait un point d’honneur à les battre, en marquant les buts décisifs. Tandis que quand Zinedine Zidane rencontrait’l’Algérie, et qu’on lui demandait son souhait, il répond qu’il souhaitait un match nul. Kopa et Platini étaient français à 100 %, Zidane est un bi-national, voire un citoyen du monde. Cela change tout.

Quand les Français sont champions du monde, en 1998 (où Zidane a été particulièrement effacé, réussissant à être expulsé en poules, et ne réussissant que sa finale, et ses deux buts sur corner), « Zizou » accepte une tournée en Algérie, comme si la victoire des Bleus appartenait conjointement aux deux pays. On n’aurait jamais imaginé Raymond Kopa, dans ce cas, faire une tournée à Varsovie, ou Michel Platini exhiber la maillot italien. D’autre part, je suis très gêné par le soutien accordé par Zidane à Benzema, lors de l’éviction, ô combien justifiée, de ce dernier de l’équipe de France, qu’a fort bien expliquée le boxeur Patrice Quarteron.

https://ripostelaique.com/patrice-quarteron-acheve-benzema.html

Au Real Madrid, par solidarité communautariste, il a maintenu sa confiance, de manière injustifiable, à ce même Benzema, qui était pourtant régulièrement sifflé par le public pour son inefficacité comme avant-centre. Il est pourtant évident que l’équipe de France joue mieux depuis qu’elle s’est séparée de Benzema, et bien évidemment de Ribery, sans oublier les Ben Arfa et Nasri.

Je l’avoue, j’ai une inquiétude, c’est que Zinedine Zidane devienne un jour sélectionneur de l’Equipe de France. Bien qu’il ait été un grand joueur, et qu’il soit devenu un grand entraîneur, je n’ai pas confiance dans ses sentiments patriotiques, le traitement de faveur réservé à Benzema au Real ne me rassure pas davantage que l’épisode algérien. Didier Deschamps a su en finir avec la culture racaille de l’équipe de France, mise en place par Raymond Domenech, et perpétuée par Laurent Blanc. Zidane serait-il dans le même état d’esprit ?

Or, il y a la Coupe du Monde dans quelques semaines, à Moscou. Didier Deschamps a un contrat qui court jusqu’en 2020. Mais si l’équipe de France est championne du monde (ce qui est possible), n’aura-t-il pas envie, comme son mentor Aimé Jacquet, en 1998, de partir par la grande porte, et de laisser la place vacante… à son copain Zinedine, désormais libre sur le marché ?

Autre possibilité, si un scenario catastrophe, comparable à l’aventure de 2002 en Corée, fait que l’équipe de France, bien que tombée dans un groupe facile, se fasse éliminer au premier tour, le sélectionneur, comme Roger Lemerre il y a 16 ans, risquerait fort de payer les pots cassés… laissant là encore la place à l’ami Zinedine !

Bref, le scenario Zidane sélectionneur des Bleus se rapproche, et ne m’enchante guère. On va avoir encore droit à la propagande du « Black, Blanc, Beur », comme en 1998, et à celle du multiculturalisme et autres fadaises. Mais si, par ailleurs, Zidane est capable de faire chanter La Marseillaise avec conviction à tous ses joueurs, à leur insuffler l’amour du pays et du maillot, et à construire une équipe dans laquelle les Français se reconnaissent, je ferai, bien sûr, une nouvelle auto-critique, admettant m’être trompé pour la deuxième fois à son sujet.

Pierre Cassen